Quelques pages de notre histoire industrielle

Cette exposition photographique a comme objectif de souligner à grands traits les principaux éléments de l’histoire industrielle de la MRC de la Haute-Yamaska.  Pour ce faire, les photographies ont été regroupées en cinq thèmes: Granby et la grande industrie, Waterloo et la diversité industrielle, la fabrication d’outils à Roxton Pond, industrie et travailleurs et la Haute-Yamaska et l’industrie laitière. Pour chacun de ces thèmes, des textes d’accompagnement ajoutent à la connaissance d’un des secteurs les plus fondamentaux de notre histoire régionale.

Quelques pages de notre histoire industrielle    Diaporama
 
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Gabrielle Roy et Granby

Gabrielle Roy est sans contredit une des auteures les plus célèbres et les plus talentueuses du Canada français. En 1945, l’année de la publication de Bonheur d’occasion, le roman qui allait asseoir sa renommée, l’écrivaine est toujours à l’emploi du Bulletin des agriculteurs où, depuis 1940, elle peaufine son talent en réalisant des reportages sur différentes régions du Québec. C’est aussi en 1945 que le Bulletin fait paraître un texte de Gabrielle Roy sur Granby, un des derniers de cette série. Forte de l’expérience acquise pendant cette grande tournée d’observation de cinq années à travers la province, l’écrivaine offre dans ce reportage un portrait saisissant de la vie économique et sociale granbyenne. La description qu’elle fait de l’animation qui s’empare de la rue Principale les soirs de paye est digne d’une anthologie, comme l’est aussi le portrait contrasté qu’elle brosse de Granby, ville à la fois dynamique et progressive, mais encore près de ses racines rurales. Gabrielle Roy montre ici les éclats de son talent, tout en rendant à la Princesse des Cantons-de-l’Est un honneur exceptionnel. Malgré quelques erreurs factuelles, voilà un texte qui mérite d’être lu avec une attention particulière.

« Les produits de Granby, dit-on, connaissent toutes les routes du monde… (ils connaissaient déjà avant la guerre le chemin du Groenland, de l’Afrique du Sud, de l’Égypte, et ont appris depuis celui de l’Australie, de la Russie, jusqu’à Vladivostok) mais peu de routes conduisent commodément à Granby.

Le train électrique Montreal Southern Counties Railway

Le tramway électrique de la Montreal and Southern Counties Railway fera le trajet Granby-Montréal jusqu'en 1951. (Fonds Valère Audy, SHHY)

Cette petite ville des Cantons de l’Est qui se trouve être la plus industrialisée de la province, une des plus vivantes à coup sûr, est assez mal desservie par ses moyens de transport. A quarante-cinq milles seulement de Montréal, elle s’y trouve reliée, pour service de voyageurs, par le tortillard des Southern Counties Railway, muni d’à peu près aucune commodité pour le trajet, bien qu’il le fasse en tanguant et roulant et à grands renforts de son sifflet aigu comme un gros train pressé.

Granby qui se glorifie encore d’être la ville la plus riche de la province —  et, chose curieuse, elle l’est — ne possède aucun service d’autobus urbain et, tout ce temps, elle s’éparpille pourtant en longueur et à tel point qu’une industrie nouvellement établie aux confins de la ville a dû, pour s’assurer des employés, organiser elle-même le transport en commun de ses ouvriers.

Mais une fois qu’on est à Granby, on ne peut faire autrement que de s’en réjouir. C’est la ville la plus amusante, la plus vitale que l’on puisse trouver. Drummondville avec ses importantes filatures, ses énormes carrés d’usine, laisse parfois douter qu’elle soit un centre ouvrier tant la classe aisée qui lui donne le ton apporte de soin à paraître réservée, élégante, et tant les petites fileuses elles-mêmes mettent de bonne volonté à suivre cet exemple. Granby, au contraire, semble adopter une allure volontairement relâchée et gamine. Cette petite ville d’environ 16 000 habitants éclate de malice, de farces et de bagout ouvriers. Rien de plus animé, de plus grouillant que sa rue Principale les soirs de paye, quand y déambulent les filles des fabriques, les garçons des manufactures aux souliers bien cirés, aux cheveux aplatis, mais la chemise sur le pantalon, gouailleurs, marchant en rangs pressés jusqu’aux cinémas où ils échangent des répliques d’un bout à l’autre de la salle et continuent si bellement leur tapage qu’il est bien impossible de se laisser absorber par les figures de l’écran.

Rue Principale-Granby

La rue Principale quelques années après le passage de Gabrielle Roy à Granby. Au centre de la photo, le théâtre Cartier. (Fonds Valère Audy, SHHY))

La rue Principale de Granby, c’est déjà, le samedi soir, une image assez ressemblante de quelque quartier houleux de Montréal; c’est véritablement une espèce de foire où les cafés aux noms exotiques, l’Hawaï, le Tropicana, baillent des airs discordants aux jeunes dandys qui passent par là, les reins cambrés, le bras arrondi au coude de leur compagne et pommadés à souhait. Cependant, Granby n’a pas entièrement perdu sa couleur de campagne. Le dimanche, la ville est aux buggies ramenant de la messe des familles juchées sur le siège, les femmes retenant leur chapeau que le galop frisquet de la jument menace de faire envoler et, dans l’après-midi, aux gamins qui la parcourent à cheval, et encore à la visite des cousins, de toute la parenté de la campagne venue par delà la petite Yamaska.

Dépliant promotionnel de la Ville de Granby, publié en 1945 ou 1946. (Fonds Henri Martin, SHHY)

Et puis, le lundi matin, très sagement, de bon coeur, souvent à pied, Granby reprend la route vers ses manufactures de caoutchouc, de vêtements, de brosses, de gomme à mâcher, situées aux quatre points cardinaux, au nombre d’une quarantaine et dont elle n’est point encore satisfaite puisqu’elle est en pourparlers pour en attirer au moins cinq ou six autres dans un avenir rapproché. En effet, la grande passion de Granby c’est d’avoir une nouvelle industrie à tout moment, comme d’autres villes se paient un trottoir neuf ou un aqueduc. Depuis quelque temps, les entreprises particulières s’implantent à Granby au rythme d’une ou deux par année, mais ce n’est pas encore assez pour l’ambitieuse petite ville. Elle en veut encore, elle en veut toujours plus. On la dirait engagée dans une course au championnat et occupée à battre son propre record.

La salle d'exposition industrielle de l'hôtel de ville de Granby. (Le Bulletin municipal Granby, ca 1950)

Certaines villes ont des musées de souvenirs, d’art; Granby possède, aménagée dans son joli hôtel de ville, une manière de musée qui célèbre la qualité et la quantité des articles qu’elle produit. On peut y voir, comme à l’étalage d’un beau bazar, des édredons de fine laine, des peignes, des articles de toilette en bakélite, des brosses, des bas de soie, cent échantillons de produits élastiques.

A quelques-uns de ces produits, la petite ville a donné son nom qui court maintenant le monde, associé au tissu élastique, à la gomme à mâcher. Pour plus d’effet, elle l’a modifié parfois en « Grand-B ». Sous cette marque de commerce engageante, elle fabrique d’ailleurs de la gomme à mâcher à l’usage du monde entier : La World Wide Gum. La réclame ajoute : « La gomme qui rend Granby fameuse. » Encore que ce soit plutôt dans les corsets que Granby ait fait son nom.

La Granby Elastic Webb, avant la guerre vendait déjà du tissu élastique dans soixante-huit pays du monde, y compris des endroits comme la Jamaïque, le Cuba, l’Amérique Centrale, l’Honduras, l’Égypte. La dernière exportation des temps de paix, destinée au Danemark, fut coulée en 1939.

Depuis le début de la guerre, cette compagnie livre tous les six mois d’importantes commandes de matériel de baudriers en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Angleterre. Elle dirigeait, il y a deux ans, vers Vladivostok, par voie de Philadelphie, du matériel pour courroies de parachutes destiné à la marine russe. Par la Granby Elastic Webb, le nom de cette petite ville canadienne a pénétré en Russie, un peu partout sur le continent, aux Indes Occidentales, et en des terres brumeuses comme Terre-Neuve, le Groenland. Et le mérite en revient à une entreprise qui, encore une fois, sous des apparences américaines, est entièrement canadienne-française. Granby, comme Warwick, en définitive, doit son élan initial dans les affaires à une famille canadienne-française, la famille Boivin. Monsieur Ernest Boivin fonda la fabrique de tissu élastique que son fils, Monsieur Horace Boivin dirige maintenant, suivant aussi dans le domaine public l’exemple de son père qui fut maire de Granby pendant dix-huit ans. En fait, Granby pendant près d’une quarantaine d’années a eu un Boivin comme maire.

Vue aérienne de la ville, en 1946. Au centre, face à la gare, la Granby Elastic Web. (Fonds Horace Boivin, SHHY, Photographic Surveys (Quebec) Limited)

Les petites gens de la ville continuent cette tradition, en marquent grand contentement et ne se gênent pas pour déclarer : « Granby, ce sont les Boivin qui l’on faite. » D’esprit pratique, de mémoire fidèle, la petite ville témoigne une véritable admiration à cette famille qui résume ses ambitions, son ingéniosité dans les affaires. Dans le succès du père et du fils, elle aime se regarder, comme dans sa propre réflexion.

Le parc Victoria, Granby

Le parc Victoria, rue Dufferin, en 1945. (Collection SHHY)

A sa fière joie de posséder de si belles industries, s’ajoute un esprit civique très développé. Granby marche, faute d’autobus, mais du moins la ville a de jolies rues, bien ombragées pour la promenade et de beaux parcs magnifiquement entretenus. Une propreté méticuleuse achève de lui donner un air agréable. Quoique bâtie dans la plaine, elle a des aperçus charmants sur les monts d’Abbotsford, sur le pays des vergers, cependant qu’aux bords de sa Yamaska, petite rivière lente, elle revête un aspect presque pastoral. Elle s’intitule elle même : cité progressive. C’est là le titre auquel elle tient le plus et, pour justifier sa réputation, d’autres manières que dans le commerce, se donne ni plus ni moins que trois journaux hebdomadaires. Mais c’est aussi une petite ville heureuse, et à plus d’un titre…

Nous avons un très curieux standard par quoi mesurer dans notre province la fortune des villes. C’est à la dette qu’elles portent qu’on les estime riche ou de précaire situation financière. Selon ce genre d’évaluation, Granby, la ville du tissu de corset et de la gomme à mâcher, se révèle la plus opulente de la province. Elle a le moins de dettes. En fait, une dette si petite, si minime, qu’elle semble l’image même de la richesse. Une dette même ridicule comparée aux obligations qui pèsent sur les grands centres où pourtant on se croit bien le droit de vivre. D’après les derniers relevés statistiques, Granby avec une population qui était alors de 14 000 âmes n’était endettée que de $5 995 500 soit une bagatelle de $42,59 sur les épaules de chaque citoyen. Joliette qui vient tout de suite après dans l’ordre de la richesse porte une dette de $121,80 par personne et Saint-Hyacinthe, en troisième lieu, $134,81. Les grandes villes sont loin en arrière de Granby. Il n’y a plus de comparaison possible. Heureusement, la petite ville peut bien marcher, et allègrement encore, puisque c’est sous le fardeau le plus mince, le plus léger qu’on puisse porter dans notre temps. »

Gabrielle Roy, « Le Carrousel industriel des Cantons de l’Est », Le Bulletin des agriculteurs, mars 1945, p. 10-11.

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Warden, un patrimoine à découvrir

Warden est un petit village de facture anglo-saxonne où toute une époque est encore inscrite dans le patrimoine. Structuré depuis le milieu du XIXe siècle autour du pouvoir d’eau et de quelques services de première ligne, l’agglomération a gardé certains des traits immobiliers typiques de cette époque révolue. La présence des églises méthodiste (1861) et anglicane (1892) et quelques belles maisons donnent à l’endroit un cachet qui en fait un arrêt incontournable sur la route du patrimoine régional.

Église Warden United

United Church de Warden

L'église méthodiste (United). (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

L’église méthodiste de Warden a été construite en 1861-1862 sur un terrain vendu 100 $ par Mark Whitcomb aux représentants de la communauté. L’édifice, qui n’est pas sans rappeler les meeting house de la Nouvelle-Angleterre, est entièrement en brique, assis sur une fondation surélevée en pierres des champs.

En 1930, soit cinq années après l’adhésion des méthodistes à l’Église Unie du Canada, les dirigeants locaux décidaient de procéder à d’importantes rénovations à l’intérieur de l’église, entre autres en remplaçant les quatre poêles par un système de chauffage central et les lampes à l’huile par l’éclairage électrique.

En 1968, plus de cent ans après son inauguration, la communauté prenait la décision de fermer la petite église de Warden. Six ans plus tard, le temple était transformé en résidence. Or, contre toute attente, il retrouvait sa vocation religieuse en 1981 en devenant la propriété d’une communauté évangéliste francophone.

Édifice Draper-Richardson 

Magasin général Richardson

Magasin général et bureau de poste. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

Tout permet de croire que cet édifice patrimonial en pierre et en brique est l’un des plus anciens de Warden et de toute la Haute-Yamaska. Les sources nous permettent d’en retracer l’existence jusqu’en mai 1856, quand le « brick and stone store », qui appartient alors à Lyman Draper, est clairement mentionné dans un contrat notarié. Il est donc fort probable que la construction de l’édifice date de la première moitié des années 1850.

En 1861, les listes du recensement canadien nous apprennent que le magasin général a changé de main et appartient désormais à un certain E. W. Moffat. Sept ans plus tard, un autre acte notarié nous informe que le commerce opère sous la raison sociale de Richardson & Tittemore. Lewis E. Richardson, dont il est fait mention ici, restera associé au commerce jusqu’à sa mort, en 1906. Comme son père, qui avait été le deuxième maître de poste de Warden, entre 1854 et 1862, Lewis E. Richardson occupera cette fonction durant trente-deux années, de 1874 à 1906.

Église anglicane St.John the Divine

L’église anglicane de Warden Québec.

L’église anglicane. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

Construite en 1891-1892 sur un terrain ayant appartenu à Jean-Baptiste Morin, d’après les plans du révérend R. F. Taylor, l’église anglicane St. John the Divine fut inaugurée le 19 mai 1892. L’intérieur de l’église, dont le plancher est fait de bois franc, peut accueillir alors quelque deux cents fidèles. Le mobilier sacré, l’autel et la chaire, entre autres, sont l’œuvre d’un artisan local, James McLaughlin. En 1927, un généreux donateur paiera les coûts d’installation du système électrique.

Au fil des ans, la population anglicane de Warden décline et l’église St. John the Divine accueille de moins en moins de fidèles, jusqu’à devoir fermer ses portes le 22 octobre 1992. L’archevêque anglican de Montréal vendra la propriété l’année suivante.

Maison Marston

La maison construite par George Marston, en 1878. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

L’histoire de la maison Marston débute en quelque sorte en 1872, lorsque le charpentier J. W. Wallace vend à George Marston, lui aussi charpentier, un lot d’un quart d’acre avec une boutique de forge et autres bâtiments. Selon le témoignage de Mary Irene McLaughlin-Sicard, c’est ce même George Marston, son grand-père maternel, qui aurait construit la maison actuelle, en 1878. Deux décennies plus tard, avec l’achat des lots de village 623 et 624, Marston ajoute à son patrimoine un moulin à scie, incluant tous les outils et toute la machinerie, et un barrage, avec droit d’inonder les lots qu’il vient d’acquérir.

George Marston décède en 1924. En 1930, Mary Louisa Bowker, son épouse, cède la maison à sa fille, Carrie E. Marston. Cette dernière, épouse de James McLaughlin, décède en 1939, et c’est John T. Flanagan qui achète la propriété des héritiers, en 1945. Il la revendra à Vernal Lewis dès 1947.

En 1971, on assiste en quelque sorte à un retour aux sources lorsque Mary Irene McLaughlin-Sicard, la fille de James McLaughlin et de Carrie Marston, rachète la propriété qui avait été construite par son grand-père près d’un siècle plus tôt. Paul Sicard, le fils de Mary Irene McLaughlin-Sicard, en hérite en 1995, assurant ainsi la tradition.

Maison McLaughlin

La maison de William McLaughlin, Warden

La maison de William McLaughlin, propriétaire de la fabrique de voitures Wm McLaughlin and Son. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

En 1864, le forgeron William McLaughlin acquiert un lot d’une demi-acre de Hiram S. Foster et de Mark Whitcomb pour la somme de 63 $, « with the buildings thereon erected by the said purchaser and at his own expenses. ». Cette dernière phrase laisse supposer qu’au moment de la signature du contrat, McLaughlin avait déjà construit sa résidence sur le lot. Il est même probable qu’il s’agisse de la maison de brique d’un étage et demi dont fait mention le recensement de 1861. Cette résidence ne présente toutefois aucun lien avec la maison actuelle, certaines caractéristiques architecturales laissant présager que la construction remonterait aux années 1875.

Quoi qu’il en soit, en 1891, William McLaughlin, âgé de soixante-deux ans, demeure bien dans une maison en brique de deux étages construite au sud du chemin qui mène à Sherbrooke et en face de l’emplacement où est établie son entreprise de fabrication de voitures la Wm McLaughlin and Son. Dix ans plus tard, on le retrouve au même endroit, mais James McLaughlin et Carrie Marston, son fils et l’épouse de ce dernier, vivent avec lui. Détail intéressant, c’est James McLaughlin qui aurait construit le Warden Water Works, le réservoir d’eau municipal, sur sa propriété. Finalement, c’est à sa fille Melissa et au mari de cette dernière, Albert Whitcomb, que William McLaughlin vendra sa maison de Warden, en 1907. La même transaction inclut aussi une terre de cent-quarante acres située à l’extérieur du village. Après l’avoir occupée pendant vingt-cinq ans, Melissa McLaughlin-Whitcomb vendra la propriété à Arthur Sheppard, un employé du chemin de fer.

Richard Racine, avec la collaboration de Mario Gendron.
Source: Étude du patrimoine rural de la MRC de la Haute-Yamaska, Mario Gendron, Chantal Lefebvre, Johanne Rochon, Richard Racine, Marie-Christine Bonneau, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Granby, 2007, 346 p.

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Macadam et rouleau compresseur

En 1913, Granby décide de profiter de la politique dite des « bons chemins » du gouvernement provincial et de macadamiser les principales rues du village (Principale, Drummond, Cowie, Dufferin, Saint-Charles, Denison, Mountain), c’est-à-dire de les recouvrir de pierre concassée, tassée et liée avec du goudron de manière à former une sorte de béton imperméable aux eaux de pluie. Mais pour réaliser ces travaux d’envergure, la municipalité doit obligatoirement se procurer un rouleau compresseur à vapeur. Acheté pour 3 000 $ de la compagnie Waterous Engine Works, de Brantford, en Ontario, l’engin arrive à Granby par chemin de fer au milieu du mois de mai 1913, devenant ainsi la première pièce d’équipement lourd du village.

C’est sans contredit l’apparition des véhicules moteurs sur la scène du transport qui motive la municipalité à se doter d’un meilleur pavage dans ses principales artères. En juillet 1913, on recense 41 automobiles et deux motocyclettes dans Granby; en août, J. H. Bessette, un commerçant de fruits, devient propriétaire du premier camion. Cinq ans plus tard, la cité compte plus de 150 automobiles et camions, en surcroît du trafic généré par la route Montréal-Sherbrooke qui emprunte la rue Principale.

La rue Principale de Granby, vers 1920

© La rue Principale de Granby, à la suite de son pavage, vers 1920. (Fonds Rolland Gagné, SHHY)

Les événements qui entourent l’arrivée du rouleau compresseur à Granby sont de ceux qui frappent l’imagination et qui, pour longtemps, alimentent les conversations. En effet, aussitôt débarqué du wagon de chemin de fer, l’engin pose un problème en raison de son poids de 15 tonnes, qu’on considère comme trop important pour la capacité portante du pont de fer de la rue Principale, pourtant estimée à 40 tonnes. Quoi qu’il en soit, la structure n’inspire pas assez confiance pour que l’un des deux représentants de la compagnie ontarienne ou un employé de la municipalité accepte de prendre les commandes du lourd véhicule pour lui faire traverser la Yamaska, en route vers sa destination, l’hôtel de ville. Après de longues discussions, rapporte le journaliste du Granby Leader-Mail, la décision tombe : le rouleau traversera le pont par ses propres moyens, sans conducteur. La manœuvre est plus délicate qu’il n’y paraît, car non seulement l’engin doit-il franchir le pont sans encombres, mais une fois cette étape complétée, on doit éviter qu’il ne fracasse la devanture de la banque  ou qu’il ne tombe dans la manufacture de chaises Giddings, deux édifices situés près du pont, de part et d’autre de la rue Principale. Mais le trajet se déroule sans incidents, si ce n’est un accroc à l’amour-propre des hommes impliqués dans cette affaire.

Pont de la rue Principale (Patrick Hackett) Granby

© Le pont de métal de la rue Principale, au début des années 1920. Au centre, un des édifices menacés. (Fonds Diane Robichaud, SHHY)

Le samedi matin suivant, le responsable de la voirie, Hormidas Lasnier, met le rouleau compresseur à vapeur sous pression, se place aux commandes et s’engage dans la rue Principale pour une parade officielle. Le spectacle impressionne. Même les chevaux qui, lentement, tirent les tombereaux de charbon sans jamais se laisser distraire, accélèrent le pas au passage de l’engin.  Parvenu près du pont, on propose de vérifier le fonctionnement de l’appareil sur une section de la rue Mill, nouvellement gravelée. Cette rue, aujourd’hui disparue, faisait jonction avec la rue Principale à la hauteur de l’usine de la Giddings et permettait  d’accéder au vieux moulin à grain — d’où son nom — et aux installations de la Granby Carriage Factory.  Mais le rouleau compresseur à peine engagé à reculons dans la rue Mill, l’inimaginable se produit : sous les regards horrifiés des spectateurs venus assister aux travaux, le mastodonte s’enfonce soudainement, se couche sur le flanc et s’immobilise huit pieds plus bas.

rouleau compresseur à vapeur. Acheté pour 3 000 $ de la compagnie Waterous Engine Works, de Brantford, en Ontario, l’engin arrive à Granby par chemin de fer au milieu du mois de mai 1913

© Le mastodonte à vapeur, pendant et après les événements. (Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

La première onde de choc passée, on s’inquiète d’abord de l’état d’Hormidas Lasnier qui, au soulagement de tous, sort indemne de la fosse; on s’interroge ensuite sur les causes de l’accident. Le coupable, vite trouvé, prend la forme d’une cave à charbon creusée sous la rue Mill, dont le propriétaire avait cru suffisant de l’isoler avec quelques madriers recouverts d’une mince couche de terre. Mais la construction, en mesure de supporter le poids des véhicules tirés par des chevaux et des automobiles, s’était révélée impuissante à soutenir les 15 tonnes du rouleau compresseur.

rouleau compresseur à vapeur. Acheté pour 3 000 $ de la compagnie Waterous Engine Works, de Brantford, en Ontario, l’engin arrive à Granby par chemin de fer au milieu du mois de mai 1913

© (Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Un groupe d’hommes se forme, pelles, pics, crics et vérins sont rassemblés et le sauvetage commence. Devant une foule qui ne cesse de grossir, le travail se poursuit jusqu’au samedi soir, pour reprendre le dimanche. La première opération consiste à redresser le rouleau compresseur, la deuxième, beaucoup plus difficile, à le hisser au niveau de la rue, ce qu’on réussit à accomplir grâce à l’utilisation judicieuse de crics et d’étais. Après deux jours de dur labeur, l’engin est en mesure de se diriger vers le garage municipal par ses propres moyens, n’ayant subi que des dommages superficiels, évalués à une trentaine de dollars. Par la suite, le rouleau compresseur réapparaît sur quelques clichés des années 1920 et 1930, mais dans les fonctions coutumières qui sont les siennes.

Mario Gendron

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Dollard des Ormeaux et l’indépendance du Québec

Monument de la Société Saint-Jean-Baptiste de Granby

© Les années 1930 sont propices à l’affirmation du Canada français. Ainsi, afin de célébrer le cinquantième anniversaire de sa fondation, en 1934, la Société Saint-Jean Baptiste de Granby installe ce monument au parc Miner, au cœur de ce qu’on nommait autrefois le « village français ». L’œuvre aux lignes sobres est surmontée d’un castor et d’une feuille d’érable et on peut y lire, gravé : « À la gloire de Dieu et de ceux qui ont soutenu depuis un demi siècle dans notre région notre foi, notre langue et nos droits », une devise inspirée du nationalisme de la survivance de Lionel Groulx, dont la fin pourrait tout aussi bien être « notre foi catholique, notre langue française et nos droits inaliénables ». (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

On croit généralement que le séparatisme, qui prône la  création d’un État québécois indépendant du reste du Canada, est un courant politique qui date de la Révolution tranquille, né des écrits et des actions d’hommes comme Marcel Chaput, auteur de Pourquoi je suis séparatiste,  paru en 1961, et René Lévesque, le père du concept de souveraineté-association. Or déjà au cours des années 1930, l’idée d’un Québec qui pourrait affirmer son indépendance politique et nationale avait été évoquée avec suffisamment d’insistance pour soulever quelques inquiétudes chez les tenants d’un Canada uni, entre autres chez le député fédéral de Shefford, J.-H. Leclerc. Les chantres de la séparation du Québec avaient même déjà trouvé un nom pour le nouveau pays, la Laurentie. Mais contrairement au mouvement souverainiste actuel, laïque et généralement considéré comme de centre-gauche, les séparatistes des années 1930 professaient un nationalisme des plus conservateurs, totalement inféodé à l’Église catholique et sans intentions politiques réelles.   

Granby, rue Principale, vers 1935. Carte postale, PECO, Ottawa.

La rue Principale de Granby, au milieu des années 1930. (Coll. Société d'histoire de la Haute-Yamaska. Carte postale, PECO, Ottawa)

À Granby, la question de la séparation du Québec surgit en mai 1936 à l’occasion de la fête de Dollard des Ormeaux, « le héros national de la jeunesse canadienne-française ». Avec un grand débat oratoire, des discours patriotiques dans la cour du collège Sacré-Cœur, une parade au centre-ville et une veillée d’armes qui commémore la fameuse nuit « de préparation et de prière » de des Ormeaux et de ses seize compagnons, à Ville-Marie (Montréal), en 1660, c’est le moment fort de l’année pour la jeunesse nationaliste. Pour Rosaire Préfontaine, président de l’Avant-garde du collège, le destin exemplaire de Dollard doit servir d’exemple à tous, car si « nous n’avons plus d’Iroquois à combattre […] nous avons des ennemis tout aussi dangereux qui nous entourent. Jetés comme nous le sommes au milieu de races qui haïssent profondément notre caractère national, nous devons veiller à ce que nous ne perdions pas nos titres de catholiques et de français »,  affirme le jeune leader.   

Le grand débat oratoire, qui se tient le 24 mai 1936 dans la salle paroissiale de Notre-Dame, porte sur la question : « Doit-on séparer la province de Québec de la Confédération et former un État français, que l’on désigne déjà sous le nom de “La Laurentie”? ». Au-delà des effets de cape et des envolées lyriques propres au genre, cette joute oratoire met en lumière les principaux arguments qui supportent le séparatisme du milieu des années 1930, considéré comme un des problèmes les plus aigus de l’époque.    

Cercle St-Romuald de Granby

Le Cercle St-Romuald de l’ACJC voit le jour en 1921. Ses jeunes membres réfléchissent et discutent sur des sujets religieux, sociaux et nationaux et se confrontent lors de grands débats contradictoires. Laurio Racine, Lionel Brunette, Roch Goyette et Sarto Fournier sont au cœur du débat du 24 mai 1936. (Album souvenir de la paroisse Notre-Dame de Granby, 1936)

Dans le camp de ceux qui pensent que le Québec devrait quitter le pacte confédératif canadien, on trouve Laurio Racine et Lionel Brunette; leurs opposants sont Roch Goyette et Sarto Fournier. Pour l’occasion, les premières rangées d’une salle remplie à craquer sont occupées, entre autres personnages, par J.-H. Leclerc, maire de Granby et député fédéral, par son homologue provincial, Hector Choquette, par le président de la commission scolaire, Albéa Messier, par les deux curés de la ville et par les frères supérieurs du collège Sacré-Cœur et du Mont-Sacré-Cœur. Les journalistes Édouard Hains et C.E. Parrot, respectivement de La Revue de Granby et de La Voix de l’Est, assistés du frère René, auront la tâche de désigner les vainqueurs du débat. 

 « M. Laurio Racine entama la défense de sa cause avec une fougue qui empoigna tout l’auditoire », rapporte la Voix de l’Est. Selon l’orateur, si les secteurs de la haute finance et de la grande industrie peuvent être tenus responsables de l’état de misère qui afflige le peuple en ces années de crise économique, la responsabilité en revient aussi « à la faillite de nos gouvernements à tirer Québec de son état d’esclavage et d’infériorité dans la Confédération ». Parmi les griefs qui justifient le Québec de « briser ses chaînes et de se libérer en un État autonome », continue Laurio Racine, on trouve l’injustice flagrante faite à la langue française au Québec et dans le reste du Canada, où la spoliation des droits scolaires menacent la survie même des Canadiens français. Le débatteur termine en affirmant que « trop longtemps la manne est tombée chez nous pour l’avantage des Anglais et des étrangers », mais que « l’heure de la délivrance a sonné », des propos lourds de sens dans une ville qui compte une riche minorité anglophone. 

Plus systématique dans son approche, le second tenant du oui, Lionel Brunette, développe sa thèse aux points de vue religieux, social et économique. Sur la liste des maux qui minent le pays, il inscrit l’éloignement de la doctrine sociale de l’Église, le matérialisme qui ronge les masses et, surtout, le communisme qui fait de plus en plus d’adeptes chez les classes laborieuses, « livrées à la cupidité et à l’exploitation de riches industriels ». Selon l’orateur, « C’est le séparatisme qui nous conduira à la libération » et, lorsque le Québec sera devenu indépendant, la mise en œuvre des réformes préconisées par le pape permettra de « sortir notre peuple de son état d’avilissement où le pacte confédératif l’a plongé ». Sous cette gouverne, les syndicats catholiques connaîtront un nouvel essor, alors que l’industrie, le commerce et la finance limiteront leur expansion, conformément aux principes de la justice sociale. Le règne de la dictature étrangère prendra fin au Québec « et les chefs surgiront imbus de sains principes qui conduiront notre État vers sa haute destinée », conclut l’orateur, enthousiaste. 

Dans le climat d’effervescence patriotique qui emporte l’auditoire, les tenants de l’option fédérative, armés de la seule logique de leurs arguments et sans doute incapables de s’enflammer pour la défense d’une cause qu’ils savent perdue d’avance, n’ont d’autre choix que d’accepter leur défaite avec grâce. Or si la sélection des vainqueurs s’est officiellement effectuée d’après la forme, le fond et la tenue littéraire du discours de chacune des équipes, personne n’ignore le rôle que les conditions politiques et nationales du moment ont joué dans cette décision. L’année suivante, dans les mêmes circonstances et pour les mêmes raisons, ce sera l’équipe qui se portera à la défense des Patriotes de 1837-1838 qui remportera la palme. 

Joseph Hermas Leclerc,

© Joseph-Hermas Leclerc, maire de Granby de 1933 à 1938 et député libéral à Ottawa de 1935 à 1945. (Fonds Mont-Sacré-Coeur, SHHY)

Invité d’honneur, le député libéral fédéral J.-H. Leclerc sort visiblement ébranlé par l’enthousiasme que manifeste l’assistance pour l’option de la séparation du Québec. Aussi, dès l’évènement terminé, s’empresse-t-il de rencontrer La Voix de l’Est afin de calmer le jeu. Mais après s’être ouvertement opposé à la séparation du Québec de la Confédération, le député temporise en affirmant que la province « n’est pas encore mûre pour entreprendre un pareil mouvement de rupture », indiquant par là qu’en d’autres circonstances son opinion pourrait différer. Pour l’heure, la principale préoccupation de J.-H. Leclerc concerne les minorités francophones du reste du Canada, que l’agitation autour de la question de la séparation du Québec inquiète et fragilise. 

Mais la fièvre séparatiste n’aura finalement été qu’un feu de paille, consumée par les nécessités autrement plus pressantes de la guerre qui se prépare. Il faudra attendre vingt ans avant que le sujet resurgisse dans le paysage politique québécois. 

Mario Gendron

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Les élections fédérales de 1965 : trois candidats… et un rhinocéros

© Paul-O. Trépanier, candidat du Parti progressiste-conservateur. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY, photo: Marc Plamondon)

En toute logique, c’est Gilbert Rondeau, le candidat du Ralliement créditiste, qui aurait dû remporter l’élection fédérale de 1965 dans Shefford, comme il l’avait fait lors des deux précédentes et comme il allait le faire lors des trois suivantes. Or, un adversaire inattendu, Paul-O. Trépanier, maire de Granby et improbable candidat du Parti conservateur, devait brouiller les cartes et lancer Shefford dans la campagne à trois la plus chaudement disputée au Canada depuis 1911. Après un revirement de situation spectaculaire causé par le vote militaire, une enquête de la Gendarmerie royale du Canada et un recomptage judiciaire, c’est le candidat du Parti libéral, Louis-Paul Neveu, qui remportait la victoire.

Depuis l’élection du gouvernement minoritaire du conservateur John Diefenbaker, en 1957, les Canadiens ont pris l’habitude de l’exercice démocratique, allant aux urnes en 1958, 1962 et 1963, les deux dernières fois pour élire des gouvernements minoritaires conservateur et libéral. À l’automne 1965, pensant obtenir une majorité parlementaire, Lester B. Pearson déclenche de nouvelles élections, les cinquièmes en moins de dix ans. Le scrutin est prévu pour le 8 novembre.

Parti rhinocéros choisit Cornélius comme chef, un digne représentant de l’espèce qui réside au Zoo de Granby

© Fondé en 1963, le Parti rhinocéros choisit Cornélius comme chef, un digne représentant de l’espèce qui réside au Zoo de Granby...

Flamboyant et primesautier, Paul-O. Trépanier, maire de Granby depuis 1964, aime jouer les trouble-fêtes. Aussi, alors que ses sensibilités politiques semblent le situer à gauche de l’échiquier politique, il se retrouve à droite en devenant le candidat du Parti progressiste-conservateur au début du mois d’octobre 1965, et ce, une semaine après avoir affirmé catégoriquement son refus d’être candidat. En acceptant de briguer les suffrages pour le grand parti de la droite canadienne, Paul-O. Trépanier se donne comme objectif de mener « une bataille sans merci contre les combines, contre les scandales, contre les pots-de-vin et contre certains députés insignifiants ». Il devient le quatrième candidat d’un parti reconnu à se lancer dans la course pour Shefford, les autres étant Louis-Paul Neveu, pour le Parti libéral, Jacques Jourdenais, pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), et Gilbert Rondeau, le député sortant, pour le Ralliement des créditistes de Réal Caouette. Quant au chef du Parti rhinocéros, Cornélius 1er, un résident du Zoo de Granby, c’est un détail de procédure qui, à la dernière minute, l’avait empêché de participer aux élections.

L’arrivée inopinée du maire de Granby dans la course électorale a pour effet de semer un certain désarroi chez ses adversaires, bien au fait de ses talents d’orateur et de sa popularité. « À quelle condition le maire a-t-il embarqué? », demande Gilbert Rondeau. La question est d’autant plus pertinente que la publicité électorale de Paul-O. Trépanier est toujours accompagnée du mot « ministre » marqué en grosses lettres, mais sans fournir plus de détails. Louis-Paul Neveu considère quant à lui que la volte-face du maire sur sa participation à la course électorale jette le doute sur ses intentions réelles. Le candidat libéral n’est pas plus tendre envers les créditistes, leur reprochant de « parler à tort et à travers, sans savoir où ils vont ».

Le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

© Le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

Le 26 octobre 1965, le dernier jour des mises en candidature, coup de théâtre : le candidat du NPD, Jacques Jourdenais, un policier à l’emploi de la Ville de Granby, se désiste en faveur de Paul-O. Trépanier, un geste que d’aucuns considèrent comme étrange. Deux jours plus tard, le maire déclare qu’il conservera son poste à l’hôtel de ville même s’il est élu député de Shefford. La table est mise et la lutte s’annonce serrée, ce qui n’échappe pas à la vigilance des journalistes affectés à la course électorale qui désignent la circonscription comme stratégique, c’est-à-dire susceptible de changer d’allégeance.

Gilbert Rondeau, le député sortant, pour le Ralliement des créditistes de Réal Caouette

© Gilbert Rondeau, du Ralliement des créditistes, député sortant. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

La radio CHEF diffuse en direct les premiers résultats du vote, le soir du 8 novembre, mais il faut attendre la publication de La Voix de l’Est, le jour suivant, pour connaître le nom des vainqueurs et lire le compte-rendu de la soirée électorale la plus fébrile de l’histoire de Shefford. « Le trio Paul-O. Trépanier, Louis-Paul Neveu et Gilbert Rondeau, peut-on y lire, a tenu en haleine les électeurs durant tout le dépouillement des votes. Ce fut un véritable suspense digne des meilleurs films de Alfred Hitchcock. Finalement, peu avant minuit, le maire Paul-O. Trépanier était déclaré élu avec une majorité de 82 voix sur son plus proche adversaire, M. Louis-Paul Neveu ». Le nouveau député est d’autant plus heureux de sa victoire que c’est seulement la deuxième fois depuis la Confédération que le comté de Shefford élit un conservateur.

Mais compte tenu du peu d’écart qui les sépare du vainqueur, les candidats Neveu et Rondeau préféreront attendre les résultats d’un premier recomptage avant de concéder la victoire, un exercice au terme duquel, en effet, Trépanier ne mènera plus que par neuf et treize voix sur ses adversaires créditiste et libéral. Craignant quelque fraude ou vol, on juge dès lors nécessaire de faire surveiller 18 heures par jour le bureau du président des élections par un gardien de la Patrouille nationale de Granby. « Shefford est devenu le point de mire du Canada », titre La Voix de l’Est du 11 novembre 1965.

D’ordinaire sans conséquence, le vote militaire, c’est-à-dire celui de la centaine de soldats, d’aviateurs et de marins originaires du comté de Shefford qui sont en service loin de leur domicile, prend soudainement une signification toute particulière. Car si le vote de ces derniers va massivement à l’un ou l’autre des adversaires de Trépanier, on pourrait assister à un renversement de situation; et c’est effectivement ce qui  advient lorsque 78 militaires sur 112 optent pour le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. Cette fois, ce sont Gilbert Rondeau et Paul-O. Trépanier qui réclament le recomptage judiciaire des résultats.

Le « juge Evender Veilleux, de la Cour supérieure du district de Bedford

© « Le juge Evender Veilleux, de la Cour supérieure du district de Bedford (au centre), préside au recomptage judiciaire ». La Voix de l’Est, 23-11-1965. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

Mais avant que les résultats définitifs ne soient connus, une découverte sensationnelle ébranle la confiance des électeurs. Une boîte de scrutin de Waterloo, censée contenir 233 bulletins de vote, est retrouvée complètement vide, et ce, malgré la présence intacte du scellé.  L’affaire est suffisamment sérieuse pour que les autorités mandatent deux agents de la Gendarmerie royale du Canada pour faire enquête. Mais le mystère ne sera jamais élucidé. Quoi qu’il en soit, le recomptage judiciaire, terminé le 2 décembre 1965,  confirme la victoire de Louis-Paul Neveu sur Paul-O. Trépanier et Gilbert Rondeau par des écarts respectifs de 27 et 47 voix. Quant au vote national, il ne change rien au paysage politique canadien, puisque le libéral Lester B. Pearson est reporté au pouvoir, encore une fois à la tête d’un gouvernement minoritaire, le quatrième depuis 1957 et le troisième d’affilée.

Mario Gendron

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La petite maison du cordonnier de Milton

Historiquement, Sainte-Cécile-de-Milton est une municipalité qui semble hésiter entre deux mondes, celui des townships, qui domine l’arrière-pays, et celui des seigneuries, tout proche, d’où vient la grande majorité des citoyens. Or, d’un point de vue patrimonial, ce sont les influences canadiennes-françaises qui orientent la configuration du cadre bâti, et ce, malgré une colonisation britannique précoce dont il reste encore quelques traces.

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Municipalité sans vocation industrielle bien affirmée au XIXe siècle, Sainte-Cécile-de-Milton s’est construite autour des activités agricoles et des quelques commerces et institutions nécessaires à leur fonctionnement. Le métier de cordonnier est parmi les premiers à s’implanter au village, comme en fait foi un acte de donation, daté de 1858, de la maison patrimoniale sise au 228, rue Principale, fait par le cordonnier Hyacinthe Leclaire et son épouse, Céleste Biron, en faveur de leur fils Jean-Baptiste, lui aussi cordonnier au village de Milton. En plus de la maison et de l’étable, le couple cède tout l’inventaire qui s’y trouve, c’est-à-dire une vache, un jeune cochon, deux poêles, « dont un plat et un de cuisine », deux lits garnis, une armoire à linge, une pendule, douze chaises, de la vaisselle, des chaudrons, sans oublier, bien sûr, tous les outils de cordonnerie. Mais cette donation n’est pas totalement désintéressée, car comme c’était la coutume de le faire, elle oblige le donataire à veiller à l’entretien complet de ses parents, qui devront manger à sa table et loger avec lui jusqu’à leur décès; il est aussi tenu de subvenir aux besoins de son frère et de ses deux sœurs, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de seize ans.

Déménagé aux États-Unis, comme bien d’autres, pour chercher du travail, Jean-Baptiste Leclaire, devenu charpentier, vend la propriété en 1886 à Marie Leclaire, « fille majeure » résidant dans la paroisse de Sainte-Cécile. Cette dernière la revendra au cordonnier Pierre Bouffard, lui aussi de Milton, en 1889. Il semble bien que Bouffard soit le dernier à avoir exploité une cordonnerie dans l’endroit, une activité qui s’y est tout de même maintenue pendant environ un demi-siècle. Quoi qu’il en soit, sept propriétaires se succéderont entre 1901 et 1965 sans qu’aucun contrat de vente ne fasse mention du métier de cordonnier. À partir de 1965, et pour plusieurs années, la propriété appartiendra à la famille Lemoine.

Mario Gendron, avec la participation de Marie-Christine Bonneau.

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située au cœur du village, en bordure de la rue Principale, la maison Leclaire constitue l’un des seuls exemples d’architecture vernaculaire, fortement répandue sur l’ensemble du territoire de la MRC de la Haute-Yamaska, à avoir été préservés avec autant d’authenticité. Cette modeste résidence, qui se caractérise par son volume rectangulaire s’élevant sur un étage et demi, son parement en clins de bois, l’ordonnance symétrique de ses ouvertures et sa toiture à deux versants recouverte de « tôle à baguettes », est complétée sur sa devanture d’une galerie couverte supportée par de fins poteaux tournés, ornés dans leur partie supérieure de boiseries décoratives.

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Granby, ville de baseball

Le Stadium de Granby

© Au début des années 1950, le baseball est sans contredit le sport le plus populaire à Granby. (Coll. SHHY, photo: Studio du Roy)

En janvier 1951, le chroniqueur sportif Paul Stuart écrivait dans La Revue de Granby : « Ce n’est un secret pour personne que Granby est reconnue comme une vraie “baseball town” ». Une ville de baseball, c’est une ville où, par une belle journée d’été, 3 500 hommes, femmes et enfants remplissent les gradins du Stadium de la rue Laval pour assister à un match entre les Red Sox de Granby et les Cubs de Drummondville, et ce, avec la même joie et le même enthousiasme que s’il s’agissait de grandes équipes américaines. C’est une ville où près des deux tiers des dépenses qui se font en loisirs et en culture sont accaparés par le sport de balle. C’est une ville où des athlètes, des entraîneurs et des organisateurs sportifs de renom ont la possibilité d’exprimer leur talent : Omer Cabana, Fred Thurier, Joseph Bousquet, Jules Crevier, Raymond Chaput, parmi beaucoup d’autres.  C’est une ville où des noms d’équipes comme Grand-B, Red Sox et Phillies nous ramènent aux belles années de la Ligue provinciale semi-professionnelle de baseball.

Le club de baseball Granby

© Le club de baseball Granby, en 1921. (Fonds Bernard Brodeur, SHHY)

Selon toute vraisemblance, c’est dans la première moitié des années 1880 qu’a eu lieu le premier match officiel de baseball à Granby. D’abord chasse gardée des anglophones, ce sport transcende bientôt les divisions ethniques avec la formation du premier club canadien-français, en 1907. Entre 1915 et 1925, le baseball continue sur sa lancée grâce aux succès que connaissent deux équipes, le Granby d’Omer Cabana, formé presque exclusivement de joueurs professionnels américains, et les Indépendants, dont tous les joueurs réguliers sont des Canadiens français recrutés dans la Ligue des manufactures, donc des amateurs. Si le baseball connaît un recul au cours de la décennie suivante, plusieurs l’expliquent par le manque d’infrastructures sportives de Granby.

L'équipe de baseball Gran-B de 1935.

© L’équipe de Granby de la ligue Provinciale de baseball. De gauche à droite, M. Laliberté, Ray Cutter, Réjean Bougie, Babe Miron, Hervé Danis, Jos Bousquet, Curley Bessette, George Giard, Lefty Auger, Lew Elder, Peanut St-Onge, Lefty Deegan, Barber Beauregard, Ab Cookson et Doug Alcors. (Fonds Jean Wilcott, SHHY)

Le baseball connaît un énorme regain de popularité au cours de la Crise, grâce surtout à l’influence grandissante de la culture américaine et à la popularité des Royaux de Montréal. À Granby, cet engouement se matérialise par la construction, à l’été 1935, d’un stade de baseball de 3 500 places dans la rue Laval et par la formation de l’équipe Grand-B, aussitôt inscrite dans la nouvelle Ligue provinciale semi-professionnelle de baseball, deux initiatives qui reviennent à Omer Cabana.

Article de La Voix de l'Est du 8 août 1935.

Inauguration du Stadium. (La Voix de l'Est, 8 août 1935)

L’édition 1935 du Grand-B compte 13 joueurs, dont 6 Américains et trois Granbyens, Fred Thurier, Jos Bousquet et Georges Giard. On dit de la Ligue qu’elle est semi-professionnelle parce que les joueurs qui y évoluent reçoivent un salaire qui, dans les meilleurs cas, peut atteindre 200 $ ou 300 $ par mois, ce qui est bien supérieur à la rétribution moyenne d’un travailleur d’usine.

Caricature de Henri Boivin baseball, Granby

Lorsque Granby blanchit Sherbrooke. Caricature d'Henri Boivin, La Voix de l'Est, 15 août 1935.

Qu’ils évoluent contre les Athlétiques de Québec, les Tigers de Drummondville ou les Saints de Saint-Hyacinthe, les Red Sox de Granby(c’est le nouveau nom que donne Omer Cabana à son équipe en 1937) rallient les foules, comme en fait foi le bilan de cette saison avec près de 37 000 entrées au Stadium. Bientôt, l’ouverture d’une école de baseball et la formation des Red Sox jr installent le sport dans ses structures permanentes. Seules la guerre et la dissolution de Ligue provinciale, en 1940, viendront briser cet élan.

Club de baseball Grand-B,  Granby, programme 1948

(Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

C’est avec enthousiasme que les amateurs de Granby et de la région assistent, en 1947, au retour d’une équipe locale dans la Ligue provinciale semi-professionnelle de baseball. Portant d’abord le nom évocateur de Grand-B, le club est rebaptisé Red Sox en 1949 à l’occasion de son rachat par un syndicat sportif constitué d’une centaine d’hommes d’affaires. Lors de sa première saison, le Grand-B joue 93 matchs contre les équipes de Saint-Jean, Saint-Hyacinthe, Farnham, Sherbrooke, Drummondville et Acton Vale, dont environ la moitié au Stadium, devant 60 000 spectateurs.  En 1950, la demande des amateurs est devenue si forte qu’on se voit dans l’obligation d’augmenter le nombre de sièges du Stadium de 3 500 à 4 200.  À ce moment, la Ligue de baseball provinciale du Québec est la plus importante du Canada.

© Le Stadium de Granby

© Le Stadium de Granby, en 1946.(Collection SHHY, photo: La Voix de l'Est)

Les Red Sox de Granby. (Collection SHHY)

© Les Red Sox de Granby. (Collection SHHY)

En 1952, tournant majeur : tous les clubs de la Ligue provinciale doivent s’affilier à des équipes américaines des ligues majeures ou disparaître. Pour sceller son association avec les célèbres Phillies de Philadelphie, l’équipe de Granby devra désormais porter leur nom et leurs couleurs.Mais le public n’approuve pas l’initiative, comme l’indiquent les assistances au Stadium qui diminuent de 80 000 à 31 000 entre 1951 et 1952. La troupe de Granby joue ses derniers matchs l’année suivante, terminant la saison en deuxième position au classement des équipes de la Ligue provinciale semi-professionnelle de baseball, dont les activités, par ailleurs, prennent fin dans l’indifférence en 1955.

 Les Phillies de Granby, 1952

© Les Phillies de Granby, 1952. (Fonds Patrick Gaudreau, SHHY)

En 1958, Alphonse Saint-Onge, véritable légende sportive granbyenne, soutient que le déclin rapide du sport semi-professionnel à Granby peut être relié à trois grandes causes : la télévision, parce qu’elle fait entrer les plus grandes vedettes du sport professionnel dans tous les foyers, l’automobile, qui éloigne les spectateurs et, enfin, les coûts exorbitants du maintien d’une équipe de haut calibre.

les Cardinaux remportent le championnat de la Ligue provinciale de baseball

© En 1966, les Cardinaux remportent le championnat de la Ligue provinciale. (Fonds Patrick Gaudreau, SHHY)

Malgré la renaissance de la Ligue provinciale en 1958 et les deux championnats remportés par les Cardinaux de Granby en 1966 et 1968, l’époque où Granby était considérée comme une « baseball town » était donc définitivement terminée, comme était révolu le temps où des équipes semi-professionnelles locales arrivaient à attirer les foules et à donner naissance à des héros à la mesure des petites villes dont elles étaient l’emblème.


Mario Gendron

Amateurs de baseball, je vous invite à visiter ce site : SABR – Québec

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Au temps de la Nouvelle-France et de la galanterie

Code militaire ou compilation des règlements et ordonnances de Louis XIV Roy de France et de Navarre, 1709. (Fonds Benoît Pontbriand)

Code militaire ou compilation des règlements et ordonnances de Louis XIV Roy de France et de Navarre, 1709. (Fonds Benoît Pontbriand)

Le plus ancien livre que possède la Société d’histoire de la Haute-Yamaska plonge bien au-delà de l’horizon historique régional, puisqu’il date de 1709, d’une époque où Louis XIV régnait encore en maître sur la France et sur sa colonie canadienne, la Nouvelle-France. Mais plus que par son âge ou son contenu, ce livre se démarque par la nature des inscriptions manuscrites qu’on y trouve, en particulier un mot galant adressé à « Mademoiselle la marquise de Clermont ».

Le livre qui nous intéresse ici porte le titre de Code militaire ou compilation des règlements et ordonnances de Louis XIV Roy de France et de Navarre; son auteur est le baron de Sparre, il compte 603 pages et sa reliure, authentique, est en cuir de veau. La date de publication est inscrite en chiffres romains au bas de la page titre (MDCCIX).

Des inscriptions manuscrites — deux courts textes adressés à la marquise de Clermont, deux attestations de propriété datées et quelques signatures — permettent de mieux connaître la petite histoire de ce livre. Ces informations fragmentaires laissent supposer que c’est en 1732 que le volume serait entré en possession de la marquise de Clermont, et qu’il lui aurait été donné par l’auteur du mot galant qu’on trouve sur la première page de garde. Nous avons retranscrit ce mot tel quel, en en respectant l’orthographe.

Code militaire ou compilation des règlements et ordonnances de Louis XIV Roy de France et de Navarre, 1709. (Fonds Benoît Pontbriand)

(Fonds Benoît Pontbriand)

Mademoiselle Josephte
Il faut enfin que je vous dise
Mais de cœur plutôt que de bouche
Que de toutes les personnes du monde
Vous êtes la seule que j’aime uniquement
Et que j’aimeray toute ma vie
Adieu (mademoiselle) Josepte Marquise de Clermont belle et parfaitte
(non signé).

Sur la dernière page de garde du volume, on trouve une deuxième note, d’une graphie différente et rédigée sur un ton plus formel que la première, donc vraisemblablement par un autre homme. Malheureusement, quelques mots de la partie centrale de cette note sont incompréhensibles.

L’honneur et le respect à
Mademoiselle la Marquise de Clermont
(…)
Une fille de science et gravitté

(Signature illisible)

Peinture | Portrait de Jean-Baptiste Hertel de Rouville (1668-1722) | M966.62.1

Portrait de Jean-Baptiste Hertel de Rouville (1668-1722). (Musée McCord)

Depuis 1745, du moins si l’on se fie aux signatures et aux annotations manuscrites, le livre ferait partie de la bibliothèque du seigneur Jean-Baptiste-François Hertel de Rouville (1709-1773), le fils de Jean-Baptiste Hertel à qui Frontenac avait concédé la seigneurie de Rouville. Comment ce volume a-t-il quitté la France, lieu de résidence probable de la marquise de Clermont, pour se retrouver au Québec, dans la bibliothèque du seigneur de Rouville (il porte le numéro 365 de sa collection), nul ne saurait le dire. Par contre, les circonstances qui ont permis à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska d’entrer en possession de ce livre sont bien connues, puisqu’il fait partie d’un lot de volumes provenant de la bibliothèque de Hertel de Rouville qui nous a été donné par l’éminent généalogiste Benoît Pontbriand, aujourd’hui décédé. Ce dernier, qui avait acquis ces volumes dans un marché aux puces, n’a jamais pu retracer leur parcours de la bibliothèque de Hertel de Rouville à la table du vendeur.

Mario Gendron

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Nouvelles brèves

© (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

La Ville de Granby vient de mandater la Société d’histoire de la Haute-Yamaska pour la réalisation d’une vaste étude de son patrimoine architectural qui servira, entre autres, à l’élaboration d’une politique de gestion patrimoniale. Pour chacune des propriétés retenues dans l’inventaire, des recherches historiques seront effectuées et une fiche descriptive détaillée portant sur ses caractéristiques architecturales et son niveau de conservation sera produite. Beaucoup de travail devant être accompli sur le terrain, comme la prise de photos, nous informons à l’avance les propriétaires de belles maisons anciennes de ne pas se formaliser de nous voir observer leur propriété. Le rapport de synthèse, qui sera déposé en 2012, fera état de la situation du patrimoine à Granby et proposera des recommandations pour en assurer la préservation.

 

© Mario Gendron (Photo La Voix de l'Est)

© Ferme Rolland Beaudry, Granby. ( Coll. Gérard Beaudry. Photo Office provincial de la publicité du Québec, 1956)

La SHHY a collaboré à la réalisation de la première émission de la série Nourrir son monde, produite par la télévision communautaire de Waterloo (TVCW). Cette émission d’ouverture porte sur l’histoire agricole de notre région. On y présente une entrevue avec l’historien Mario Gendron, qui a fait de nombreuses recherches sur le sujet dans le cadre de l’Histoire du Piémont-des-Appalaches, et des documents d’archives tirés des voûtes de la Société d’histoire. Parmi d’autres thèmes, l’émission traite de colonisation, de développement de l’industrie laitière et de modernisation de l’agriculture.

 

© Les Frères du Sacré-Coeur. (Fonds Frères du Sacré-Coeur, SHHY)

Grâce à une subvention de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, nous pourrons procéder au classement du fonds d’archives des Frères du Sacré-Cœur, reçu en 2010. Une fois terminé, l’inventaire sera disponible en ligne.

 

© Luc Racine, président de la Société d'histoire, 2005-2010.

Nous tenons à souligner le départ de Luc Racine du conseil d’administration de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, dont il a été administrateur et président pendant plusieurs années. Grâce à ses nombreuses initiatives et à son dynamisme, Luc a fait mieux connaître la SHHY et a grandement aidé à son développement comme organisme tourné vers la diffusion des connaissances.

© Parade de mode au golf Granby-Saint-Paul, en mars 1961. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

Gilles Martineau et Benoît Ferland ont répondu à notre appel pour la numérisation (bénévole) des négatifs du Fonds Jean-Paul Matton. Au rythme où se fait le travail, les 6 000 négatifs seront numérisés d’ici peu, ce qui facilitera leur utilisation et garantira leur préservation. Un gros merci, Gilles et Benoît.

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