Crise économique et délinquance à Waterloo

La crise économique qui sévit au cours des années 1874-1878 est l’une des plus sévères que la région ait connue. Au moment de son déclenchement, Waterloo porte fièrement le titre de capitale régionale, forte de ses 2 500 habitants, des nombreuses institutions qui relèvent de son rôle de chef-lieu du comté de Shefford et d’une structure industrielle diversifiée, avec la fonderie Allen & Taylor, la tannerie Shaw et la Waterloo Boots & Shoes comme principaux employeurs. Waterloo est alors l’agglomération la plus dynamique et grouillante des Cantons-de-l’Est après Sherbrooke. Il n’est donc pas étonnant que ce soit dans la capitale régionale que les problèmes sociaux qui accompagnent le marasme économique se manifestent avec le plus d’acuité.

© L'édifice Kelpin et l'hôtel Canada construits respectivement en 1876 et 1874. Carte postale publiée par C.H. Welch, Waterloo. Coll. SHHY

À Waterloo, la crise économique de 1874 affecte particulièrement le secteur de l’emploi. Témoin privilégié de cette période difficile, le Waterloo Advertiser indique qu’au printemps de 1876 on trouve « 17 scieurs de bois par corde » qui offrent leur service. L’automne et l’hiver de la même année, la population flottante, qui semble avoir fait de Waterloo son refuge, n’a jamais été aussi nombreuse. Le plus gros contingent des démunis demeure les employés du chemin de fer qui, dès l’arrivée du temps froid, débarquent à Waterloo en attente de la reprise des travaux. Incapables de se procurer un logement convenable, certains nécessiteux ont même fait du pont de la rue Lewis leur dernier refuge. La municipalité, à qui il incombe de soutenir les indigents, doit constamment réajuster à la hausse la contribution financière au Comité des pauvres. Certains marchands du village, comme W. Gilmour, Robinson & Co. et C. Déragon, collaborent avec les autorités en fournissant, contre remboursement, nourriture, vêtements et denrées diverses aux plus démunis.

© L'hôtel de ville de Waterloo construit, en 1871. Fonds R. Monnier, SHHY.

Errance et pauvreté constituent un terreau fertile pour la délinquance. Ainsi, principalement la nuit, le village devient le théâtre de bagarres et de méfaits d’hommes qui n’ont plus rien à perdre. C’est à l’aube qu’on constate les dégâts : trottoirs de bois détruits, clôtures arrachées, roues enlevées des voitures, chevaux détachés des écuries, entre autres délits.  Les femmes se font insulter et ne peuvent plus sortir le soir sans escorte; on vole et on agresse les vieillards; les bagarres sanglantes sont monnaie courante et, lorsqu’ils ne s’en prennent pas aux individus, les malfaiteurs s’attaquent à la propriété privée. Inquiets, les marchands exercent une surveillance nocturne de leur commerce et certains n’hésitent pas à décharger leur arme en direction des voleurs. C. S. Hall, du Foster House, prend même le soin d’avertir les contrevenants que l’un deux pourrait être sérieusement blessé.

© Le magasin Robinson, coin Foster et Allen. Coll. SHHY.

On poursuit les délinquants et on augmente les peines d’emprisonnement, mais rien n’y fait. Pendant l’été de 1875, le désordre atteint un paroxysme avec l’arrivée à Waterloo d’une douzaine d’indésirables qui sèment la terreur durant environ une semaine. La nuit, ces derniers dorment sous le hangar du magasin Robinson, Stevens & Willard.  Le jour, ils pratiquent la mendicité d’une manière fort particulière, se rendant en bande à la porte des demeures et faisant comprendre aux occupants qu’il est dans leur intérêt de contribuer à leur « œuvre charitable ». Le constable de Waterloo étant incapable de stopper ces exactions, on doit se résoudre à faire intervenir un groupe armé de citoyens pour chasser les intrus à l’extérieur des limites du village.

À peine la crise économique terminée et la paix sociale revenue, le village de Waterloo doit affronter un défi de plus grande envergure encore : maintenir son statut de capitale régionale contre les assauts de Granby, dont l’expansion industrielle devient de plus en plus menaçante. Cette fois, il faudra plus qu’un groupe armé de citoyens pour espérer gagner la bataille.

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Granby fête la Saint-Jean

L’idée de célébrer la Saint-Jean-Baptiste revient à Ludger Duvernay qui, au cours d’un banquet, donné à Montréal le 24 juin 1834, a émis le souhait que l’on fasse de cette journée la fête des Canadiens français. Neuf ans plus tard, le 8 juin 1843, Duvernay met sur pied l’Association Saint-Jean-Baptiste qui réunit tous les organismes du même nom et organise un premier grand défilé dans la métropole. Ce ne sera toutefois qu’en 1925 que la Saint-Jean-Baptiste sera décrétée jour férié et c’est au gouvernement de René Lévesque que l’on doit d’avoir proclamé, en 1977,  le 24 juin Fête nationale de tous les Québécois.

À Granby, les célébrations de la Saint-Jean débutent en 1885, l’année suivant la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste locale. Cette année-là, on souligne modestement l’événement par une messe à l’église Notre-Dame et un feu d’artifice en soirée.  Par la suite, les sociétés de Granby et Waterloo prennent, à tour de rôle, la responsabilité d’organiser les festivités. D’année en année, rien ne manque pour faire vibrer la fibre nationaliste et divertir la population du comté de Shefford.

© La Société Saint-Jean-Baptiste de Granby, en 1909. Coll. SHHY. Photo : Samuel Benoit

Les festivités du 24 juin 1889 ont particulièrement attiré l’attention des médias locaux et régionaux. Le Journal de Waterloo, par exemple, a évalué la foule, regroupée à Granby, à quelque 4000 personnes, venues d’aussi loin que Farnham et Saint-Jean sur Richelieu. Outre les dignitaires habituels, qui prenaient place à bord de voitures, et les membres des organismes paroissiaux, marchant à la suite des musiciens de l’harmonie, les spectateurs pouvaient reconnaître des gens de métiers montés sur les charrettes thématiques dédiées à leur profession : les selliers, les ferblantiers, les cordonniers et les forgerons, entre autres.

Parti de la rue Saint-Charles, le défilé s’est rendu au bocage Wood (parc Victoria), en remontant la rue Principale, où politiciens et membres du clergé ont rivalisé de ferveur nationaliste dans leur discours. La partie protocolaire terminée, la foule rassemblée sur les lieux a eu droit à des compétitions sportives et s’est vu offrir des repas à vingt-cinq sous le couvert. En soirée, les citoyens ont assisté à des performances musicales et furent conviés à l’hippodrome, situé sur le site actuel d’Agropur, pour la présentation du feu d’artifice.

Le char allégorique des Chevaliers de Carillon commémorant  l’arrivée de Jacques Cartier tel que présenté lors du défilé de 1934.  Fonds Pauline Lasnier, SHHY.

© Le char allégorique des Chevaliers de Carillon commémorant l’arrivée de Jacques Cartier tel que présenté lors du défilé de 1934. Fonds Pauline Lasnier, SHHY.

Toutefois, ce sont les fêtes des 24 et 25 juin 1934 qui marquèrent une étape importante dans la vie de la Société Saint-Jean-Baptiste de Granby, deux jours au cours desquels la population a été invitée à  célébrer les cinquante ans de l’association, fondée le 18 mai 1884.

Le coup d’envoi fut donné par le président, Albéa Messier, en présence de la foule et des dignitaires, qui a dévoilé le monument commémoratif du parc Miner. Sur le socle est gravée la phrase suivante « À la gloire de Dieu et de ceux qui ont soutenu durant un demi-siècle, dans notre région, notre foi, notre langue et nos droits…». Cette phrase veut rappeler aux générations futures les luttes qu’ont dû mener leurs prédécesseurs afin de protéger les droits des Canadiens français.

Après un bref séjour au parc Daniel Johnson, l’œuvre de Georges E. Tremblay, surmontée d’un castor et d’une feuille d’érable, est de retour au cœur de cette partie de Granby qu’on avait surnommée le village français.

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Enfants d’hier

Une exposition dans la vitrine de nos locaux et sur notre site

Photos d’ enfants de Granby, Waterloo, Roxton Pond et West Shefford. Les enfants à l’école, en vacances, chez le photographe… entre 1900 et 1960.

© À la mode du début XXe. Fonds Ellis Savage, SHHY

Société

© Une séance chez le photographe. Fonds Pauline Lasnier, SHHY

Un dimanche, à la ferme

© Un dimanche à la ferme. Fonds Germain Fortin, SHHY

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