Les déboires politiques du curé de Milton

La mission de Sainte-Cécile a été fondée en 1846 et l’église actuelle construite entre 1859 et 1861. (©Photo: Chantal Lefebvre, 2007, SHHY)

« Le ciel est bleu et l’enfer est rouge ». C’est ce qu’on disait autrefois pour s’amuser du profond attachement de certains ecclésiastiques aux valeurs véhiculées par le parti conservateur (les bleus) et de leur antipathie envers le parti libéral (les rouges). Le zèle politique de certains de ces pasteurs les conduisait parfois à se prononcer en chaire sur des sujets qui ne relevaient en rien de leur ministère, contribuant ainsi à diviser plutôt qu’à rassembler la communauté des fidèles. Mais les excès politiques des prêtres donnaient rarement lieu à des récriminations de la part des paroissiens ou à des réprimandes de l’évêché. Or, en 1877, le curé de la paroisse Sainte-Cécile-de-Milton, Joseph Noiseux, apprendra à ses dépens ce qu’il peut en coûter de mêler religion et politique.

Au XIXe siècle, les catholiques des différentes paroisses de La Haute-Yamaska, sans être des insoumis, s’opposent plus souvent qu’on le croit à certaines directives de l’Église. Par exemple, la collecte de la dîme était l’occasion de fréquentes disputes entre le curé et ses ouailles et la construction des églises se soldait souvent par un bras de fer entre le clergé, l’évêque en tête, et les fabriciens, chargés d’administrer la paroisse. Mais plus rarement voyait-on des paroisses s’embraser pour des questions politico-religieuses.

La maison du Dr Gaucher. Le 368, rue Principale. (© Photo: Chantal Lefebvre, 2007, SHHY)

Lorsque Joseph Noiseux devient curé de Sainte-Cécile-de-Milton, en 1871, la paroisse compte 1 800 personnes et regroupe plus de 300 maisons. La plupart des habitants vivent de l’agriculture et des activités qui lui sont associées. Quant au village de Sainte-Cécile, il forme une ligne d’habitat qui comprend environ 25 édifices et résidences, où une centaine de personnes sont établies. En 1875, l’agglomération regroupe deux notaires, Charles et Louis Brin, un médecin, Alfred Gaucher, l’hôtel de Joseph Ménard, une fromagerie, une fabrique de voitures à chevaux, une boutique de forgeron et une petite fonderie, sans compter l’école et les églises catholique et protestante. Les maisons patrimoniales du docteur Gaucher et du cordonnier Jean-Baptiste Leclaire sont déjà construites; le presbytère catholique le sera en 1876 et la maison en pierre de Calixte Gaudette, en 1878.

Lucius S. Huntington député de Shefford et fondateur du journal Waterloo Advertiser. (Sketches of some early Shefford Pioneers, 1905, p. 6)

Au cours du printemps et de l’été 1877, animé par son attachement aux idées véhiculées par le parti conservateur, le curé Noiseux entreprend une croisade contre les libéraux de Saint-Hyacinthe et ceux de sa paroisse. À cette époque, deux groupes aux idées politiques diamétralement opposées s’affrontent au Québec. D’un côté, on trouve les ultramontains, associés aux conservateurs, des fondamentalistes catholiques qui recrutent de plus en plus d’adeptes chez le clergé et les habitants, et de l’autre, les rouges, dont Saint-Hyacinthe est l’un des châteaux forts, qui véhiculent des idées libérales et même anti-cléricales qui, elles aussi, ont une certaine résonance parmi la population. Au dire des curés de la Haute-Yamaska, ce sont ces libéraux qui alimentent l’animosité des francs tenanciers lorsqu’il s’agit de payer pour une nouvelle construction d’église ou de presbytère. Leur influence est d’autant plus pernicieuse que leur idéologie est partagée par plusieurs anglophones protestants du comté, dont Lucius Huntingdon, le député libéral du comté de Shefford à Ottawa.

Joseph Noiseux, curé de Sainte-Cécile de 1871 à 1885. (Sainte-Cécile-de-Milton 150 ans, 1846-1996, Coll. ELB, 1996, p. 37)

C’est du haut de la chaire de l’église Sainte-Cécile, un dimanche du printemps 1877, que le curé Noiseux enclenche les hostilités contre ses adversaires politiques. Bientôt, toutes les prédications dominicales du pasteur se transformeront en autant d’occasions de faire de la politique partisane. Un jour, son enthousiasme le conduit à affirmer que les libéraux n’étaient que des hypocrites qui, à la veille des élections et durant celles-ci, « faisaient des chemins de croix, allaient à confesse, obtenaient des billets de confession pour faire voir qu’ils étaient de bons catholiques », dans le seul but d’influencer les autres électeurs. Un autre jour, il lance que les catholiques du parti libéral seraient mieux de se faire protestants et que « l’enfer se réjouissait chaque fois qu’un catholique votait pour ce parti ». Quant à lui, le curé Noiseux se disait prêt à verser son propre sang pour le parti conservateur, et qu’en politique « il fallait choisir entre les dires du curé, de l’évêque et du Pape ou ceux des petits avocats libéraux de Saint-Hyacinthe».

Offusqués par de tels propos, certains libéraux de la paroisse décident, au début de l’automne 1877, de s’en référer à l’évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, Mgr Moreau. À la tête d’un groupe de 26 personnes mécontentes, on trouve Pierre Morin, rentier et ancien marguillier, Théophile Brunelle, cultivateur, ancien conseiller municipal, commissaire d’école et ex-maire, Joseph Johnson, commerçant de bois et propriétaire de moulins, François Parent, cultivateur, Pierre Frédéric Morin, marchand, et Henri Gingras, propriétaire de moulins, « tous paroissiens Catholiques Romains de la paroisse Sainte-Cécile-de-Milton ».

Si la question semble trop sérieuse pour que l’évêque la passe sous silence, nul n’aurait pu prédire qu’il irait aussi loin que décréter la tenue d’une enquête canonique, « laquelle enquête se tiendra dans la sacristie de la dite paroisse et s’ouvrira dimanche le 7 octobre courant à la suite des vêpres ». Cette enquête, qui entendra des témoins, sera présidée par le Vicaire général, Joseph Alphonse Gravel, assisté de l’archidiacre du Chapitre, Alexis Bernard.

Comme prévu, les deux délégués ecclésiastiques se rendent à Milton le 7 octobre. Ils disent d’abord la messe du dimanche et lisent au prône la requête en nommant tous les noms qui y sont apposés. Après les vêpres, ils se transportent dans la sacristie et là, revêtus du surplis, ils conduisent l’enquête canonique et font comparaître les différents témoins après leur avoir fait prêter serment sur l’évangile. Sur les 26 signataires de la requête, neuf seulement osent se présenter devant les autorités religieuses. Certains de ceux qui refusent de témoigner allèguent qu’ils ont été trompés et la plupart des autres aimeraient mieux, semble-t-il, se faire oublier. En définitive, seuls les six leaders du groupe et trois autres signataires participent à l’enquête. Parmi ces derniers, un jeune cardeur de 22 ans, Adolphe Gingras, indique aux enquêteurs « qu’il a regret d’avoir donné son nom pour être apposé sur la requête et que s’il avait su que les choses iraient si loin, il n’aurait pas signé ». Quant aux huit autres déposants, ils maintiennent intégralement ce qu’ils avaient déjà affirmé.

Résidence de Calixte Gaudette, construite en 1878. Ce commerçant est l'un des signataires de la requête déposée en faveur du curé Noiseux. Le 234, rue Principale. (© Collection SHHY)

Les délégués ecclésiastiques ayant aussi le mandat d’entendre les témoins de la décharge, réunis en grand nombre, ils font prêter serment à une quarantaine d’individus qui déposent tous en faveur de leur curé. Aucun d’entre eux ne réfute le fait que le curé Noiseux ait parlé de politique au prône, insistant plutôt sur la mauvaise interprétation qu’auraient donnée les protestataires au discours politique de leur pasteur. Selon eux, celui-ci n’aurait pas parlé contre les libéraux de sa paroisse, mais bien contre le libéralisme en général et contre les libéraux d’Europe en particulier. Ils affirment, de plus, qu’ils sont satisfaits de leur curé et que toute cette contestation n’est que le résultat de l’amertume d’une poignée de mécontents. Deux semaines avant que l’enquête canonique s’enclenche, le curé Noiseux tenait des propos semblables dans une lettre à son évêque, lui écrivant que la plupart de ses détracteurs avaient des motifs bien particuliers de lui en vouloir. L’un d’entre eux, indique-t-il, « désire avoir licence pour vendre de la boisson et je m’y suis toujours opposé. Un autre qui voulait fournir mon bois de presbytère [la construction du presbytère a eu lieu l’année précédente] et m’ayant mal servi dès la première charge, j’ai acheté mon bois à un autre moulin. Un autre parce que je ne l’ai pas fait élire marguillier. Cinq jeunes gens que j’ai apostrophés une fois dans l’église à cause de leur dissipation et qui me trouvent trop sévère à l’égard des danses et des sorties seul à seul […] des vieillards qui m’aiment presque autant que le bon Dieu et qu’on avait fait signer sans doute en leur demandant s’ils étaient encore capables d’écrire leur nom ».

Le presbytère construit par le curé Noiseux, en 1876. (© Photo: Chantal Lefebvre, 2007, SHHY)

Une semaine après la tenue de l’enquête canonique et toujours en attente d’une décision, le curé de Sainte-Cécile écrit à nouveau à l’évêque Moreau en des termes qui indiquent à quel point il est bouleversé par toute cette affaire. « Cette enquête dont j’ai été l’objet est connue partout. Qui fera connaître au loin mon triomphe ? Je serai obligé de l’annoncer moi-même à mes confrères du loin que je visiterai, mais seront-ils obligés de me croire ? Non. Me croiront-ils ? Non. Ils attribueront ma non punition à votre excessive bonté, au besoin de sauvegarder la religion et pour longtemps, à leurs yeux, je demeurerai la bête noire. »

La décision de l’évêque Moreau tombe le 24 octobre 1877 et, comme prévu, le curé Noiseux est exonéré de tout blâme. Mais incorrigible, ce dernier n’hésitera pas à repartir en guerre en 1880 contre « la canaille libérale de Saint-Hyacinthe ».

Mario Gendron

© Société d’histoire de la Haute-Yamaska

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Les petits cimetières de La Haute-Yamaska

Anglicans, baptistes, méthodistes, catholique, multiconfessionnels ou familiaux, situés à flanc de colline, isolés le long d’une route nationale ou perdus dans un champ, souvent sans communauté ou famille ayant la capacité de les entretenir convenablement, la dizaine de petits cimetières identifiés dans la MRC La Haute-Yamaska constituent un héritage fragile, et ce, même si leur état de conservation est encore bon dans l’ensemble. Sur le plan formel, chacun des cimetières recensés possède sa personnalité propre, reflet des préférences et, surtout, des moyens financiers des diverses familles qui composent la communauté.

Petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska

Emplacements des petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska.

En bref, les petits cimetières de La Haute-Yamaska constituent un témoignage précieux et émouvant sur des familles pionnières dont les noms, bien souvent, n’ont plus de résonance. Voilà sans aucun doute un attrait à inclure dans tout circuit patrimonial et historique régional.

Il est relativement difficile de dater avec précision l’âge des petits cimetières de La Haute-Yamaska, la documentation à ce sujet étant soit introuvable soit difficilement accessible; la datation des pierres tombales constitue néanmoins un bon indice de leur ancienneté. Dans certains cas, les vagues migratoires peuvent être grossièrement identifiées à partir de l’inscription des dates de décès.

Sainte-Cécile-de-Milton

East Milton Cemetery (vers 1824)

Rue Principale

East Milton, Sainte-Cécile, cimetière

© Le cimetière East Milton (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière méthodiste East Milton est situé à l’intersection sud-ouest de la route 137 et de la rue Principale. Il compte quarante-sept pierres tombales, dont la plus ancienne date de 1824. Les noms de famille qu’on y trouve le plus fréquemment — Norris, Watson, Wallace, Wilson, Willard — remontent presque tous aux premiers occupants de Milton Corner, le nom que portait autrefois le village de Sainte-Cécile-de-Milton.

St. Mark Anglican Cemetery (vers 1850)

Rue Principale (situé à la droite de l’ancien hôtel de ville)

© Les derniers témoins du cimetière anglican. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Les quelques pierres tombales que l’on aperçoit à proximité du vieil hôtel de ville de Sainte-Cécile-de-Milton constituent les derniers témoins de la présence de l’église anglicane St. Mark, construite sur le même site vers 1851 et démolie en 1927, ainsi que de son cimetière.

Cimetière de la paroisse Sainte-Cécile (1857)

Rue Principale

Cimetière Ste-Cécile-de-Milton

© Le cimetière catholique près de l'église de Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière catholique, qui était situé à l’arrière de l’église actuelle, a été béni en septembre 1857. Or, cinquante ans plus tard, par ordre du Conseil d’hygiène, on a dû le déménager à l’extérieur du village, sur la route 137 actuelle. Le terrain du nouveau cimetière avait été acheté en 1906, les dépouilles mortelles ont été transportées un peu plus tard et le lieu de sépulture a été béni en novembre 1907. Dix-huit pierres tombales, laissées derrière la sacristie, indiquent encore l’emplacement du premier cimetière de la communauté catholique.

Roxton Pond

Cimetière baptiste français de Roxton Pond (vers 1862)

Rue Principale

© Cimetière baptiste. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière protestant de Roxton Pond a probablement été ouvert au milieu des années 1840 à Bérée, un peu à l’écart du hameau qui, à cette époque, portait le nom biblique de Salem. Quant au cimetière du village, les plus anciennes pierres tombales qu’on y trouve permettent de croire qu’il est postérieur à la construction de la chapelle baptiste, en 1862. En fait, le plus vieux monument funéraire est celui de Sem Rainaud, décédé le 3 juillet 1871 à l’âge de dix ans et deux mois. Parmi la centaine de sépultures baptistes et méthodistes qu’on recense dans le petit cimetière de la rue Principale, plusieurs portent les noms des familles pionnières du village ou encore de celles qui en ont favorisé le développement, comme les Cloutier, les Bousquet, les Dalpé ou les Bullock. À la différence de ce qu’on remarque dans d’autres cimetières protestants de la région, plusieurs sépultures sont relativement récentes.

Cimetière de Bérée (vers 1845)

Cinquième Rang de Milton (Situé à proximité du chemin de la Grande Ligne)

Cimetière Bérée Roxton Pond

© Cimetière de Bérée. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de Bérée rappelle l’existence d’une petite communauté protestante francophone (baptiste et méthodiste), rassemblée autour d’une école et de quelques résidences dans les premiers lots du Quatrième Rang du canton de Roxton et du Cinquième Rang du canton de Milton. Parmi les familles associées à l’endroit, on note, entre autres, les noms des Gravel, Charron, Desjardins et Stebbins. L’existence du cimetière nous est rapportée dans un acte de 1867, passé devant le notaire Charles Brin, dans lequel le cultivateur François Tétreault vend à François Théophile Guillemette, lui aussi cultivateur, « la moitié nord-ouest du quart ouest de la moitié est du lot numéro un du Quatrième Rang de Milton » d’une superficie de vingt-cinq acres, avec maison, grange, écurie et autres bâtisses, à l’exception du terrain qu’il a déjà donné pour le cimetière et du chemin de six pieds de largeur qui permet d’y accéder depuis le chemin du Cinquième Rang. La plus vieille pierre tombale du cimetière datant de 1851, on suppose que c’est vers le milieu des années 1840 qu’a été établi ce lieu de sépulture.

South Roxton Cemetery (vers 1843)

Route 139, (South Roxton)

© Cimetière de South Roxton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Pour qui connaît, ou veut connaître, l’histoire de Roxton-Sud (South Roxton) et des gens qui l’ont fondé, le petit cimetière protestant (anglican et méthodiste) qui surplombe le hameau, sur la route 139, est des plus évocateurs. On y trouve ceux de la première vague, qui se sont établis au cours des années 1830-1850 et dont la caractéristique commune est d’être nés à l’extérieur du pays. Ainsi, le premier habitant de l’endroit, Abram Sanborn, arrivé en 1834, avait vu le jour aux États-Unis, à Canterbury, dans le New Hampshire ; Charles B. Smith, qui s’installe en 1844, venait aussi du New Hampshire, mais d’Alton. James Blampin, pour sa part, était originaire du Devonshire, en Angleterre. Ces cultivateurs à la recherche de terres seront bientôt rejoints par les Reynolds, les Gibson et les Doe, mais le hameau ne prendra forme qu’après l’arrivée du chemin de fer du South Eastern, en 1879. Cette révolution des moyens de transport aura tôt fait d’inciter les familles Marcotte, Galbraith et Savage à ouvrir des commerces et des moulins dans l’endroit, qui bientôt prendra l’allure grouillante d’un véritable village.

La communauté anglophone de Roxton-Sud est aujourd’hui disparue, comme sont disparus ou sont rendus méconnaissables les deux chapelles, anglicane et méthodiste, les deux écoles primaires, la beurrerie, le magasin général, la boulangerie, la cordonnerie, la boutique de forge, les moulins à scie, la gare et même la voie ferrée. Cette dégradation rapide du patrimoine bâti rend d’autant plus importante la conservation du cimetière protestant de Roxton-Sud, déjà orphelin de son église (anglicane) depuis 1967.

Saint-Joachim-de-Shefford

North Shefford Cemetery (vers 1832)

Cimetiere North Shefford

© Cimetière North Shefford. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Rue Brousseau, (Savage Mills)

Situé un peu au sud de l’église anglicane St. Peter, le cimetière de North Shefford reste un témoin privilégié de l’histoire de Savage Mills puisqu’on y retrouve les noms des principales familles anglophones qui sont à l’origine du hameau, les plus vieilles pierres tombales datant du début des années 1830. Malgré que le cimetière de North Shefford soit assez bien conservé dans l’ensemble, plusieurs monuments funéraires montrent des signes de détérioration.

Shefford

Shefford Mountain Cemetery (vers 1807)

Chemin Saxby Sud, (Shefford Mountain)

© Cimetière Shefford Mountain. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Situé au pied de la montagne qui lui donne son nom, le petit cimetière de Shefford Mountain a servi de lieu de sépulture pour les premiers résidants protestants de Saxby Corner et de la région environnante, dont l’histoire remonte parfois à la fin du 18e siècle. Parmi ceux qui sont enterrés là, on trouve plusieurs Savage, mais aussi des Saxby, des Camber et même quelques francophones, comme les Pépin et les Patenaude. Un relevé fait en 1991 montre que toutes les sépultures, sauf deux qui sont plus récentes, datent du 19e siècle, ce qui en dit plus long que tous les discours sur les dangers qui guettent ce site patrimonial.

Frost Village Cemetery (vers 1837)

© Cimetière de Frost Village. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Chemin Clark, (Frost Village)

Le petit cimetière anglican qui règne sur les hauteurs de Frost Village, tout près de la route 112, évoque une période révolue de l’histoire, quand le hameau était un arrêt obligatoire sur la route des diligences qui empruntaient l’Outlet Road, avant que Waterloo s’impose comme première capitale régionale, au début des années 1860. Comme pour témoigner de l’importance ancienne de Frost Village, le cimetière rassemble plusieurs sépultures qui remontent aux années 1840-1860, la plus vieille pierre tombale datant de 1837. Là, dans leur dernier repos, les Osgood, les Goddard, les Wood, les Sargeant, les O’Brien et les French, parmi d’autres, se disputent l’honneur d’avoir été les pionniers de ce coin de pays. Frost Village Cemetery

Williams Family Cemetery (vers 1838)

Chemin de Brill, (Frost Village)

© Cimetière familial des Williams. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de la famille Williams témoigne d’une époque pendant laquelle le hameau de Frost Village semblait promis au plus brillant des avenirs. En fait, sur les vingt pierres tombales identifiées lors d’un inventaire réalisé en 1991, on en trouve seize qui datent du 19e siècle, du temps où la famille Williams gérait un magasin-général et un relais de diligence dans l’endroit. L’importance historique du cimetière Williams est d’autant plus grande qu’il est établi à proximité de la résidence Williams, déjà identifiée comme d’intérêt patrimonial.

Mario Gendron

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La petite maison du cordonnier de Milton

Historiquement, Sainte-Cécile-de-Milton est une municipalité qui semble hésiter entre deux mondes, celui des townships, qui domine l’arrière-pays, et celui des seigneuries, tout proche, d’où vient la grande majorité des citoyens. Or, d’un point de vue patrimonial, ce sont les influences canadiennes-françaises qui orientent la configuration du cadre bâti, et ce, malgré une colonisation britannique précoce dont il reste encore quelques traces.

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Municipalité sans vocation industrielle bien affirmée au XIXe siècle, Sainte-Cécile-de-Milton s’est construite autour des activités agricoles et des quelques commerces et institutions nécessaires à leur fonctionnement. Le métier de cordonnier est parmi les premiers à s’implanter au village, comme en fait foi un acte de donation, daté de 1858, de la maison patrimoniale sise au 228, rue Principale, fait par le cordonnier Hyacinthe Leclaire et son épouse, Céleste Biron, en faveur de leur fils Jean-Baptiste, lui aussi cordonnier au village de Milton. En plus de la maison et de l’étable, le couple cède tout l’inventaire qui s’y trouve, c’est-à-dire une vache, un jeune cochon, deux poêles, « dont un plat et un de cuisine », deux lits garnis, une armoire à linge, une pendule, douze chaises, de la vaisselle, des chaudrons, sans oublier, bien sûr, tous les outils de cordonnerie. Mais cette donation n’est pas totalement désintéressée, car comme c’était la coutume de le faire, elle oblige le donataire à veiller à l’entretien complet de ses parents, qui devront manger à sa table et loger avec lui jusqu’à leur décès; il est aussi tenu de subvenir aux besoins de son frère et de ses deux sœurs, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de seize ans.

Déménagé aux États-Unis, comme bien d’autres, pour chercher du travail, Jean-Baptiste Leclaire, devenu charpentier, vend la propriété en 1886 à Marie Leclaire, « fille majeure » résidant dans la paroisse de Sainte-Cécile. Cette dernière la revendra au cordonnier Pierre Bouffard, lui aussi de Milton, en 1889. Il semble bien que Bouffard soit le dernier à avoir exploité une cordonnerie dans l’endroit, une activité qui s’y est tout de même maintenue pendant environ un demi-siècle. Quoi qu’il en soit, sept propriétaires se succéderont entre 1901 et 1965 sans qu’aucun contrat de vente ne fasse mention du métier de cordonnier. À partir de 1965, et pour plusieurs années, la propriété appartiendra à la famille Lemoine.

Mario Gendron, avec la participation de Marie-Christine Bonneau.

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située au cœur du village, en bordure de la rue Principale, la maison Leclaire constitue l’un des seuls exemples d’architecture vernaculaire, fortement répandue sur l’ensemble du territoire de la MRC de la Haute-Yamaska, à avoir été préservés avec autant d’authenticité. Cette modeste résidence, qui se caractérise par son volume rectangulaire s’élevant sur un étage et demi, son parement en clins de bois, l’ordonnance symétrique de ses ouvertures et sa toiture à deux versants recouverte de « tôle à baguettes », est complétée sur sa devanture d’une galerie couverte supportée par de fins poteaux tournés, ornés dans leur partie supérieure de boiseries décoratives.

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Mourir en 1870

On ne mourait pas en 1870 comme on meurt aujourd’hui. Car si de nos jours ce sont le cancer, les maladies du cœur ou le diabète qui sont les principales causes de mortalité, voilà 140 ans, ce sont plutôt la scarlatine, la consomption (tuberculose pulmonaire) ou la rougeole qui emportent les gens, et ce, bien plus tôt dans la vie. Ainsi, en 1870, environ 200 enfants sur 1 000 qui naissent dans la Haute-Yamaska décèdent avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Les cimetières régionaux témoignent éloquemment de cette hécatombe des tout-petits qui se prolonge jusque dans les années 1920. À titre de comparaison, le taux de mortalité infantile était de 4,2  pour 1 000 au Québec en 2008, soit respectivement 50 et 40 fois moindre qu’en région en 1870 et en 1920.

© Soins apportés à un membre de la famille Savage, vers 1900. (Fonds Ellis Savage, SHHY)

En 1870, la mortalité s’alimente, entre autres causes, des conditions d’hygiène déficientes qui favorisent la prolifération des maladies infectieuses. Promiscuité avec les animaux, lait non pasteurisé, absence d’égouts et d’installations sanitaires adéquates constituent autant de vecteurs  pour les microbes et les bactéries. Les médecins, privés de vaccins et d’une pharmacopée efficace, sont dans la plupart des cas impuissants à soulager et à guérir les malades. Quant aux bureaux d’hygiène des différentes municipalités, ils limitent leur action à placarder les maisons où habitent des personnes atteintes de maladies contagieuses, sans égard aux stigmates sociaux qu’implique une telle pratique.

Selon les données du recensement de 1871, le territoire de la Haute-Yamaska rassemble un peu plus de 12 000 personnes, dont les trois quarts environ habitent la campagne et vivent de l’agriculture. Les principales agglomérations sont Waterloo et Granby, avec respectivement 1 240 et 876 habitants; les hameaux de Roxton Pond, de Warden et de Sainte-Cécile rassemblent aussi quelques centaines de résidants.

Publicité de F. Gatien, médecin, pharmacien et chimiste, parue dans le "Messager canadien", le 14 janvier 1876.

Le tableau du dénombrement des morts, inclus dans le recensement de 1871, montre que sur 194 décès enregistrés l’année précédente dans la Haute-Yamaska, deux seulement sont dus à une maladie du cœur et au cancer, alors que plus d’une centaine ont été causés par la scarlatine, les maladies pulmonaires diverses, la typhoïde ou la rougeole. Autre constat : la mort s’acharne sur les plus jeunes, avec 115 décès qui surviennent chez les moins de cinq ans. Même quand on exclut du calcul les 66 enfants d’un an et moins, l’âge moyen de la mort s’établit à environ vingt-cinq ans dans la Haute-Yamaska en 1870. Le petit nombre (28) des décès qui survient après cinquante ans reflète cette réalité.

Au cours de l’hiver 1870, particulièrement lors des mois de janvier et de février, la scarlatine fait des ravages en région, emportant 47 malades, dont deux seulement sont âgés de plus de dix ans. La maladie concentre ses effets au village de Granby et dans les environs immédiats, où on enregistre neuf décès sur dix. Certaines familles sont particulièrement affectées par la bactérie mortelle. Ainsi, dans le village de Granby, la famille Amyrault perd deux enfants, Joséphine et Wilfrid, âgés respectivement de sept et quatre ans, les Boissonneau voient mourir leurs deux fils de deux ans et demi et neuf mois et les Vaudry pleurent trois des leurs, Mélina (cinq ans), Henri (deux ans) et Jean-Baptiste (onze mois).  Dans le canton de Shefford, la scarlatine s’acharne sur les familles Blanchard et Savage, la première perdant deux garçons de six et quatre ans, la seconde un garçon de sept ans et deux filles de cinq et trois ans.

Les maladies pulmonaires constituent la seconde cause de décès en 1870, avec 32 morts. On meurt de consomption, de fièvre, d’inflammation, de congestion pulmonaire, mais aussi de bronchite et de pleurésie. Contrairement à la scarlatine et à la rougeole, ces pathologies emportent surtout les adultes.  Typhoïde, fièvres diverses, dysenterie et quelques accidents complètent le triste bilan mortuaire de l’année 1870.

Dans la préface de son roman Trente arpents, paru en 1938, Ringuet (Philippe Panneton) se moquait gentiment de ceux qui avaient la nostalgie du « bon vieux temps », en indiquant que si ces derniers avaient l’opportunité de retourner dans le passé, mais en acceptant d’en vivre les contraintes et les risques, ils n’auraient plus qu’un souhait : retourner dans le confort et la sécurité du XXe siècle. Le nombre, les causes et l’âge des décès dans la Haute-Yamaska en 1870 plaident en faveur de l’opinion du romancier.

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Nouvelles brèves

Délaissée depuis quelque temps, la rubrique « Nouvelles brèves » reprend vie, mais dans un nouvel environnement. Car, modernisme oblige, la Société d’histoire de la Haute-Yamaska a délaissé la publication papier de son bulletin L’historien régional pour un bloque grâce auquel il me sera désormais plus facile de vous transmettre le résultat de nos recherches en histoire et de vous tenir au fait de nos diverses activités. Je vous invite d’ailleurs à grossir les rangs de nos adeptes en nous transmettant votre adresse courriel et celle de vos amis intéressés à l’histoire de la région où, encore, à vous joindre à nos amis Facebook.

Pour ceux qui s’intéressent aux animaux de race canadienne, Mario Gendron nous livre les résultats de ses recherches dans Brève histoire du cheval canadien A brief history of the Canadian horse dans sa version anglaise.  Pour son téléchargement gratuit, consultez la page Le cheval canadien.

L’acquisition des archives des Frères du Sacré-Cœur revêt une grande importance pour la recherche en éducation et en histoire régionale.

© La construction du Mont-Sacré-Coeur débute en 1930. (Fonds Frères du Sacré-Coeur, SHHY)

Les Frères ont déposé ce fonds au service d’archives de la SHHY à l’occasion de la vente du Mont-Sacré-Cœur, garantissant ainsi sa conservation et son accessibilité. Les documents (15 mètres linéaires) concernent les divers établissements scolaires que les Frères du Sacré-Cœur ont dirigés au Québec et en Ontario.

© Travailleurs de la Granby Aviation, en 1944. (Fonds Sarto Bruneau, SHHY)

Des documents fort intéressants nous sont parvenus de Montréal. Il s’agit des archives de Granby Aviation, une entreprise de la rue Court qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, est engagée dans la production militaire et qui, par la suite, se réoriente dans la fabrication de meubles. Ces 2,33 mètres de documents linéaires, qui s’échelonnent de 1942 à 1950, sont un don des filles du propriétaire.

© Le Granby Curling Club de 1978. (Fonds Jeannot Petit, SHHY)

Parmi les fonds de moindre envergure, mais non de moindre intérêt, que nous avons reçus dernièrement, on compte les archives du Granby Curling Club (1956-1980), un don de Phyllis Hamilton; Diane Robichaud, dont la famille est associée à l’histoire de Roxton-Sud, nous a aussi donné deux registres de la South Roxton Women’s Institute (1929-1943) et des photos du village, entre autres de la gare et du magasin général; pour leur part, Alain Ménard nous a confié les archives de la Abbotsfords Women’s Institute et Yvette Lussier les registres du Cercle de Fermières de Sainte-Cécile-de-Milton.

© Réunion de la Abbotsford Women's Institute, en 1959. (Fonds Abbotsford Women's Institute, SHHY)

Pour son cahier spécial qui soulignera les 75 ans de La Voix de l’Est, le quotidien a demandé à la SHHY de lui présenter dix personnalités marquantes de la Haute-Yamaska. Ces dernières devaient avoir été actives au cours des années de publication (1935-2010) du journal, mais être aujourd’hui décédées. Le comité de sélection, formé de Richard Racine, Mario Gendron et moi-même, a convenu d’effectuer son choix en considérant tous les secteurs d’activités : politique, économie, sport, culture et affaires sociales. Les choix du comité seront publiés au mois de novembre.

Nous travaillons présentement à la numérisation des 6 000 négatifs du photographe de presse Jean-Paul Matton. Pour mener à bien ce projet, nous cherchons des bénévoles qui connaissent l’abc de la numérisation. N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir davantage.

Vous cherchez une photo parue dans La Voix de l’Est entre 1975 et 1998? Vous pourriez la retrouver en consultant l’instrument de recherche du Fonds La Voix de l’Est, P050.

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