L’histoire de l’usine Stanley de Roxton Pond

L'édifice Stanley, en 1980 (Photo Luc Durocher, SHHY)

« Avec son imposante structure en pierre, l’usine Stanley domine le paysage de Roxton Pond depuis plus d’un siècle. » C’est ainsi que débute l’Histoire de l’usine Stanley Tool de Roxton Pond, un travail d’une trentaine de pages que l’historien Mario Gendron, aidé de Cecilia Capocchi à la recherche, vient de déposer et dont on vous offre ici l’exclusivité. La réalisation de cet historique, qui vise à faire connaître les facteurs et les incidences de l’installation de la Stanley Tool à Roxton Pond, avait été confiée à la SHHY par le Comité d’aide à la conservation de la Stanley, dans le cadre du Pacte rural de la MRC de La Haute-Yamaska (2011). Le choix des illustrations et le montage du texte ont été faits par Johanne Rochon.

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À une époque où les occasions de se divertir étaient rares, l’exposition agricole du comté de Shefford constituait un événement que tous attendaient avec fébrilité. Cette grand-messe de l’agriculture et de l’élevage, qui se tenait généralement à Waterloo à la fin de l’été, mobilisait des milliers de personnes de tous les horizons sociaux et de tous les âges. On y venait, bien sûr, pour les animaux et les produits agricoles, mais aussi pour les attractions parallèles, les courses, les activités foraines et les diseuses de bonne aventure ou, plus simplement, pour rencontrer des gens et s’amuser, même si plusieurs abusaient de cet espace de liberté pour s’enivrer et se bagarrer.

Exposition agricole du comté de Shefford

L'exposition agricole attire des milliers de visiteurs à Waterloo. Les installations, vers 1890. (Fonds R. Monnier, SHHY)

C’est la Société d’agriculture du comté de Shefford qui, l’année même de sa fondation, en 1834, organise la première exposition agricole sur la terre de Calvin Richardson, à l’extérieur des limites de Waterloo. Ces cattle show, comme les nomment les anglophones, cherchent à faire connaître les progrès de l’agriculture et de l’élevage au plus grand nombre et à favoriser l’émulation chez les cultivateurs. Les exposants de 1834, au nombre de 74, présentent environ 150 têtes de gros bétail, taureaux, vaches à lait, bœufs de travail, veaux, bovins de boucherie, étalons, juments, chevaux hongres, juments de selle et poulains, sans compter les nombreux porcs. À cette occasion, on distribue 328 $ en prix, une somme importante si l’on considère qu’une vache se vend 10 $ ou 15 $ à cette époque.  À la différence de la situation qui prévaut après 1880, les animaux ne sont pas regroupés et jugés selon leur race mais uniquement d’après leurs qualités individuelles. Ainsi, on récompense la jument qui présente la meilleure conformation, le bœuf le plus lourd ou le cochon le plus gras. Parce qu’ils possèdent généralement de beaux animaux, ce sont surtout les gros cultivateurs qui participent à l’événement. À la suite de la reconnaissance officielle par Québec des sociétés d’agriculture, en 1847, plusieurs de ces gros cultivateurs profiteront largement des subventions gouvernementales annuelles attribuées aux expositions de comtés.

Programme de l'exposition agricole du comté de Shefford

Programme de l'exposition agricole du comté de Shefford, 1934. (Fonds C.D. Porter, SHHY)

Moins présentes avant 1850, les activités plus festives de l’exposition, comme les courses de chevaux et les divertissements forains, voient leur popularité grandir à mesure que le siècle avance et que la société s’urbanise. Les Gitans, qui courent ce genre d’événements, connaissent toujours beaucoup de succès, amassant quelques dollars en prédisant la bonne aventure. Quant à la multiplication des concours d’artisanat, d’horticulture et de produits alimentaires, elle incite un nombre croissant de femmes à participer à l’exposition, soit comme spectatrices, soit comme concurrentes. La popularité de tous ces événements attire des milliers de visiteurs à Waterloo, jusqu’à faire doubler et même tripler sa population pendant quelques jours. Ce sont les salles de billard et les hôtels du village qui sont les principaux bénéficiaires de l’affluence. La consommation d’alcool aidant, les bagarres sont toutefois monnaie courante, ce qui oblige la Société d’agriculture de Shefford à engager des constables spéciaux afin de maintenir l’ordre. Ainsi, en septembre 1877, le Waterloo Advertiser rapporte, comme s’il s’agissait d’un fait coutumier: « Il y a eu le nombre habituel de querelles d’ivrognes à l’exposition agricole et un grand nombre d’arrestations ont été effectuées ».

Après 1880, l’exposition agricole de Shefford s’inscrit sous le signe de l’industrie laitière, dont la croissance est stimulée par la demande anglaise pour le fromage cheddar et par l’extension du marché domestique du beurre. Cette évolution explique que ce sont les races bovines laitières —ayrshire, canadienne ou jersey — qui retiennent  désormais l’attention des concurrents et des spectateurs, éclipsant les races de boucherie et les races à deux fins (lait et viande). « Il y a de cela quelques décennies », affirme à regret un observateur en septembre 1893, « nous pouvions admirer de magnifiques bovins de grandes races, gras comme du beurre et d’une taille énorme, mais en ces jours d’industrie laitière, les cultivateurs n’en ont plus que pour les petites races laitières. » Les concours de chevaux de ferme et de route, ces indispensables alliés du cultivateur, du voyageur, du commerçant, de l’industriel et du professionnel, attirent toujours des foules importantes; les moutons, au contraire, sont en perte de vitesse, leur destin compromis par l’importation massive des lainages anglais à bon marché.

En 1937, remise de la coupe Bona Dusseault (ministre de l'Agriculture), en présence du président de la Société d'agriculture, W.H. Miner, de J.C. Magnan, Liboire Paré et Hector Choquette, député de Shefford. (Fonds Bernard Brodeur, SHHY)

Malgré que Shefford soit un comté où la proportion des francophones dépasse les trois-quarts à la fin du XIXe siècle, ce sont surtout des cultivateurs et des marchands anglophones qui concourent et gagnent à l’exposition agricole. Certains de ces compétiteurs portent des noms qui remontent aux familles pionnières du canton de Shefford (C.W. Curtis, Henry Ashton, James T. Booth, Jos. H. Savage), de Roxton-Sud (John Blampin, James Galbraith, J.R. Sanborn et Bradley Smith), de Granby (T. Roberts, W. Kay, Edward Seal et J.S. Irwin) et de Saint-Joachim (M.S. Standish et J. Kennedy). De surcroît, ce sont de gros marchands d’animaux, comme S.N. Blackwood et John Davis, de Shefford, qui remportent les concours de vaches et de taureaux canadiens enregistrés, des animaux que les Canadiens français élèvent pour leurs aptitudes laitières depuis des générations et qu’ils ont amenés avec eux en région.

Alors que le XXe siècle bat son plein, l’exposition agricole de Shefford reste ancrée dans ses traditions et marque le pas. Concurrencée par le cinéma et le baseball, qui lui arrachent une partie de sa clientèle, elle perd progressivement sa suprématie comme manifestation régionale de grande envergure. On peut aussi penser qu’une forme de lassitude s’est installée chez les gens, puisque ce sont presque toujours les mêmes cultivateurs qui participent et qui remportent les prix. Même l’entrée en scène de nouvelles races de porc et de la race holstein, appelée bientôt à dominer les cheptels laitiers, n’arrive pas à soulever l’enthousiasme populaire.

Exposition-agricole-de-Shefford, Waterloo

Exposition agricole du comté de Shefford de 1957

La Société d’agriculture du comté de Shefford sort affaiblie de la Deuxième Guerre mondiale, maintenant confrontée à une désaffection des cultivateurs qui menace la survie même de son exposition annuelle. En 1957, les directeurs de la Société tentent de renverser la tendance en organisant une exposition extraordinaire les 9, 10 et 11 août. Pat Anthony, « le plus grand dompteur de bêtes sauvages de l’univers », sera sur place avec ses lions, on présentera un spectacle équestre mettant en scène les meilleurs chevaux sauteurs de Montréal et les artistes jongleurs de renom Ray & Yo donneront plusieurs représentations.  On procédera même au tirage d’une automobile de marque Studebaker, d’une valeur de 2 225 $. Comme c’est le cas depuis des décennies, c’est le Waterloo Band qui aura la responsabilité d’assurer l’animation musicale sur le terrain de l’exposition. Des publicités seront placées dans le Montreal Star et La Voix de l’Est afin de garantir la présence du public.

Le bilan de l’exposition de 1957 effectué et le déficit d’opération constaté, les directeurs de la Société d’agriculture doivent se résoudre à l’inévitable : vendre le terrain et les installations de l’exposition à la Ville de Waterloo contre le paiement des dettes de l’organisme. Après une année de relâche, la dernière exposition agricole du comté de Shefford se tient en 1959. Ayant perdu sa principale raison d’être, la Société d’agriculture de Shefford est dissoute le 28 mai 1971 par le ministre de l’Agriculture et de la Colonisation.

Comment expliquer la disparition de l’exposition agricole du comté de Shefford, alors que celles de Brome et de Bedford (Missisquoi) ont perduré jusqu’à aujourd’hui? Les raisons principales tiennent sans doute à la diminution du nombre des cultivateurs anglophones de Shefford, et ce, à un rythme beaucoup plus rapide que dans les comtés voisins, et au désintérêt des cultivateurs francophones, dont les plus importants préfèrent désormais participer à l’exposition de Saint-Hyacinthe.

© Mario Gendron

Société d’histoire de la Haute-Yamaska

 

 

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Médecins et patrimoine à Roxton Pond

Le médecin, tout comme le notaire et le curé, fait partie de l’image classique que l’on se fait d’un village. Roxton Pond a le privilège de posséder deux résidences patrimoniales ayant appartenu à des médecins qui ont laissé leur marque dans l’histoire de la municipalité, Jean-Philippe Leduc (1875–1891) et Émile Labelle (1912–1935). C’est un peu leur histoire qu’on raconte à travers cette présentation patrimoniale.

La Maison du Dr Jean-Philippe Leduc

853, rue Principale

Maison du Dr-Leduc Roxton Pond

© La maison du Dr Jean-Philippe Leduc, premier médecin du village, construite vers 1880. (Photo Chantal Lefebvre, 2006, SHHY)

Le premier document d’une quelconque utilité concernant l’histoire de cette propriété date de 1871. Il concerne la vente par le maître peintre Joseph Pavois d’une propriété de trois arpents en superficie, avec maison et remise, au cordonnier Jean-Baptiste Cadieux, le tout pour 300 $. Le cordonnier Cadieux conserve la propriété jusqu’en 1875, alors que Jean-Philippe Leduc, médecin de Sainte-Pudentienne, l’acquiert pour 340 $. C’est ce dernier qui aurait construit la maison actuelle, probablement peu après son mariage, au tournant des années 1880. En 1891, Leduc est père de six enfants et il héberge aussi sa mère dans cette grande résidence qui compte dix pièces.

Le docteur Jean-Philippe Leduc a été l’un des signataires de la requête demandant la municipalisation du village de Sainte-Pudentienne  (Roxton Pond) en 1886, avant d’être élu comme deuxième maire de la municipalité, de 1886 à 1891. À ce titre, le médecin chirurgien fait adopter, en 1891, un important règlement concernant la salubrité publique, la protection contre les incendies, la circulation et la sécurité des citoyens. Or, au cours de la même année, le Dr Leduc quittait Roxton Pond, préférant exercer sa profession à Sainte-Marie-de-Monnoir. Mais le vide était immédiatement comblé par l’arrivée du docteur Séraphin Bergeron, qui se portait acquéreur de la résidence de son prédécesseur pour 2 250 $. Dans l’acte de vente, il était clairement stipulé que le Dr Leduc ne pouvait plus exercer sa profession à Roxton Pond sans encourir 500 $ d’amende. Entre 1893 et 1902, la grande maison de la rue Principale traverse une décennie de turbulence, changeant de mains plusieurs fois, passant même entre celles du shérif avant d’être vendue au docteur Aurélien Constantineau, qui réside à Roxton Pond depuis 1897. Lorsque ce dernier quitte le village pour s’établir définitivement à Montréal, c’est le « populaire marchand » Joseph Archambault, qui vient de louer « ses magasins, boucheries, résidences privées et dépendances, le tout en face de l’église catholique, à la société Donat Manseau de Wotton », nous dit le Journal de Waterloo du 7 mai 1908, qui s’installe dans la « jolie propriété qu’il a achetée dernièrement du docteur Constantineau ». Le nouvel acquéreur avait été élu conseiller du village en 1894, puis avait occupé le poste de maire de 1902 à 1908.

Après 1915, le grand nombre de transactions concernant cette propriété rend inutile d’en relater l’histoire. Ainsi, jusqu’en 1973, on a relevé plus de vingt changements de propriétaire.

Johanne Rochon

Description architecturale

La maison du docteur Leduc, qui s’inscrit dans l’éclectisme victorien de la fin du XIXe siècle, surprend et étonne par la complexité et l’amalgame de ses nombreux volumes inspirés de divers styles architecturaux. Cette recherche d’effets nouveaux se traduit notamment dans l’asymétrie de la structure, accentuée par la présence d’une tour d’angle inspirée du style néo-Queen Anne, la forme particulière des ouvertures situées à l’étage supérieur, dont la forme en pointe se veut une réminiscence des fenêtres ogivales caractérisant le style néogothique, ainsi que dans la forme de la toiture en tôle, qui illustre un certain rapprochement des toits mansardés identifiant le style Second Empire. La structure principale, qui se caractérise par son élévation sur deux étages et son recouvrement en clins de bois, est complétée par la présence d’une vaste galerie couverte, délimitée par une série de fins piliers ornés de boiseries décoratives et surmontée d’un balcon couvert, disposé en façade et fermé à hauteur d’appui.

Chantal Lefebvre, consultante en patrimoine

Maison du Dr Émile Labelle

929, rue Principale

Maison du Dr Émile Labelle Roxton Pond

© En 1932, la maison d'un étage et demi est agrandie pour permettre, entre autres, d’y aménager une pharmacie et un bureau.(Photo: Chantal Lefebvre, 2006, SHHY)

Construite vers 1873 par le menuisier James A. Honey, puis vendue 450 $ à « Demoiselle » Marguerite Dion, du village de Roxton Pond, cette maison est surtout connue comme celle de la famille Labelle, plus précisément celle du « médecin des pauvres », le docteur Émile Labelle.

Après avoir appartenu à la famille Dion-Dupaul pendant plus de trente ans, la résidence est vendue en 1906 pour 1 200 $ à Henri Langelier, cultivateur de la paroisse de Sainte-Pudentienne, qui la garde six ans avant de la revendre au Dr Labelle, en 1912, pour la somme de 1 800 $. La maison possède alors un étage et demi. En 1932, son agrandissement permettra, entre autres, d’y aménager une pharmacie et un bureau.

Entre le moment où il obtient son diplôme de médecine, en 1908, et son installation définitive à Roxton Pond, en 1912, le docteur Labelle pratique au village de Sainte-Cécile-de-Milton. En 1917, devenu conseiller municipal du village de Roxton Pond, il se fait remarquer en proposant que le Conseil proteste contre le projet du gouvernement du Canada d’imposer la conscription militaire sans avoir consulté les électeurs au préalable.

Famille du Dr Émile Labelle et Rose-Anna Bienvenu

© Le Dr Émile Labelle, son épouse Rose-Anna Bienvenue et leurs enfants, en 1915. (Coll. Lilianne Labelle, SHHY)

L’éloge funèbre que rend La Voix de l’Est au Dr Émile Labelle, en 1935, vaut d’être cité :

« Le Dr Labelle meurt à 56 ans. Avantageusement connu de toute la région, il pratiquait depuis nombre d’années la médecine générale dans les centres ruraux. L’homme que l’on s’était habitué d’appeler “Le médecin des Pauvres” vient de s’éteindre à l’hôpital Ste-Jeanne-d’Arc de Montréal après une longue maladie. […] En 1910, il épousa Mlle Rose-Anna Bienvenue, duquel mariage huit enfants lui survivent […] Le Dr Labelle est disparu au milieu des regrets et de la sympathie de toute la population qu’il avait conquise par sa simplicité, son affabilité et son esprit de sacrifice qu’il déploya jusqu’à ruiner sa santé.

Rares sont les citoyens de la région et même de Granby qui n’ont pas eu l’avantage de connaître ce “Bon Médecin” qui n’a jamais su refuser un appel soit de la part des riches comme des pauvres. Il a compromis sa santé en servant trop et en oubliant toujours que la machine humaine pouvait s’user. Il est mort victime du devoir professionnel ».

En 2006, la famille Labelle était toujours propriétaire des lieux.

Johanne Rochon

Description architecturale

Cette résidence, qui s’élevait initialement sur un étage et demi, lors de sa construction en 1873, connaîtra en 1932 des transformations majeures, principalement basées sur le modèle américain Four Square, caractérisé par son volume cubique s’élevant sur deux étages, sa toiture en pavillon et ses ouvertures allongées perçant symétriquement l’ensemble de la structure. L’habileté des menuisiers de l’époque, alliée à certaines difficultés reliées à l’approvisionnement de matériaux plus résistants, telles la pierre et la brique, explique en partie le grand intérêt porté au revêtement de clins et aux boiseries ornementales de tout genre, dont sont habillées plusieurs demeures de Roxton Pond, comme la maison Dion-DrLabelle.

Outre une vaste galerie couverte s’enroulant sur deux côtés de la résidence et supportée par des piliers reprenant les ordres architecturaux de l’Antiquité, un corps en saillie à trois pans, disposé sur la devanture et qui devait à l’origine servir de pharmacie et de bureau de consultation, complète l’ensemble architectural. Ce même corps en saillie se retrouve également sur la résidence du Dr Ducharme à Waterloo.

Chantal Lefebvre
© Société d’histoire de la Haute-Yamaska

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Les petits cimetières de La Haute-Yamaska

Anglicans, baptistes, méthodistes, catholique, multiconfessionnels ou familiaux, situés à flanc de colline, isolés le long d’une route nationale ou perdus dans un champ, souvent sans communauté ou famille ayant la capacité de les entretenir convenablement, la dizaine de petits cimetières identifiés dans la MRC La Haute-Yamaska constituent un héritage fragile, et ce, même si leur état de conservation est encore bon dans l’ensemble. Sur le plan formel, chacun des cimetières recensés possède sa personnalité propre, reflet des préférences et, surtout, des moyens financiers des diverses familles qui composent la communauté.

Petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska

Emplacements des petits cimetières de la MRC La Haute-Yamaska.

En bref, les petits cimetières de La Haute-Yamaska constituent un témoignage précieux et émouvant sur des familles pionnières dont les noms, bien souvent, n’ont plus de résonance. Voilà sans aucun doute un attrait à inclure dans tout circuit patrimonial et historique régional.

Il est relativement difficile de dater avec précision l’âge des petits cimetières de La Haute-Yamaska, la documentation à ce sujet étant soit introuvable soit difficilement accessible; la datation des pierres tombales constitue néanmoins un bon indice de leur ancienneté. Dans certains cas, les vagues migratoires peuvent être grossièrement identifiées à partir de l’inscription des dates de décès.

Sainte-Cécile-de-Milton

East Milton Cemetery (vers 1824)

Rue Principale

East Milton, Sainte-Cécile, cimetière

© Le cimetière East Milton (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière méthodiste East Milton est situé à l’intersection sud-ouest de la route 137 et de la rue Principale. Il compte quarante-sept pierres tombales, dont la plus ancienne date de 1824. Les noms de famille qu’on y trouve le plus fréquemment — Norris, Watson, Wallace, Wilson, Willard — remontent presque tous aux premiers occupants de Milton Corner, le nom que portait autrefois le village de Sainte-Cécile-de-Milton.

St. Mark Anglican Cemetery (vers 1850)

Rue Principale (situé à la droite de l’ancien hôtel de ville)

© Les derniers témoins du cimetière anglican. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Les quelques pierres tombales que l’on aperçoit à proximité du vieil hôtel de ville de Sainte-Cécile-de-Milton constituent les derniers témoins de la présence de l’église anglicane St. Mark, construite sur le même site vers 1851 et démolie en 1927, ainsi que de son cimetière.

Cimetière de la paroisse Sainte-Cécile (1857)

Rue Principale

Cimetière Ste-Cécile-de-Milton

© Le cimetière catholique près de l'église de Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière catholique, qui était situé à l’arrière de l’église actuelle, a été béni en septembre 1857. Or, cinquante ans plus tard, par ordre du Conseil d’hygiène, on a dû le déménager à l’extérieur du village, sur la route 137 actuelle. Le terrain du nouveau cimetière avait été acheté en 1906, les dépouilles mortelles ont été transportées un peu plus tard et le lieu de sépulture a été béni en novembre 1907. Dix-huit pierres tombales, laissées derrière la sacristie, indiquent encore l’emplacement du premier cimetière de la communauté catholique.

Roxton Pond

Cimetière baptiste français de Roxton Pond (vers 1862)

Rue Principale

© Cimetière baptiste. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le premier cimetière protestant de Roxton Pond a probablement été ouvert au milieu des années 1840 à Bérée, un peu à l’écart du hameau qui, à cette époque, portait le nom biblique de Salem. Quant au cimetière du village, les plus anciennes pierres tombales qu’on y trouve permettent de croire qu’il est postérieur à la construction de la chapelle baptiste, en 1862. En fait, le plus vieux monument funéraire est celui de Sem Rainaud, décédé le 3 juillet 1871 à l’âge de dix ans et deux mois. Parmi la centaine de sépultures baptistes et méthodistes qu’on recense dans le petit cimetière de la rue Principale, plusieurs portent les noms des familles pionnières du village ou encore de celles qui en ont favorisé le développement, comme les Cloutier, les Bousquet, les Dalpé ou les Bullock. À la différence de ce qu’on remarque dans d’autres cimetières protestants de la région, plusieurs sépultures sont relativement récentes.

Cimetière de Bérée (vers 1845)

Cinquième Rang de Milton (Situé à proximité du chemin de la Grande Ligne)

Cimetière Bérée Roxton Pond

© Cimetière de Bérée. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de Bérée rappelle l’existence d’une petite communauté protestante francophone (baptiste et méthodiste), rassemblée autour d’une école et de quelques résidences dans les premiers lots du Quatrième Rang du canton de Roxton et du Cinquième Rang du canton de Milton. Parmi les familles associées à l’endroit, on note, entre autres, les noms des Gravel, Charron, Desjardins et Stebbins. L’existence du cimetière nous est rapportée dans un acte de 1867, passé devant le notaire Charles Brin, dans lequel le cultivateur François Tétreault vend à François Théophile Guillemette, lui aussi cultivateur, « la moitié nord-ouest du quart ouest de la moitié est du lot numéro un du Quatrième Rang de Milton » d’une superficie de vingt-cinq acres, avec maison, grange, écurie et autres bâtisses, à l’exception du terrain qu’il a déjà donné pour le cimetière et du chemin de six pieds de largeur qui permet d’y accéder depuis le chemin du Cinquième Rang. La plus vieille pierre tombale du cimetière datant de 1851, on suppose que c’est vers le milieu des années 1840 qu’a été établi ce lieu de sépulture.

South Roxton Cemetery (vers 1843)

Route 139, (South Roxton)

© Cimetière de South Roxton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Pour qui connaît, ou veut connaître, l’histoire de Roxton-Sud (South Roxton) et des gens qui l’ont fondé, le petit cimetière protestant (anglican et méthodiste) qui surplombe le hameau, sur la route 139, est des plus évocateurs. On y trouve ceux de la première vague, qui se sont établis au cours des années 1830-1850 et dont la caractéristique commune est d’être nés à l’extérieur du pays. Ainsi, le premier habitant de l’endroit, Abram Sanborn, arrivé en 1834, avait vu le jour aux États-Unis, à Canterbury, dans le New Hampshire ; Charles B. Smith, qui s’installe en 1844, venait aussi du New Hampshire, mais d’Alton. James Blampin, pour sa part, était originaire du Devonshire, en Angleterre. Ces cultivateurs à la recherche de terres seront bientôt rejoints par les Reynolds, les Gibson et les Doe, mais le hameau ne prendra forme qu’après l’arrivée du chemin de fer du South Eastern, en 1879. Cette révolution des moyens de transport aura tôt fait d’inciter les familles Marcotte, Galbraith et Savage à ouvrir des commerces et des moulins dans l’endroit, qui bientôt prendra l’allure grouillante d’un véritable village.

La communauté anglophone de Roxton-Sud est aujourd’hui disparue, comme sont disparus ou sont rendus méconnaissables les deux chapelles, anglicane et méthodiste, les deux écoles primaires, la beurrerie, le magasin général, la boulangerie, la cordonnerie, la boutique de forge, les moulins à scie, la gare et même la voie ferrée. Cette dégradation rapide du patrimoine bâti rend d’autant plus importante la conservation du cimetière protestant de Roxton-Sud, déjà orphelin de son église (anglicane) depuis 1967.

Saint-Joachim-de-Shefford

North Shefford Cemetery (vers 1832)

Cimetiere North Shefford

© Cimetière North Shefford. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Rue Brousseau, (Savage Mills)

Situé un peu au sud de l’église anglicane St. Peter, le cimetière de North Shefford reste un témoin privilégié de l’histoire de Savage Mills puisqu’on y retrouve les noms des principales familles anglophones qui sont à l’origine du hameau, les plus vieilles pierres tombales datant du début des années 1830. Malgré que le cimetière de North Shefford soit assez bien conservé dans l’ensemble, plusieurs monuments funéraires montrent des signes de détérioration.

Shefford

Shefford Mountain Cemetery (vers 1807)

Chemin Saxby Sud, (Shefford Mountain)

© Cimetière Shefford Mountain. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Situé au pied de la montagne qui lui donne son nom, le petit cimetière de Shefford Mountain a servi de lieu de sépulture pour les premiers résidants protestants de Saxby Corner et de la région environnante, dont l’histoire remonte parfois à la fin du 18e siècle. Parmi ceux qui sont enterrés là, on trouve plusieurs Savage, mais aussi des Saxby, des Camber et même quelques francophones, comme les Pépin et les Patenaude. Un relevé fait en 1991 montre que toutes les sépultures, sauf deux qui sont plus récentes, datent du 19e siècle, ce qui en dit plus long que tous les discours sur les dangers qui guettent ce site patrimonial.

Frost Village Cemetery (vers 1837)

© Cimetière de Frost Village. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Chemin Clark, (Frost Village)

Le petit cimetière anglican qui règne sur les hauteurs de Frost Village, tout près de la route 112, évoque une période révolue de l’histoire, quand le hameau était un arrêt obligatoire sur la route des diligences qui empruntaient l’Outlet Road, avant que Waterloo s’impose comme première capitale régionale, au début des années 1860. Comme pour témoigner de l’importance ancienne de Frost Village, le cimetière rassemble plusieurs sépultures qui remontent aux années 1840-1860, la plus vieille pierre tombale datant de 1837. Là, dans leur dernier repos, les Osgood, les Goddard, les Wood, les Sargeant, les O’Brien et les French, parmi d’autres, se disputent l’honneur d’avoir été les pionniers de ce coin de pays. Frost Village Cemetery

Williams Family Cemetery (vers 1838)

Chemin de Brill, (Frost Village)

© Cimetière familial des Williams. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Le cimetière de la famille Williams témoigne d’une époque pendant laquelle le hameau de Frost Village semblait promis au plus brillant des avenirs. En fait, sur les vingt pierres tombales identifiées lors d’un inventaire réalisé en 1991, on en trouve seize qui datent du 19e siècle, du temps où la famille Williams gérait un magasin-général et un relais de diligence dans l’endroit. L’importance historique du cimetière Williams est d’autant plus grande qu’il est établi à proximité de la résidence Williams, déjà identifiée comme d’intérêt patrimonial.

Mario Gendron

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Au temps du chemin de fer

À une époque où l’automobile ne régnait pas encore en maître, le chemin de fer était au cœur de la vie économique, sociale et culturelle de la région. Ainsi, depuis l’établissement du réseau ferroviaire, en 1859, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le train et le tramway seront les modes de transport les plus utilisés pour le déplacement des gens et des marchandises. Dans la Haute-Yamaska, quelques compagnies ferroviaires vont se disputer le privilège d’accomplir cette fonction essentielle: Stanstead, Shefford & Chambly Railroad(1859), South Eastern Railway(1879), Canadien Pacifique(1888), Montreal & Southern Counties Railway(1916). Cette exposition photographique virtuelle se veut un bref retour en images et en quelques mots Au temps du chemin de fer. MG


Au temps du chemin de fer

Diaporama

Sans téléchargement

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Nouvelles brèves

Résidence Ernest Boivin 1924
© 65, rue Dufferin. Ernest Boivin, maire, construit cette résidence en 1924. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ L’inventaire patrimonial de Granby va bon train : des deux cents propriétés retenues,  75 % ont déjà fait l’objet d’une recherche historique. Pour sa part, Chantal Lefebvre, notre consultante en patrimoine, poursuit la photographie des propriétés choisies, qu’il s’agisse d’édifices publics, de commerces, d’industries ou de maisons, propriétés qu’elle évalue et hiérarchise grâce à une grille d’analyse des plus strictes. Le travail devrait être terminé au printemps.

© 105, rue Elgin. La maison de Marcel Leclerc construite en 1957 à partir des plans de l'architecte Paul-O. Trépanier. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

♦ France Vanlaethem, professeure à l’UQAM, travaille actuellement à la publication d’un livre sur le patrimoine moderne du Québec. Dernièrement, elle a pris contact avec la SHHY afin d’obtenir de l’information et des photos sur certaines des œuvres bâties de l’architecte bien connu Paul-O. Trépanier afin de les inclure dans son ouvrage.

dôme géodésique du Zoo de Granby

Le dôme géodésique du Zoo de Granby réalisé en 1963 par Paul-O. Trépanier. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

Elle désirait également savoir si quelques-unes des réalisations architecturales de M. Trépanier avaient été reconnues d’intérêt patrimonial par la Ville de Granby.

On se souviendra que, voilà quelques années, ce dernier avait remis à notre service d’archives tous ses plans d’architecte ainsi que plusieurs dessins et photos de ses réalisations. Il s’agit d’un fonds d’archives d’une grande importance pour l’histoire de notre région et du Québec.

église Notre-Dame de Granby

© L'église Notre-Dame de Granby. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ Il est plutôt rare de pouvoir consulter des documents qui remontent au début de la colonisation canadienne-française de notre territoire. C’est pourtant ce que nous offrent les archives de la paroisse Notre-Dame de Granby, acquises dernièrement.Totalisant environ un mètre linéaire de documents, on y trouve, entre autres, des procès-verbaux, des registres d’associations paroissiales, des agendas de curé, des plans (église, presbytère), des photos. Les plus anciens documents remontent à 1842, l’année où les catholiques se dotaient d’une mission sous le vocable de Très-Saint-et-Immaculée-Cœur-de-Marie de Granby, dont le territoire englobait les cantons de Granby (Granby, Saint-Alphonse), de Shefford (Waterloo, Warden, Saint-Joachim et Bromont) et une partie de Roxton (Roxton Pond). Ces archives constituent une source d’information unique sur les premières familles canadiennes-françaises établies en région.

© L'usine Stanley. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ Comme vous le savez sans doute, le propriétaire de l’édifice Stanley de Roxton Pond se propose de démolir l’usine de pierre construite en 1907 s’il n’arrive pas à lui trouver une vocation. Si la SHHY comprend les raisons qui ont conduit le propriétaire à prendre cette décision, elle déplore qu’on en soit venu à considérer cette possibilité. Car la Stanley est un joyau de notre patrimoine régional, au même titre que la résidence Foster/couvent Maplewood de Waterloo. Mais tout n’est pas perdu puisque Jacques Renaud, un citoyen de Roxton Pond, a pris l’initiative de mettre sur pied un comité pour assurer la pérennité de l’édifice patrimonial. Trouver une ou diverses utilités à l’ancienne usine, la faire connaître du grand public et dénicher les ressources financières pour en assurer la mise en valeur sont les principaux objectifs poursuivis par ce comité. Déjà, plusieurs personnes ont manifesté de l’intérêt pour ce sauvetage. À tous ceux qui voudraient faire parvenir un mot d’encouragement au Comité d’aide à la sauvegarde de la Stanley ou qui, encore, aimeraient s’y joindre, vous pouvez adresser votre courriel à l’adresse suivante : cacsroxton@hotmail.ca.

♦ Je suis présentement à la recherche d’une personne qui connaît la plate-forme de notre site Web, WordPress, afin d’y installer une base de données de photos dotée d’un module de recherche qui ressemblerait à ceux-ci :

http://www.etrc.ca/fr/service-darchives/sources-en-ligne/photos.html

http://mauricie.cieq.ca/icono_rechercher.php

Pour me contacter : johanne.rochon@shhy.info

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Quelques pages de notre histoire industrielle

Cette exposition photographique a comme objectif de souligner à grands traits les principaux éléments de l’histoire industrielle de la MRC de la Haute-Yamaska.  Pour ce faire, les photographies ont été regroupées en cinq thèmes: Granby et la grande industrie, Waterloo et la diversité industrielle, la fabrication d’outils à Roxton Pond, industrie et travailleurs et la Haute-Yamaska et l’industrie laitière. Pour chacun de ces thèmes, des textes d’accompagnement ajoutent à la connaissance d’un des secteurs les plus fondamentaux de notre histoire régionale.

Quelques pages de notre histoire industrielle    Diaporama
 
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Mourir en 1870

On ne mourait pas en 1870 comme on meurt aujourd’hui. Car si de nos jours ce sont le cancer, les maladies du cœur ou le diabète qui sont les principales causes de mortalité, voilà 140 ans, ce sont plutôt la scarlatine, la consomption (tuberculose pulmonaire) ou la rougeole qui emportent les gens, et ce, bien plus tôt dans la vie. Ainsi, en 1870, environ 200 enfants sur 1 000 qui naissent dans la Haute-Yamaska décèdent avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Les cimetières régionaux témoignent éloquemment de cette hécatombe des tout-petits qui se prolonge jusque dans les années 1920. À titre de comparaison, le taux de mortalité infantile était de 4,2  pour 1 000 au Québec en 2008, soit respectivement 50 et 40 fois moindre qu’en région en 1870 et en 1920.

© Soins apportés à un membre de la famille Savage, vers 1900. (Fonds Ellis Savage, SHHY)

En 1870, la mortalité s’alimente, entre autres causes, des conditions d’hygiène déficientes qui favorisent la prolifération des maladies infectieuses. Promiscuité avec les animaux, lait non pasteurisé, absence d’égouts et d’installations sanitaires adéquates constituent autant de vecteurs  pour les microbes et les bactéries. Les médecins, privés de vaccins et d’une pharmacopée efficace, sont dans la plupart des cas impuissants à soulager et à guérir les malades. Quant aux bureaux d’hygiène des différentes municipalités, ils limitent leur action à placarder les maisons où habitent des personnes atteintes de maladies contagieuses, sans égard aux stigmates sociaux qu’implique une telle pratique.

Selon les données du recensement de 1871, le territoire de la Haute-Yamaska rassemble un peu plus de 12 000 personnes, dont les trois quarts environ habitent la campagne et vivent de l’agriculture. Les principales agglomérations sont Waterloo et Granby, avec respectivement 1 240 et 876 habitants; les hameaux de Roxton Pond, de Warden et de Sainte-Cécile rassemblent aussi quelques centaines de résidants.

Publicité de F. Gatien, médecin, pharmacien et chimiste, parue dans le "Messager canadien", le 14 janvier 1876.

Le tableau du dénombrement des morts, inclus dans le recensement de 1871, montre que sur 194 décès enregistrés l’année précédente dans la Haute-Yamaska, deux seulement sont dus à une maladie du cœur et au cancer, alors que plus d’une centaine ont été causés par la scarlatine, les maladies pulmonaires diverses, la typhoïde ou la rougeole. Autre constat : la mort s’acharne sur les plus jeunes, avec 115 décès qui surviennent chez les moins de cinq ans. Même quand on exclut du calcul les 66 enfants d’un an et moins, l’âge moyen de la mort s’établit à environ vingt-cinq ans dans la Haute-Yamaska en 1870. Le petit nombre (28) des décès qui survient après cinquante ans reflète cette réalité.

Au cours de l’hiver 1870, particulièrement lors des mois de janvier et de février, la scarlatine fait des ravages en région, emportant 47 malades, dont deux seulement sont âgés de plus de dix ans. La maladie concentre ses effets au village de Granby et dans les environs immédiats, où on enregistre neuf décès sur dix. Certaines familles sont particulièrement affectées par la bactérie mortelle. Ainsi, dans le village de Granby, la famille Amyrault perd deux enfants, Joséphine et Wilfrid, âgés respectivement de sept et quatre ans, les Boissonneau voient mourir leurs deux fils de deux ans et demi et neuf mois et les Vaudry pleurent trois des leurs, Mélina (cinq ans), Henri (deux ans) et Jean-Baptiste (onze mois).  Dans le canton de Shefford, la scarlatine s’acharne sur les familles Blanchard et Savage, la première perdant deux garçons de six et quatre ans, la seconde un garçon de sept ans et deux filles de cinq et trois ans.

Les maladies pulmonaires constituent la seconde cause de décès en 1870, avec 32 morts. On meurt de consomption, de fièvre, d’inflammation, de congestion pulmonaire, mais aussi de bronchite et de pleurésie. Contrairement à la scarlatine et à la rougeole, ces pathologies emportent surtout les adultes.  Typhoïde, fièvres diverses, dysenterie et quelques accidents complètent le triste bilan mortuaire de l’année 1870.

Dans la préface de son roman Trente arpents, paru en 1938, Ringuet (Philippe Panneton) se moquait gentiment de ceux qui avaient la nostalgie du « bon vieux temps », en indiquant que si ces derniers avaient l’opportunité de retourner dans le passé, mais en acceptant d’en vivre les contraintes et les risques, ils n’auraient plus qu’un souhait : retourner dans le confort et la sécurité du XXe siècle. Le nombre, les causes et l’âge des décès dans la Haute-Yamaska en 1870 plaident en faveur de l’opinion du romancier.

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La célébration des récoltes à Roxton-Sud

Au cours des années 1920, une petite société canadienne-anglaise d’origine américaine vit à Roxton-Sud les dernières belles années d’une période de prospérité et de développement, enclenchée avec l’arrivée du chemin de fer du South Eastern (CP), en 1879. Cette communauté d’environ 150 habitants évolue au rythme de l’agriculture. Rien de surprenant, donc, à ce qu’on y célèbre la fin des récoltes de manière toute particulière.

À cette époque, c’est autour de l’industrie laitière que gravitent les activités agricoles et c’est grâce à elle si les campagnes connaissent une certaine prospérité. Ainsi, la beurrerie de Herbert Reynolds, où les cultivateurs de la région viennent porter leur lait deux fois par semaine, injecte plus de 20 000 $ par année dans l’économie locale, une somme considérable dont une bonne part, sans doute, prend le chemin du magasin général, du moulin à scie ou de la boutique du forgeron de Roxton-Sud (South Roxton).

© La beurrerie de Herbert Reynolds était située au coin de la route 139 et du 3e Rang. (Collection Chantal Leduc, SHHY)

L’importance qu’occupe l’agriculture dans cette petite société ne saurait mieux s’exprimer que dans la célébration religieuse des récoltes que méthodistes et anglicans organisent à l’automne 1920. Cette fête, que les premiers nomment Old-time harvest Thanksgiving et les seconds, Harvest Festival, renoue avec une vieille tradition qui veut qu’on rende gloire à Dieu pour l’abondance des récoltes. Chacune des deux communautés protestantes a naturellement choisi son église comme lieu des célébrations. L’église méthodiste est alors située en plein cœur du village, en face du garage actuel de Denis Désautels, et l’église anglicane est érigée sur les hauteurs de Roxton-Sud, un peu à l’extérieur de l’agglomération, à proximité du cimetière protestant.

 

© À droite, l'église méthodiste de Roxton-Sud. (Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

C’est le dimanche 17 octobre 1920 que les deux célébrations ont lieu, à 15 heures pour les anglicans et à 19 heures pour les méthodistes. Pour l’occasion, les deux chapelles ont été décorées de la même manière, avec des feuilles d’automne, des paniers de légumes et de fruits et des fleurs à profusion. C’est dans cette atmosphère qui embaume qu’on célèbre les deux offices religieux, accompagnés dans chaque cas par un chœur qui entonne des hymnes de circonstance.

 

© L'église anglicane de Roxton-Sud. (Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Aujourd’hui déserté par l’industrie, le commerce et le chemin de fer, Roxton-Sud ne laisse rien transparaître du dynamisme et de l’effervescence qui l’animaient autrefois. L’agriculture a perdu son importance dans l’économie régionale et la communauté anglophone s’est éteinte; les deux églises protestantes sont disparues, emportant avec elles une partie de la mémoire d’un autre temps.

Mario Gendron

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La Stanley de Roxton Pond, un joyau de notre patrimoine régional

© La Stanley, vers 1910. Fonds Arthur Pépin, SHHY.

La municipalité de Roxton Pond est bien connue des collectionneurs de rabots en bois. Ces rabots, qui servaient à la réalisation de moulures, sont marqués des sceaux de S. Dalpé, G. W. Willard, A. Monty, P. Nicol et Stanley Tool. Collection SHHY.

Commencée modestement au cours des années 1860, c’est en 1904 que la fabrication d’outils de menuiserie s’enclenche sur une grande échelle à Roxton Pond, lorsque William Stephen Bullock achète par encan les vieux moulins du village, avec leurs pouvoirs d’eau, et commence la construction d’une usine en bois de deux étages. Les deux années suivantes sont consacrées à la construction d’un nouveau barrage et d’une fonderie, à l’achat de la machinerie nécessaire à la fabrication de varlopes en fer et à la formation du personnel. À la fin de 1906, les premiers outils en fer produits à Roxton Pond sont mis en marché. Mais Bullock, en manque de capitaux pour étendre les opérations de son usine, décide, en janvier 1907, de former la compagnie Roxton Tool & Mill, avec S. H. C. Miner de Granby comme premier président. Au printemps 1907, selon le Journal de Waterloo, « Cette industrie fournit de l’ouvrage à un grand nombre d’hommes […] la population du village a plus que doublé depuis un an, à ce point que depuis l’automne dernier on ne peut y trouver un seul logement libre. ».

© Travailleurs de la Stanley, vers 1910. Fonds Arthur Pépin, SHHY.

En juin 1907, on apprenait avec inquiétude en région que la compagnie Stanley Rule & Level de New Britain, au Connecticut, s’apprêtait à construire à Montréal une usine semblable à la Roxton Tool & Mill. On décidait alors d’inviter les responsables de l’entreprise américaine à visiter l’usine de Roxton Pond afin de les inciter à y établir leur filiale canadienne. Les arguments furent sans doute convaincants, puisque les Américains décidèrent immédiatement d’acheter la Roxton Tool & Mill. Ainsi, en septembre 1907, c’est sous la gouverne des nouveaux propriétaires que la construction d’une usine en pierre, de deux cents pieds de longueur par quarante de largeur, s’enclenche, tâche à laquelle une bonne partie des travailleurs de la Roxton Tool & Mill consacre tout l’automne.

Plan de l'usine Stanley, en 1930. © (Fonds municipalité de Roxton Pond, SHHY. M.A. Saunders, Fire Insurance Compagnies, Boston, 1930.)

Lors de son ouverture, l’usine Stanley engagera environ cinquante personnes, mais elle en emploiera plus de deux cents cinquante dans ses meilleures années. Quant à Bullock, il continuera de diriger l’entreprise pour une longue période après son ouverture. Afin de soutenir son rythme de croissance accéléré, la compagnie effectuera des investissements considérables à son usine de Roxton en 1924 et en 1966.

L’entreprise américaine fermera son usine de Roxton Pond en 1984, mais fera encore parler d’elle au cours des années 1990 et 2000 à propos de la contamination de l’eau potable dont elle serait responsable.

Mario Gendron

Description architecturale

Situé à l’intersection des rues Stanley et Saint-Jean, cet imposant édifice industriel de deux étages (trois étages à l’arrière), de forme rectangulaire, se distingue par son revêtement de pierre taillée, sa toiture à deux versants de faible inclinaison et ses nombreuses ouvertures disposées régulièrement sur l’ensemble de la structure afin de maximiser la luminosité à l’intérieur de l’édifice. Tous les aspects décoratifs sont délaissés au profit d’une architecture dépouillée, répondant davantage à des soucis de productivité et de rentabilité. La fonction industrielle prend le dessus sur la forme architecturale.

Chantal Lefebvre

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