Asa Belknap Foster, Waterloo et le couvent Maplewood

par Mario Gendron dans Patrimoine | 15 commentaires

En 1864, la grande résidence qu'Asa Belknap Foster fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

L’âge d’or de Waterloo, dont le patrimoine abondant et varié fait encore entendre les échos, s’enclenche avec l’arrivée du Stanstead, Shefford & Chambly Railroad, en 1861, et le boum industriel, commercial et résidentiel que cette révolution des transports entraîne. En conséquence de ce développement accéléré, la population du village passe de 400 à 2 500 personnes entre l’arrivée du chemin de fer et 1875.

Asa Belknap Foster

À la fin des années 1870, on y trouve plusieurs églises de confessionnalités différentes, une cour de justice, un marché public, une succursale de l’Eastern Townships Bank, les bureaux de la British American Land, une importante loge maçonnique, sans compter les commerces, les grands hôtels et, surtout, les industries, animatrices de cette croissance. Comme principal centre économique et administratif de toute la région, Waterloo mobilise une classe bourgeoise, principalement d’origine anglo-britannique, constituée d’industriels, de commerçants, d’avocats et de médecins qui n’hésitent pas à construire des résidences à la mesure de leur importance sociale. Parmi ces notables, le constructeur de chemin de fer Asa Belknap Foster est, sans contredit, celui qui a le plus contribué au développement de Waterloo. En 1864, la grande résidence qu’il fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise.

Le village de Waterloo en 1864. (Map of the Counties of Shefford, Iberville, Brome, Missisquoi and Rouville, Canada East, H.F. Walling, 1864)

Avant l’arrivée du chemin de fer, la population de Waterloo était concentrée dans le nord du village, à plus de un kilomètre des nouvelles installations ferroviaires. Pour relier ces deux pôles, séparés par un vaste espace inoccupé appartenant à Foster, ce dernier aménage d’abord ce qui deviendra la rue Foster et lotit les terrains qui lui appartiennent. Près des installations ferroviaires, il construit un hôtel, le Foster House, plusieurs résidences en brique à l’ouest du Foster Square et un gros moulin à scie entre la voie ferrée et le lac de Waterloo, moulin qu’il cède gratuitement à la famille Shaw, à la condition qu’elle construise une tannerie. Afin d’attirer la population dans le sud du village, il offre gratuitement des terrains aux communautés religieuses qui désirent s’établir. Catholiques, méthodistes, anglicans et universalistes profiteront de son offre.

La résidence d’Asa Belknap Foster devient couvent en 1882. Photographie prise en 1928. (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Au milieu des années 1860, au moment où sa popularité atteint des sommets, Asa Belknap Foster emménage dans la plus grande et luxueuse résidence jamais construite à Waterloo. À son décès, survenu en 1877, la propriété revient à la veuve de Foster, qui la vend, en 1882, aux Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Ces dernières y ouvrent le couvent Maplewood, sous la direction de sœur Marie-de-l’Immaculée-Conception. La même congrégation prendra aussi la gouverne de l’école paroissiale du Sacré-Cœur. En 1982, après un siècle de travail assidu, les Sœurs quittent Waterloo et vendent leur couvent, laissant la résidence à l’insouciance de plusieurs propriétaires successifs.

Mario Gendron

Le réfectoire du couvent (1928). (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située sur une colline surplombant l’ensemble du village de Waterloo, dont le Square Foster et les nouvelles installations ferroviaires, avec vue imprenable sur la rivière Yamaska et le lac Waterloo, l’imposante résidence d’Asa Belknap Foster prend forme de 1864 à 1865 sous la direction du maître-constructeur et menuisier P. Lambkins, selon les plans réalisés par l’architecte montréalais Hopkins. Cette demeure, qui deviendra rapidement le point de référence incontesté pour les constructions résidentielles aussi bien que commerciales à venir sur l’ensemble du territoire waterlois, s’inspire des résidences cossues de style néo-italien, principalement destinées à une clientèle fortunée.

(Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Cette appartenance stylistique se manifeste notamment dans le volume en brique de forme rectangulaire s’élevant sur deux étages et demi, la toiture en pavillon tronqué recouverte de « tôle à baguettes », la répartition symétrique des ouvertures disposées seules ou en paires, ainsi que par la présence de deux baies en saillie à trois pans, placées l’une au-dessus de l’autre sur le côté gauche de la résidence. Une tourelle disposée en saillie au centre de la façade, coiffée d’une toiture en pavillon couronnée d’une terrasse faîtière et d’une crête métallique, ainsi qu’une vaste galerie couverte, supportée par une série de fins piliers ornés de boiseries et d’une balustrade ouvragée courant sur les deux étages de l’ensemble du bâtiment, complètent la composition architecturale.

Article de La Voix de L’Est


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  1. Roberpierre

    En effet je connais assez bien ce bâtiment et un peu de l’histoire de ce personnage… la période où il fut occupé par les religieuses mais ce serait intéressant de savoir en 2011 ce qu’il advient de cette magnifique résidence, dans quel état est-elle, qui en est le propriétaire et que compte-t-il en faire dans les années qui viennent.

  2. Isabelle

    Bonjour! Quelle merveilleuse maison! Serait-il possible de pouvoir la visiter sous peu? Pouvez-vous aussi me donner les coordonnées du propriétaire afin que je puisse le rejoindre pour quelques informations?
    Je vous remercie, Isabelle, qui a une passion pour ce genre de maison.

  3. Roberpierre Monnier

    J’ai pris connaissance de l’article où Monsieur Russel, maire, qui exprime son intention de voir reconnaître ce bâtiment comme partie du patrimoine du Québec.
    Je suis tout à fait d’accord avec cette approche, l’équipe PatriArch est connue pour son implication et si toutefois une opinion ou même une expertise technique serait requise je me porte candidat.
    Bien que j’habite maintenant Ste-Catherine-de-Hatley, depuis la parution de mon munuscrit sur l’Histoire architecturale de Waterloo, de 1640 à 1900, j’ai toujours un oeil ouvert et une oreille attentive sur les modifications architecturales et urbaines qui affectent cette ville que j’ai scrutée à la loupe pendant plus de deux ans dans les années 1974-75.
    A votre service
    Roberpierre Monnier, architecte.

  4. Carole

    J’ai emprunté dernièrement la ‘côte du Maplewood’, chose que je n’avais pas faite depuis des décennies. Quelle surprise et quelle tristesse que de voir le couvent. On croirait que la résidence est abandonnée. Vraiment choquant de voir l’état du bâtiment ! Je l’ai connu sous de bien meilleurs jours, au temps de la communauté des sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. La directrice et ma mère étaient des amies d’enfance ce qui m’a permis, au début de mon adolescence, de visiter a quelques reprises la propriété qui était impeccable. Je souhaite de tout cœur que le Manoir puisse revivre et obtenir le statut de bien du patrimoine, mais tout est toujours une question de gros sous !

  5. Charles Martin

    Asa B. Foster was my GGGrandfather…and my French is not so good, but it seems that the house is bad shape. That is disheartening! I hope the town will be able to save this grand old house.

  6. Claude Poulin

    J’habite Waterloo depuis plus de 35 ans et ce manoir a toujours été dans l’état qu’on lui connaît présentement à part quelques petites rénovations de survie. Bien que ce joujou architectural puisse représenter beaucoup pour quelques-uns, n’en demeure pas moins que la ville de Waterloo n’a pas les moyens d’embarquer dans l’achat, la rénovation et l’entretien de ce bâtiment. À 2,3 millions de $, à part la finition intérieur qui devrait se ficher dans le million, pour une population d’à peine 4 000 âmes, cela représente beaucoup trop par capita. Une taxe spéciale répartie sur 20 ans, c’est beaucoup trop demandée.
    La survie de notre lac est beaucoup plus prioritaire que ce 41ième bâtiment historique de notre ville.

  7. canuille boisvert

    Mon Alma Mater.
    J’y ai vécu pendant cinq ans….c’était une petite merveille…..
    Un sentiment nostalgique m’empare…..

  8. Dany

    J’ai appris dernièrement que le manoir a été acheté par un particulier et que celui-ci veut en faire une auberge après les rénovations qui s’imposent. Ils estiment ouvrir dans environ deux ans.

  9. luc bernier

    Mme Margot Messier-Guertin, l’épouse de M. Gaston Guertin, bien des années pharmacien à Granby et commissaire d’école dans les années 1950, y a bénéficié de l’éducation des Soeurs des Saint-Noms-de-Jésus-et-de-Marie.

    Elle leur en était très reconnaissante et ne laissaiit jamais passer une occasion de témoigner de leur grande contribution à la formation des filles de la région à cette époque.

    Cette dame était ma grand-tante, soeur de Rose Messier-Brodeur, épouse d’Elzéar Brodeur, fondateur de la Quincaillerie Nouvelle-France.

    Il serait bon que d’autres descendants des filles ayant fréquenté cette institution de renommée, témoignent à leur tour du rôle que cette communauté a joué en éducation au Québec.

    Luc Bernier

  10. luc bernier

    Dans le blogue consacré à Gabrielle Roy, j’ai mentionné la grande reconnaissance manifestée par cette auteure aux religieuses de la Congrégation des Soeurs-des-Saints-Noms-de-Jésus et Marie. lorsqu’elle était étudiante chez elles à l’Académie St-Joseph de St-Boniface au Manitoba. Voir :

    http://www.shhy.info/histoire/gabrielle-roy-et-granby#comments

    Elles ont également à leur actif et quel actif, la fondation de l’école de musique Vincent-D’Indy de Montréal.

    Voilà une autre communauté enseignante qui n’a pas attendu la Révolution tranquille pour innover et faire avancer l’Éducation au Québec.

    Grand merci Mesdames !… Que Dieu vous le rende en attendant que les Québécois le fassent !…

    À chacun ses mérites !…

    Luc Bernier

  11. Jo-Ann

    Ma première année au primaire en 1954

  12. Valérie Arseneau

    Nous sommes les nouveaux, heureux propriétaires du manoir maplewood.
    Nous sommes présentement à lui refaire une beauté afin de lui redonner ses allures d’autrefois. Le manoir deviendra un petit hôtel, et devrait ouvrir ses portes d’ici la fin de 2014. À suivre!!!

  13. Rollande Bourassa

    Je suis très heureuse de savoir qu’un dénouement positif se réalise pour le Manoir. C’est un endroit où j’ai été pensionnaire et je trouvais dommage qu’il soit délaissé de cette façon. Habitant le Saguenay, chaque fois que je passais à Waterloo je faisais le tour du domaine et très triste je repartait tout à fait désolée, même certaine fois en pleurant.
    Merci de redonner vie à ce si bel endroit

  14. Susy O'Malley

    J’ai faite une découverte magnifique aujourd’hui lors d’une réunion d’équipe au Manoir Maplewood à Waterloo. Dès l’entrée dans ce petit hôtel, j’ai été charmée par le décor et l’ambiance calme et paisible qui régnait dans cette majestueuse maison. Valérie, nouvelle propriétaire avec son conjoint Martin, nous ont réservé un accueil chaleureux, tant par la touche humaine, chaleureuse et conviviale. Ils nous ont préparé des collations généreuses et savoureuses et un repas digne d’un « Seigneur ». Tout ce qui nous a été servi était absolument délicieux et divin avec courtoisie. Dans ce décor du 19e siècle avec la technologie du 21e siècle, je recommande cet établissement pour une rencontre d’équipe de travail ou pour vivre une romance quelque part dans le temps. Merci Valérie et Martin, qui êtes tellement inspirants et passionnés pour cette superbe journée et du partage que vous avez fait avec nous pour ce petit bout d’histoire des Cantons-de-l’Est.

Bienvenue à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

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