Un premier centre de ski moderne

Les Cantons-de-l’Est sont reconnus depuis fort longtemps pour être une des plus belles zones skiables du Québec. Cependant, bien peu de gens connaissent les origines de ce sport sur le territoire de la Haute-Yamaska.

Il faut retourner au milieu des années 1930 pour voir apparaître en région les premiers clubs ou associations de ski. À cette époque, les amateurs de ce nouveau loisir pratiquent le ski de randonnée plutôt que de montagne en raison de l’inexistence de remontées mécaniques. L’équipement d’alors s’avère primitif : skis en bois dépourvus de carres, bâtons en bambou, bottes non rigides et sangles en cuir et métal faisant office d’attaches fixes (dans les descentes) ou semi-fixes (sur les plats ou dans les montées). La popularité du sport croît si rapidement qu’en 1941, l’association La zone de ski des Cantons de l’Est compte déjà au moins onze clubs affiliés : Granby, Waterloo, North Hatley, Sherbrooke (le Hillcrest et la ferme Rogeau), Sutton, Mont-Orford, Victoriaville, Coaticook, Cowansville et Lennoxville.

Le club Ski-Bi de Granby est fondé en décembre 1935 avec, comme seuls membres, une dizaine de skieurs. À ses débuts, le club organise des excursions dans les campagnes environnantes et des rencontres avec d’autres clubs d’ici ou de la région montréalaise.

Le « skito » du mont Shefford. Au moment de son aménagement, il était l’un des plus longs du Québec. (Dépliant promotionnel de la Ville de Granby, vers 1945. Fonds Henri Martin, SHHY)

Au cours de l’hiver 1940, plus de 25 « enthousiastes de ski », principalement des gens d’affaires et des professionnels de Granby, se réunissent pour fonder un « club de ski moderne » sur la montagne de Shefford. Les trois promoteurs du projet, Paul Provost, Jules Crevier et Paul Phoenix, invitent à cette fin  H. Smith Johannsen, « expert norvégien de réputation internationale » et premier responsable de l’implantation de ce sport au Québec. Ce dernier prononce un discours devant la Chambre de Commerce de Granby sur la pertinence économique de réaliser cet établissement sportif qui, selon lui, amènera un afflux de touristes dans la région.

En novembre 1940, le conseil municipal de Granby, présidé par le maire P.-Horace Boivin, accepte l’incorporation du club Ski-Bi, ce qui enclenche l’aménagement d’un des plus longs « skito » (remontée mécanique) du Québec et la construction d’un chalet sur le mont Shefford, à l’endroit bien connu de la ferme Beauregard.

Le chalet de ski du mont Shefford, en 1941 (Granby Leader Mail, 16 janvier 1941)

Le club de ski Mont Shefford ouvre officiellement ses portes le 12 janvier 1941. Il accueille ce jour-là 250 skieurs qui découvrent avec joie comment l’utilisation d’un simple câble tracté par un moteur permet enfin de dévaler les pentes sans l’effort de la remontée. La popularité du Mont Shefford s’accroît tout au long de l’hiver, avec plus de 400 visiteurs certaines journées, dont plusieurs venant de Montréal. Le centre de ski connaît toutefois un ralentissement au cours des quatre années suivantes, en raison du rationnement imposé par l’effort de guerre qui oblige l’arrêt des « trains de neige » qui transportent dans notre région les skieurs de la métropole et d’ailleurs.

L’inauguration de la station de ski de Bromont, en 1964. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

Sitôt la guerre terminée, l’engouement pour le ski alpin reprend de plus belle, à tel point que plusieurs nouveaux centres de ski modernes sont construits au cours des vingt années suivantes, le dernier en région étant le centre de ski Bromont, ouvert en 1964 par la famille Désourdy.

René Beaudin

© Société d’histoire de la Haute-Yamaska

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À une époque où les occasions de se divertir étaient rares, l’exposition agricole du comté de Shefford constituait un événement que tous attendaient avec fébrilité. Cette grand-messe de l’agriculture et de l’élevage, qui se tenait généralement à Waterloo à la fin de l’été, mobilisait des milliers de personnes de tous les horizons sociaux et de tous les âges. On y venait, bien sûr, pour les animaux et les produits agricoles, mais aussi pour les attractions parallèles, les courses, les activités foraines et les diseuses de bonne aventure ou, plus simplement, pour rencontrer des gens et s’amuser, même si plusieurs abusaient de cet espace de liberté pour s’enivrer et se bagarrer.

Exposition agricole du comté de Shefford

L'exposition agricole attire des milliers de visiteurs à Waterloo. Les installations, vers 1890. (Fonds R. Monnier, SHHY)

C’est la Société d’agriculture du comté de Shefford qui, l’année même de sa fondation, en 1834, organise la première exposition agricole sur la terre de Calvin Richardson, à l’extérieur des limites de Waterloo. Ces cattle show, comme les nomment les anglophones, cherchent à faire connaître les progrès de l’agriculture et de l’élevage au plus grand nombre et à favoriser l’émulation chez les cultivateurs. Les exposants de 1834, au nombre de 74, présentent environ 150 têtes de gros bétail, taureaux, vaches à lait, bœufs de travail, veaux, bovins de boucherie, étalons, juments, chevaux hongres, juments de selle et poulains, sans compter les nombreux porcs. À cette occasion, on distribue 328 $ en prix, une somme importante si l’on considère qu’une vache se vend 10 $ ou 15 $ à cette époque.  À la différence de la situation qui prévaut après 1880, les animaux ne sont pas regroupés et jugés selon leur race mais uniquement d’après leurs qualités individuelles. Ainsi, on récompense la jument qui présente la meilleure conformation, le bœuf le plus lourd ou le cochon le plus gras. Parce qu’ils possèdent généralement de beaux animaux, ce sont surtout les gros cultivateurs qui participent à l’événement. À la suite de la reconnaissance officielle par Québec des sociétés d’agriculture, en 1847, plusieurs de ces gros cultivateurs profiteront largement des subventions gouvernementales annuelles attribuées aux expositions de comtés.

Programme de l'exposition agricole du comté de Shefford

Programme de l'exposition agricole du comté de Shefford, 1934. (Fonds C.D. Porter, SHHY)

Moins présentes avant 1850, les activités plus festives de l’exposition, comme les courses de chevaux et les divertissements forains, voient leur popularité grandir à mesure que le siècle avance et que la société s’urbanise. Les Gitans, qui courent ce genre d’événements, connaissent toujours beaucoup de succès, amassant quelques dollars en prédisant la bonne aventure. Quant à la multiplication des concours d’artisanat, d’horticulture et de produits alimentaires, elle incite un nombre croissant de femmes à participer à l’exposition, soit comme spectatrices, soit comme concurrentes. La popularité de tous ces événements attire des milliers de visiteurs à Waterloo, jusqu’à faire doubler et même tripler sa population pendant quelques jours. Ce sont les salles de billard et les hôtels du village qui sont les principaux bénéficiaires de l’affluence. La consommation d’alcool aidant, les bagarres sont toutefois monnaie courante, ce qui oblige la Société d’agriculture de Shefford à engager des constables spéciaux afin de maintenir l’ordre. Ainsi, en septembre 1877, le Waterloo Advertiser rapporte, comme s’il s’agissait d’un fait coutumier: « Il y a eu le nombre habituel de querelles d’ivrognes à l’exposition agricole et un grand nombre d’arrestations ont été effectuées ».

Après 1880, l’exposition agricole de Shefford s’inscrit sous le signe de l’industrie laitière, dont la croissance est stimulée par la demande anglaise pour le fromage cheddar et par l’extension du marché domestique du beurre. Cette évolution explique que ce sont les races bovines laitières —ayrshire, canadienne ou jersey — qui retiennent  désormais l’attention des concurrents et des spectateurs, éclipsant les races de boucherie et les races à deux fins (lait et viande). « Il y a de cela quelques décennies », affirme à regret un observateur en septembre 1893, « nous pouvions admirer de magnifiques bovins de grandes races, gras comme du beurre et d’une taille énorme, mais en ces jours d’industrie laitière, les cultivateurs n’en ont plus que pour les petites races laitières. » Les concours de chevaux de ferme et de route, ces indispensables alliés du cultivateur, du voyageur, du commerçant, de l’industriel et du professionnel, attirent toujours des foules importantes; les moutons, au contraire, sont en perte de vitesse, leur destin compromis par l’importation massive des lainages anglais à bon marché.

En 1937, remise de la coupe Bona Dusseault (ministre de l'Agriculture), en présence du président de la Société d'agriculture, W.H. Miner, de J.C. Magnan, Liboire Paré et Hector Choquette, député de Shefford. (Fonds Bernard Brodeur, SHHY)

Malgré que Shefford soit un comté où la proportion des francophones dépasse les trois-quarts à la fin du XIXe siècle, ce sont surtout des cultivateurs et des marchands anglophones qui concourent et gagnent à l’exposition agricole. Certains de ces compétiteurs portent des noms qui remontent aux familles pionnières du canton de Shefford (C.W. Curtis, Henry Ashton, James T. Booth, Jos. H. Savage), de Roxton-Sud (John Blampin, James Galbraith, J.R. Sanborn et Bradley Smith), de Granby (T. Roberts, W. Kay, Edward Seal et J.S. Irwin) et de Saint-Joachim (M.S. Standish et J. Kennedy). De surcroît, ce sont de gros marchands d’animaux, comme S.N. Blackwood et John Davis, de Shefford, qui remportent les concours de vaches et de taureaux canadiens enregistrés, des animaux que les Canadiens français élèvent pour leurs aptitudes laitières depuis des générations et qu’ils ont amenés avec eux en région.

Alors que le XXe siècle bat son plein, l’exposition agricole de Shefford reste ancrée dans ses traditions et marque le pas. Concurrencée par le cinéma et le baseball, qui lui arrachent une partie de sa clientèle, elle perd progressivement sa suprématie comme manifestation régionale de grande envergure. On peut aussi penser qu’une forme de lassitude s’est installée chez les gens, puisque ce sont presque toujours les mêmes cultivateurs qui participent et qui remportent les prix. Même l’entrée en scène de nouvelles races de porc et de la race holstein, appelée bientôt à dominer les cheptels laitiers, n’arrive pas à soulever l’enthousiasme populaire.

Exposition-agricole-de-Shefford, Waterloo

Exposition agricole du comté de Shefford de 1957

La Société d’agriculture du comté de Shefford sort affaiblie de la Deuxième Guerre mondiale, maintenant confrontée à une désaffection des cultivateurs qui menace la survie même de son exposition annuelle. En 1957, les directeurs de la Société tentent de renverser la tendance en organisant une exposition extraordinaire les 9, 10 et 11 août. Pat Anthony, « le plus grand dompteur de bêtes sauvages de l’univers », sera sur place avec ses lions, on présentera un spectacle équestre mettant en scène les meilleurs chevaux sauteurs de Montréal et les artistes jongleurs de renom Ray & Yo donneront plusieurs représentations.  On procédera même au tirage d’une automobile de marque Studebaker, d’une valeur de 2 225 $. Comme c’est le cas depuis des décennies, c’est le Waterloo Band qui aura la responsabilité d’assurer l’animation musicale sur le terrain de l’exposition. Des publicités seront placées dans le Montreal Star et La Voix de l’Est afin de garantir la présence du public.

Le bilan de l’exposition de 1957 effectué et le déficit d’opération constaté, les directeurs de la Société d’agriculture doivent se résoudre à l’inévitable : vendre le terrain et les installations de l’exposition à la Ville de Waterloo contre le paiement des dettes de l’organisme. Après une année de relâche, la dernière exposition agricole du comté de Shefford se tient en 1959. Ayant perdu sa principale raison d’être, la Société d’agriculture de Shefford est dissoute le 28 mai 1971 par le ministre de l’Agriculture et de la Colonisation.

Comment expliquer la disparition de l’exposition agricole du comté de Shefford, alors que celles de Brome et de Bedford (Missisquoi) ont perduré jusqu’à aujourd’hui? Les raisons principales tiennent sans doute à la diminution du nombre des cultivateurs anglophones de Shefford, et ce, à un rythme beaucoup plus rapide que dans les comtés voisins, et au désintérêt des cultivateurs francophones, dont les plus importants préfèrent désormais participer à l’exposition de Saint-Hyacinthe.

© Mario Gendron

Société d’histoire de la Haute-Yamaska

 

 

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Les petits cimetières de La Haute-Yamaska

Anglicans, baptistes, méthodistes, catholique, multiconfessionnels ou familiaux, situés à flanc de colline, isolés le long d’une route nationale ou perdus dans un champ, souvent sans communauté ou famille ayant la capacité de les entretenir convenablement, la dizaine de petits cimetières identifiés dans la MRC La Haute-Yamaska constituent un héritage fragile, et ce, même si leur état de conservation est encore bon dans l’ensemble. Sur le plan formel, chacun des cimetières recensés possède sa personnalité propre, reflet des préférences et, surtout, des moyens financiers des diverses familles qui composent la communauté.

Petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska

Emplacements des petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska.

En bref, les petits cimetières de La Haute-Yamaska constituent un témoignage précieux et émouvant sur des familles pionnières dont les noms, bien souvent, n’ont plus de résonance. Voilà sans aucun doute un attrait à inclure dans tout circuit patrimonial et historique régional.

Il est relativement difficile de dater avec précision l’âge des petits cimetières de La Haute-Yamaska, la documentation à ce sujet étant soit introuvable soit difficilement accessible; la datation des pierres tombales constitue néanmoins un bon indice de leur ancienneté. Dans certains cas, les vagues migratoires peuvent être grossièrement identifiées à partir de l’inscription des dates de décès.

Sainte-Cécile-de-Milton

East Milton Cemetery (vers 1824)

Rue Principale

East Milton, Sainte-Cécile, cimetière

© Le cimetière East Milton (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière méthodiste East Milton est situé à l’intersection sud-ouest de la route 137 et de la rue Principale. Il compte quarante-sept pierres tombales, dont la plus ancienne date de 1824. Les noms de famille qu’on y trouve le plus fréquemment — Norris, Watson, Wallace, Wilson, Willard — remontent presque tous aux premiers occupants de Milton Corner, le nom que portait autrefois le village de Sainte-Cécile-de-Milton.

St. Mark Anglican Cemetery (vers 1850)

Rue Principale (situé à la droite de l’ancien hôtel de ville)

© Les derniers témoins du cimetière anglican. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Les quelques pierres tombales que l’on aperçoit à proximité du vieil hôtel de ville de Sainte-Cécile-de-Milton constituent les derniers témoins de la présence de l’église anglicane St. Mark, construite sur le même site vers 1851 et démolie en 1927, ainsi que de son cimetière.

Cimetière de la paroisse Sainte-Cécile (1857)

Rue Principale

Cimetière Ste-Cécile-de-Milton

© Le cimetière catholique près de l'église de Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière catholique, qui était situé à l’arrière de l’église actuelle, a été béni en septembre 1857. Or, cinquante ans plus tard, par ordre du Conseil d’hygiène, on a dû le déménager à l’extérieur du village, sur la route 137 actuelle. Le terrain du nouveau cimetière avait été acheté en 1906, les dépouilles mortelles ont été transportées un peu plus tard et le lieu de sépulture a été béni en novembre 1907. Dix-huit pierres tombales, laissées derrière la sacristie, indiquent encore l’emplacement du premier cimetière de la communauté catholique.

Roxton Pond

Cimetière baptiste français de Roxton Pond (vers 1862)

Rue Principale

© Cimetière baptiste. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière protestant de Roxton Pond a probablement été ouvert au milieu des années 1840 à Bérée, un peu à l’écart du hameau qui, à cette époque, portait le nom biblique de Salem. Quant au cimetière du village, les plus anciennes pierres tombales qu’on y trouve permettent de croire qu’il est postérieur à la construction de la chapelle baptiste, en 1862. En fait, le plus vieux monument funéraire est celui de Sem Rainaud, décédé le 3 juillet 1871 à l’âge de dix ans et deux mois. Parmi la centaine de sépultures baptistes et méthodistes qu’on recense dans le petit cimetière de la rue Principale, plusieurs portent les noms des familles pionnières du village ou encore de celles qui en ont favorisé le développement, comme les Cloutier, les Bousquet, les Dalpé ou les Bullock. À la différence de ce qu’on remarque dans d’autres cimetières protestants de la région, plusieurs sépultures sont relativement récentes.

Cimetière de Bérée (vers 1845)

Cinquième Rang de Milton (Situé à proximité du chemin de la Grande Ligne)

Cimetière Bérée Roxton Pond

© Cimetière de Bérée. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de Bérée rappelle l’existence d’une petite communauté protestante francophone (baptiste et méthodiste), rassemblée autour d’une école et de quelques résidences dans les premiers lots du Quatrième Rang du canton de Roxton et du Cinquième Rang du canton de Milton. Parmi les familles associées à l’endroit, on note, entre autres, les noms des Gravel, Charron, Desjardins et Stebbins. L’existence du cimetière nous est rapportée dans un acte de 1867, passé devant le notaire Charles Brin, dans lequel le cultivateur François Tétreault vend à François Théophile Guillemette, lui aussi cultivateur, « la moitié nord-ouest du quart ouest de la moitié est du lot numéro un du Quatrième Rang de Milton » d’une superficie de vingt-cinq acres, avec maison, grange, écurie et autres bâtisses, à l’exception du terrain qu’il a déjà donné pour le cimetière et du chemin de six pieds de largeur qui permet d’y accéder depuis le chemin du Cinquième Rang. La plus vieille pierre tombale du cimetière datant de 1851, on suppose que c’est vers le milieu des années 1840 qu’a été établi ce lieu de sépulture.

South Roxton Cemetery (vers 1843)

Route 139, (South Roxton)

© Cimetière de South Roxton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Pour qui connaît, ou veut connaître, l’histoire de Roxton-Sud (South Roxton) et des gens qui l’ont fondé, le petit cimetière protestant (anglican et méthodiste) qui surplombe le hameau, sur la route 139, est des plus évocateurs. On y trouve ceux de la première vague, qui se sont établis au cours des années 1830-1850 et dont la caractéristique commune est d’être nés à l’extérieur du pays. Ainsi, le premier habitant de l’endroit, Abram Sanborn, arrivé en 1834, avait vu le jour aux États-Unis, à Canterbury, dans le New Hampshire ; Charles B. Smith, qui s’installe en 1844, venait aussi du New Hampshire, mais d’Alton. James Blampin, pour sa part, était originaire du Devonshire, en Angleterre. Ces cultivateurs à la recherche de terres seront bientôt rejoints par les Reynolds, les Gibson et les Doe, mais le hameau ne prendra forme qu’après l’arrivée du chemin de fer du South Eastern, en 1879. Cette révolution des moyens de transport aura tôt fait d’inciter les familles Marcotte, Galbraith et Savage à ouvrir des commerces et des moulins dans l’endroit, qui bientôt prendra l’allure grouillante d’un véritable village.

La communauté anglophone de Roxton-Sud est aujourd’hui disparue, comme sont disparus ou sont rendus méconnaissables les deux chapelles, anglicane et méthodiste, les deux écoles primaires, la beurrerie, le magasin général, la boulangerie, la cordonnerie, la boutique de forge, les moulins à scie, la gare et même la voie ferrée. Cette dégradation rapide du patrimoine bâti rend d’autant plus importante la conservation du cimetière protestant de Roxton-Sud, déjà orphelin de son église (anglicane) depuis 1967.

Saint-Joachim-de-Shefford

North Shefford Cemetery (vers 1832)

Cimetiere North Shefford

© Cimetière North Shefford. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Rue Brousseau, (Savage Mills)

Situé un peu au sud de l’église anglicane St. Peter, le cimetière de North Shefford reste un témoin privilégié de l’histoire de Savage Mills puisqu’on y retrouve les noms des principales familles anglophones qui sont à l’origine du hameau, les plus vieilles pierres tombales datant du début des années 1830. Malgré que le cimetière de North Shefford soit assez bien conservé dans l’ensemble, plusieurs monuments funéraires montrent des signes de détérioration.

Shefford

Shefford Mountain Cemetery (vers 1807)

Chemin Saxby Sud, (Shefford Mountain)

© Cimetière Shefford Mountain. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Situé au pied de la montagne qui lui donne son nom, le petit cimetière de Shefford Mountain a servi de lieu de sépulture pour les premiers résidants protestants de Saxby Corner et de la région environnante, dont l’histoire remonte parfois à la fin du 18e siècle. Parmi ceux qui sont enterrés là, on trouve plusieurs Savage, mais aussi des Saxby, des Camber et même quelques francophones, comme les Pépin et les Patenaude. Un relevé fait en 1991 montre que toutes les sépultures, sauf deux qui sont plus récentes, datent du 19e siècle, ce qui en dit plus long que tous les discours sur les dangers qui guettent ce site patrimonial.

Frost Village Cemetery (vers 1837)

© Cimetière de Frost Village. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Chemin Clark, (Frost Village)

Le petit cimetière anglican qui règne sur les hauteurs de Frost Village, tout près de la route 112, évoque une période révolue de l’histoire, quand le hameau était un arrêt obligatoire sur la route des diligences qui empruntaient l’Outlet Road, avant que Waterloo s’impose comme première capitale régionale, au début des années 1860. Comme pour témoigner de l’importance ancienne de Frost Village, le cimetière rassemble plusieurs sépultures qui remontent aux années 1840-1860, la plus vieille pierre tombale datant de 1837. Là, dans leur dernier repos, les Osgood, les Goddard, les Wood, les Sargeant, les O’Brien et les French, parmi d’autres, se disputent l’honneur d’avoir été les pionniers de ce coin de pays. Frost Village Cemetery

Williams Family Cemetery (vers 1838)

Chemin de Brill, (Frost Village)

© Cimetière familial des Williams. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de la famille Williams témoigne d’une époque pendant laquelle le hameau de Frost Village semblait promis au plus brillant des avenirs. En fait, sur les vingt pierres tombales identifiées lors d’un inventaire réalisé en 1991, on en trouve seize qui datent du 19e siècle, du temps où la famille Williams gérait un magasin-général et un relais de diligence dans l’endroit. L’importance historique du cimetière Williams est d’autant plus grande qu’il est établi à proximité de la résidence Williams, déjà identifiée comme d’intérêt patrimonial.

Mario Gendron

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Les élections fédérales de 1965 : trois candidats… et un rhinocéros

© Paul-O. Trépanier, candidat du Parti progressiste-conservateur. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY, photo: Marc Plamondon)

En toute logique, c’est Gilbert Rondeau, le candidat du Ralliement créditiste, qui aurait dû remporter l’élection fédérale de 1965 dans Shefford, comme il l’avait fait lors des deux précédentes et comme il allait le faire lors des trois suivantes. Or, un adversaire inattendu, Paul-O. Trépanier, maire de Granby et improbable candidat du Parti conservateur, devait brouiller les cartes et lancer Shefford dans la campagne à trois la plus chaudement disputée au Canada depuis 1911. Après un revirement de situation spectaculaire causé par le vote militaire, une enquête de la Gendarmerie royale du Canada et un recomptage judiciaire, c’est le candidat du Parti libéral, Louis-Paul Neveu, qui remportait la victoire.

Depuis l’élection du gouvernement minoritaire du conservateur John Diefenbaker, en 1957, les Canadiens ont pris l’habitude de l’exercice démocratique, allant aux urnes en 1958, 1962 et 1963, les deux dernières fois pour élire des gouvernements minoritaires conservateur et libéral. À l’automne 1965, pensant obtenir une majorité parlementaire, Lester B. Pearson déclenche de nouvelles élections, les cinquièmes en moins de dix ans. Le scrutin est prévu pour le 8 novembre.

Parti rhinocéros choisit Cornélius comme chef, un digne représentant de l’espèce qui réside au Zoo de Granby

© Fondé en 1963, le Parti rhinocéros choisit Cornélius comme chef, un digne représentant de l’espèce qui réside au Zoo de Granby...

Flamboyant et primesautier, Paul-O. Trépanier, maire de Granby depuis 1964, aime jouer les trouble-fêtes. Aussi, alors que ses sensibilités politiques semblent le situer à gauche de l’échiquier politique, il se retrouve à droite en devenant le candidat du Parti progressiste-conservateur au début du mois d’octobre 1965, et ce, une semaine après avoir affirmé catégoriquement son refus d’être candidat. En acceptant de briguer les suffrages pour le grand parti de la droite canadienne, Paul-O. Trépanier se donne comme objectif de mener « une bataille sans merci contre les combines, contre les scandales, contre les pots-de-vin et contre certains députés insignifiants ». Il devient le quatrième candidat d’un parti reconnu à se lancer dans la course pour Shefford, les autres étant Louis-Paul Neveu, pour le Parti libéral, Jacques Jourdenais, pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), et Gilbert Rondeau, le député sortant, pour le Ralliement des créditistes de Réal Caouette. Quant au chef du Parti rhinocéros, Cornélius 1er, un résident du Zoo de Granby, c’est un détail de procédure qui, à la dernière minute, l’avait empêché de participer aux élections.

L’arrivée inopinée du maire de Granby dans la course électorale a pour effet de semer un certain désarroi chez ses adversaires, bien au fait de ses talents d’orateur et de sa popularité. « À quelle condition le maire a-t-il embarqué? », demande Gilbert Rondeau. La question est d’autant plus pertinente que la publicité électorale de Paul-O. Trépanier est toujours accompagnée du mot « ministre » marqué en grosses lettres, mais sans fournir plus de détails. Louis-Paul Neveu considère quant à lui que la volte-face du maire sur sa participation à la course électorale jette le doute sur ses intentions réelles. Le candidat libéral n’est pas plus tendre envers les créditistes, leur reprochant de « parler à tort et à travers, sans savoir où ils vont ».

Le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

© Le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

Le 26 octobre 1965, le dernier jour des mises en candidature, coup de théâtre : le candidat du NPD, Jacques Jourdenais, un policier à l’emploi de la Ville de Granby, se désiste en faveur de Paul-O. Trépanier, un geste que d’aucuns considèrent comme étrange. Deux jours plus tard, le maire déclare qu’il conservera son poste à l’hôtel de ville même s’il est élu député de Shefford. La table est mise et la lutte s’annonce serrée, ce qui n’échappe pas à la vigilance des journalistes affectés à la course électorale qui désignent la circonscription comme stratégique, c’est-à-dire susceptible de changer d’allégeance.

Gilbert Rondeau, le député sortant, pour le Ralliement des créditistes de Réal Caouette

© Gilbert Rondeau, du Ralliement des créditistes, député sortant. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

La radio CHEF diffuse en direct les premiers résultats du vote, le soir du 8 novembre, mais il faut attendre la publication de La Voix de l’Est, le jour suivant, pour connaître le nom des vainqueurs et lire le compte-rendu de la soirée électorale la plus fébrile de l’histoire de Shefford. « Le trio Paul-O. Trépanier, Louis-Paul Neveu et Gilbert Rondeau, peut-on y lire, a tenu en haleine les électeurs durant tout le dépouillement des votes. Ce fut un véritable suspense digne des meilleurs films de Alfred Hitchcock. Finalement, peu avant minuit, le maire Paul-O. Trépanier était déclaré élu avec une majorité de 82 voix sur son plus proche adversaire, M. Louis-Paul Neveu ». Le nouveau député est d’autant plus heureux de sa victoire que c’est seulement la deuxième fois depuis la Confédération que le comté de Shefford élit un conservateur.

Mais compte tenu du peu d’écart qui les sépare du vainqueur, les candidats Neveu et Rondeau préféreront attendre les résultats d’un premier recomptage avant de concéder la victoire, un exercice au terme duquel, en effet, Trépanier ne mènera plus que par neuf et treize voix sur ses adversaires créditiste et libéral. Craignant quelque fraude ou vol, on juge dès lors nécessaire de faire surveiller 18 heures par jour le bureau du président des élections par un gardien de la Patrouille nationale de Granby. « Shefford est devenu le point de mire du Canada », titre La Voix de l’Est du 11 novembre 1965.

D’ordinaire sans conséquence, le vote militaire, c’est-à-dire celui de la centaine de soldats, d’aviateurs et de marins originaires du comté de Shefford qui sont en service loin de leur domicile, prend soudainement une signification toute particulière. Car si le vote de ces derniers va massivement à l’un ou l’autre des adversaires de Trépanier, on pourrait assister à un renversement de situation; et c’est effectivement ce qui  advient lorsque 78 militaires sur 112 optent pour le candidat libéral, Louis-Paul Neveu. Cette fois, ce sont Gilbert Rondeau et Paul-O. Trépanier qui réclament le recomptage judiciaire des résultats.

Le « juge Evender Veilleux, de la Cour supérieure du district de Bedford

© « Le juge Evender Veilleux, de la Cour supérieure du district de Bedford (au centre), préside au recomptage judiciaire ». La Voix de l’Est, 23-11-1965. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

Mais avant que les résultats définitifs ne soient connus, une découverte sensationnelle ébranle la confiance des électeurs. Une boîte de scrutin de Waterloo, censée contenir 233 bulletins de vote, est retrouvée complètement vide, et ce, malgré la présence intacte du scellé.  L’affaire est suffisamment sérieuse pour que les autorités mandatent deux agents de la Gendarmerie royale du Canada pour faire enquête. Mais le mystère ne sera jamais élucidé. Quoi qu’il en soit, le recomptage judiciaire, terminé le 2 décembre 1965,  confirme la victoire de Louis-Paul Neveu sur Paul-O. Trépanier et Gilbert Rondeau par des écarts respectifs de 27 et 47 voix. Quant au vote national, il ne change rien au paysage politique canadien, puisque le libéral Lester B. Pearson est reporté au pouvoir, encore une fois à la tête d’un gouvernement minoritaire, le quatrième depuis 1957 et le troisième d’affilée.

Mario Gendron

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Asa Belknap Foster, Waterloo et le couvent Maplewood

En 1864, la grande résidence qu'Asa Belknap Foster fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

L’âge d’or de Waterloo, dont le patrimoine abondant et varié fait encore entendre les échos, s’enclenche avec l’arrivée du Stanstead, Shefford & Chambly Railroad, en 1861, et le boum industriel, commercial et résidentiel que cette révolution des transports entraîne. En conséquence de ce développement accéléré, la population du village passe de 400 à 2 500 personnes entre l’arrivée du chemin de fer et 1875.

Asa Belknap Foster

À la fin des années 1870, on y trouve plusieurs églises de confessionnalités différentes, une cour de justice, un marché public, une succursale de l’Eastern Townships Bank, les bureaux de la British American Land, une importante loge maçonnique, sans compter les commerces, les grands hôtels et, surtout, les industries, animatrices de cette croissance. Comme principal centre économique et administratif de toute la région, Waterloo mobilise une classe bourgeoise, principalement d’origine anglo-britannique, constituée d’industriels, de commerçants, d’avocats et de médecins qui n’hésitent pas à construire des résidences à la mesure de leur importance sociale. Parmi ces notables, le constructeur de chemin de fer Asa Belknap Foster est, sans contredit, celui qui a le plus contribué au développement de Waterloo. En 1864, la grande résidence qu’il fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise.

Le village de Waterloo en 1864. (Map of the Counties of Shefford, Iberville, Brome, Missisquoi and Rouville, Canada East, H.F. Walling, 1864)

Avant l’arrivée du chemin de fer, la population de Waterloo était concentrée dans le nord du village, à plus de un kilomètre des nouvelles installations ferroviaires. Pour relier ces deux pôles, séparés par un vaste espace inoccupé appartenant à Foster, ce dernier aménage d’abord ce qui deviendra la rue Foster et lotit les terrains qui lui appartiennent. Près des installations ferroviaires, il construit un hôtel, le Foster House, plusieurs résidences en brique à l’ouest du Foster Square et un gros moulin à scie entre la voie ferrée et le lac de Waterloo, moulin qu’il cède gratuitement à la famille Shaw, à la condition qu’elle construise une tannerie. Afin d’attirer la population dans le sud du village, il offre gratuitement des terrains aux communautés religieuses qui désirent s’établir. Catholiques, méthodistes, anglicans et universalistes profiteront de son offre.

La résidence d’Asa Belknap Foster devient couvent en 1882. Photographie prise en 1928. (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Au milieu des années 1860, au moment où sa popularité atteint des sommets, Asa Belknap Foster emménage dans la plus grande et luxueuse résidence jamais construite à Waterloo. À son décès, survenu en 1877, la propriété revient à la veuve de Foster, qui la vend, en 1882, aux Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Ces dernières y ouvrent le couvent Maplewood, sous la direction de sœur Marie-de-l’Immaculée-Conception. La même congrégation prendra aussi la gouverne de l’école paroissiale du Sacré-Cœur. En 1982, après un siècle de travail assidu, les Sœurs quittent Waterloo et vendent leur couvent, laissant la résidence à l’insouciance de plusieurs propriétaires successifs.

Mario Gendron

Le réfectoire du couvent (1928). (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située sur une colline surplombant l’ensemble du village de Waterloo, dont le Square Foster et les nouvelles installations ferroviaires, avec vue imprenable sur la rivière Yamaska et le lac Waterloo, l’imposante résidence d’Asa Belknap Foster prend forme de 1864 à 1865 sous la direction du maître-constructeur et menuisier P. Lambkins, selon les plans réalisés par l’architecte montréalais Hopkins. Cette demeure, qui deviendra rapidement le point de référence incontesté pour les constructions résidentielles aussi bien que commerciales à venir sur l’ensemble du territoire waterlois, s’inspire des résidences cossues de style néo-italien, principalement destinées à une clientèle fortunée.

(Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Cette appartenance stylistique se manifeste notamment dans le volume en brique de forme rectangulaire s’élevant sur deux étages et demi, la toiture en pavillon tronqué recouverte de « tôle à baguettes », la répartition symétrique des ouvertures disposées seules ou en paires, ainsi que par la présence de deux baies en saillie à trois pans, placées l’une au-dessus de l’autre sur le côté gauche de la résidence. Une tourelle disposée en saillie au centre de la façade, coiffée d’une toiture en pavillon couronnée d’une terrasse faîtière et d’une crête métallique, ainsi qu’une vaste galerie couverte, supportée par une série de fins piliers ornés de boiseries et d’une balustrade ouvragée courant sur les deux étages de l’ensemble du bâtiment, complètent la composition architecturale.

Article de La Voix de L’Est


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Tancrède Boucher de Grosbois et l’instruction obligatoire

Le docteur Tancrède Boucher de Grosbois a représenté le comté de Shefford à Québec à deux reprises sous la bannière libérale, entre 1888-1892 et 1897-1903. À cette époque de remise en cause des relations entre l’Église et l’État, le travail accompli par le député de Grosbois illustre bien les espoirs de changements qu’entretient une partie de la bourgeoisie francophone du Québec.

Tancrède Boucher de Grosbois, député libéral de Shefford, 1888-1892, 1897-1903. Pierre-Georges Roy, La Législature de Québec, Bulletin des recherches historiques, Lévis, 1897, p. 99.

Né à Chambly en 1846, Tancrède Boucher de Grosbois est apparenté à la grande famille des Boucher, seigneurs de Boucherville. Il étudie d’abord au collège de Saint-Hyacinthe et ensuite à l’université McGill, où il est reçu médecin en 1868. Il exercera sa profession à Longueuil, Saint-Bruno, Chambly et Roxton Falls. Candidat libéral défait dans Chambly aux élections fédérales de 1872 et dans Shefford aux élections provinciales de 1881, il est finalement élu dans ce dernier comté en 1888.

L’action politique de Boucher de Grosbois, surtout celle qu’il exerce au cours de son deuxième mandat (1897-1903), souligne l’esprit de réforme qui prévaut au sein d’une certaine élite contre la prépondérance et l’immobilisme de l’Église en matière d’éducation. À l’avant-garde des événements, c’est de Grosbois qui posera le premier geste concret en vue de l’établissement, au Québec, de l’instruction obligatoire. Ainsi, le 5 mars 1901, il dépose à l’Assemblée législative un projet de loi « à l’effet d’assurer une meilleure assistance aux écoles publiques ». Selon les termes de ce projet de loi, les parents seraient obligés, sous peine d’amende, d’envoyer leurs enfants de 8 à 13 ans à l’école pour une durée d’au moins 16 semaines durant l’année scolaire, et ce, dans le respect des croyances religieuses des catholiques et des protestants. Mais le projet de loi sera rejeté par 55 voix contre 7, le principal argument des opposants étant qu’il attentait à la liberté des parents en matière d’éducation. Or, la véritable opposition au projet de loi du député de Shefford venait du clergé et de ses supporteurs qui y voyaient une tentative de laïcisation de l’école, une institution sous tutelle cléricale.

Au tournant du XXe siècle, selon l’Église, deux périls menacent la société canadienne-française : l’un est anglo-protestant et l’autre maçonnique. Or, le projet de loi proposé par le docteur Boucher de Grosbois était soutenu, entre autres partisans, par un groupe d`amis et collègues médecins de Montréal qui étaient soupçonnés d’avoir des accointances avec les franc-maçons de France, particulièrement avec un certain Louis Herbette, un sénateur radical, membre influent du conseil général de la Ligue française de l’enseignement qui avait fait la promotion de l’instruction publique obligatoire et de l’école laïque et républicaine. Mgr Bruchési, qui s’opposait officiellement à la scolarisation obligatoire des enfants « au nom de la puissance paternelle », craignait en réalité que le mouvement de laïcisation français ne prenne de l’ampleur et qu’il ne s’implante au Québec. Les appréhensions du prélat se confirmeront d’ailleurs en 1903, lorsque le docteur Émile Combes, ministre de l’Intérieur et des Cultes en France, fera interdire d’enseignement 54 congrégations masculines et, quelques mois plus tard, 80 congrégations féminines. Le Canada accueillera un grand nombre de ces laissés-pour-compte.

© En 1889, le Dr de Grosbois obtient du gouvernement provincial une subvention de 500$ pour la construction de l'école pour garçons de Waterloo, évaluée à 3 000$. Fonds R. Monnier, SHHY.

Le rejet du projet de loi de Boucher de Grosbois ne signifie pas pour autant la fin du débat sur l’instruction publique obligatoire, une certaine partie de la bourgeoisie francophone continuant à contester l’influence de l’Église en ce domaine. Mais l’évolution des mentalités ne sera pas assez rapide pour permettre au docteur Boucher de Grosbois d’assister à la réalisation de sa démarche éducative. Il décède à Montréal en 1926, alors que la loi sur l’instruction publique obligatoire au Québec ne sera adoptée qu’en 1943.

René Beaudin

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