La brève épopée de l’aviation à Granby

© Le premier aéroport de Granby était situé rue Robitaille. Programme souvenir, 1929, Fonds C.D. Porter, SHHY.

Installé sur les hauteurs de la ville, le Granby Aero Club est fondé en juin 1928, un an après que Charles Lindbergh ait réussi la traversée New York-Paris sans escale à bord du Spirit of St-Louis. À la suite de cet exploit de dimension planétaire, toute une génération de jeunes hommes téméraires voudra apprendre à piloter. Traduisant parfaitement leur état d’esprit, Walter Deisher, le président du Ottawa Flying Club en visite à Granby, affirmait: « Il n’y a aucun sport dans le monde qui puisse se comparer à celui de voler ». Cet engouement pour l’aviation est à l’image d’une fin de décennie électrisante, portée par une économie qui s’emballe et une confiance sans bornes dans les progrès de la science et de la technologie. Or après deux décès et quelques exploits mémorables, le Granby Aero Club cessait ses activités au printemps de 1930, emportant dans la tourmente de la Crise le rêve de voler d’une centaine d’élèves.

Le capitaine Christmas Evans

Au mois de mai 1929, le capitaine Evans faisait encore la manchette, cette fois pour avoir établi, aux commandes de son appareil Gypsy Moth, un record de vol de trois heures quinze minutes entre Toronto et Granby. Article du  Granby Leader-Mail, 3 mai 1929.

Parmi ceux qui incarnent le mieux la brève épopée de l’aviation à Granby, Christmas Evans arrive en tête de liste. Cet Anglais de 31 ans, que les hasards d’un métier aussi dangereux qu’exigeant ont conduit au Canada, arrive à Granby à l’automne 1928, laissant femme et enfant outre-mer, pour agir comme instructeur à l’école de pilotage de l’Aero Club. Il remplace Harold E. Masse qui s’est tué quelques semaines plus tôt lors d’une sortie avec son élève-pilote, Émile Isabelle, qui a survécu miraculeusement.

En mars 1929, le destin offre à Evans l’occasion de démontrer que l’aviation est plus qu’une activité réservée aux casse-cous et qu’elle peut contribuer à sauver des vies. Le destin emprunte ici le visage du docteur George Runnells qui, dans l’impossibilité de se rendre à Boscobel, à plus de 50 kilomètres de Granby, pour soigner un enfant très malade, demande au capitaine Evans de l’y conduire par la voie des airs, les dernières tempêtes de neige ayant rendu les chemins impraticables pour les attelages. Ainsi, quinze minutes après le départ de Granby, l’avion atterrissait à Boscobel au lieu désigné, derrière la grange rouge de M. Hackwell.

Capt. Christmas Evans – Royal Flying Corps- Born 1898 – Died 1929 Native of Skewan Wales, pilot world war 1 and instructor of the Granby Flying Club killed in a flight accident may 12 1929. This memento erected by Royal Canadian Air Force Association and Friends - 1955. Photo: Chantal Lefebvre, SHHY.

Pendant que le docteur prodiguait des soins à l’enfant, un rouleau à neige préparait la piste pour le décollage. Parce qu’il s’agissait d’un événement somme toute extraordinaire, les écoliers de Boscobel avaient été autorisés à quitter la classe pour assister à l’envol du petit appareil, qui retourna à Granby sans encombre. Grâce à cet exploit, la notoriété du capitaine Evans, jusque-là restreinte au cercle des amateurs d’aviation, devenait générale.

Comme bon nombre d’aviateurs de cette époque, le capitaine Evans perdra la vie de manière accidentelle; dans son cas, ce sera devant des milliers de personnes lors d’un spectacle aérien donné à l’Aero Club. Selon les témoignages de plusieurs spectateurs, l’avion de Evans se serait totalement disloqué au cours d’une manœuvre risquée, précipitant le fuselage au sol d’une hauteur de 150 mètres. L’aviateur sera transporté d’urgence à l’hôpital du docteur Lord, où l’on constatera son décès.

Les accomplissements et la mort tragique de Christmas Evans inscrivent son nom dans l’histoire de Granby, et ce, malgré qu’il y soit demeuré moins d’un an. Le jeune aviateur trouvera le repos dans le cimetière protestant de la rue Cowie, laissant doublement dans le deuil sa femme et son enfant, restés en Angleterre.

Le grand rassemblement aérien du 1er juillet 1929

Selon le Sherbrooke Record, le rassemblement aérien présenté à Granby le 1er juillet 1929 est le plus important du genre de l’histoire des Cantons-de-l’Est. Ce jour-là, environ 15 000 spectateurs, soit plus que la population de la ville, se rendent sur les terrains de l’Aero Club pour assister, entre autres prouesses, au jeu du bombardement et à une course de 55 km; trois personnes auront aussi la chance d’effectuer un vol gratuit dans un des avions de passagers, encore rares à l’époque. Une vingtaine d’appareils participent aux compétitions. Parmi les pilotes, on remarque la présence de Howard Jones, du Ottawa Flying Club, rendu fameux pour être le plus jeune aviateur canadien à obtenir son permis de voler, à l’âge de 17 ans.

Programme souvenir, 1929, Fonds C.D. Porter, SHHY.

Au signal du maire de Granby, Ernest Boivin, les festivités s’engagent par le décollage de tous les avions et leur survol de l’aérodrome à basse altitude. Cette ouverture spectaculaire et bruyante terminée, ce sont les boucles et les acrobaties du capitaine A. E. Golds, instructeur en chef au Montreal Light Aeroplane Club, qui captivent l’attention des spectateurs, le vol qu’il effectue à la renverse étant particulièrement prisé des amateurs d’émotions fortes.

Après la compétition du Dead stick landing, qui consiste à poser son appareil le plus près possible d’un bâton placé sur la piste d’atterrissage, le public a droit à un des moments forts de la journée : une course de 55 km dont le vainqueur se verra décerner une coupe en argent, gracieuseté du détaillant McColl-Frontenac Oil, et un prix de 200 $, donné par l’Imperial Tobacco. Au cours de cette compétition au trajet triangulaire, les avions doivent d’abord se diriger vers Adamsville, bifurquer en direction de Waterloo, puis revenir à leur point de départ. Le retour des appareils, dit-on, fut un spectacle extraordinaire. C’est au capitaine Maynard, d’Ottawa, que reviennent les honneurs d’avoir effectué le trajet le plus rapidement (voir le plan au début de l’article).

Suivante au programme, la compétition de bombardement rappelle les jours pas si lointains de la Première Guerre mondiale. Mais plutôt que de larguer des bombes, ce sont des sacs de farine que les pilotes tentent de placer le plus près possible du centre d’un cercle de 18 mètres de diamètre. Parmi les rares compétiteurs qui réussissent à atteindre la cible, c’est le plus jeune de tous, Howard Jones, qui remporte la compétition. Granby Leader-Mail, 5 juillet 1929

Outre les petits appareils mieux connus du public, comme les Gipsy Moth et les Reid Rambler, le rassemblement aérien du 1er juillet 1929 permet d’observer plusieurs avions de plus grande envergure, dont le nombre s’accroît à la fin des années 1920.

  • Wallace Tourplane 4 passagers, moteur Kinner
  • Waco 3 passagers, moteur Wright J-5
  • Eagle Rock 3 passagers, moteur Hisso
  • Travelair 6 passagers, moteur Wright
  • Pitcairn Super-Mailing de l’International Airways Limited.
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Granby fête la Saint-Jean

L’idée de célébrer la Saint-Jean-Baptiste revient à Ludger Duvernay qui, au cours d’un banquet, donné à Montréal le 24 juin 1834, a émis le souhait que l’on fasse de cette journée la fête des Canadiens français. Neuf ans plus tard, le 8 juin 1843, Duvernay met sur pied l’Association Saint-Jean-Baptiste qui réunit tous les organismes du même nom et organise un premier grand défilé dans la métropole. Ce ne sera toutefois qu’en 1925 que la Saint-Jean-Baptiste sera décrétée jour férié et c’est au gouvernement de René Lévesque que l’on doit d’avoir proclamé, en 1977,  le 24 juin Fête nationale de tous les Québécois.

À Granby, les célébrations de la Saint-Jean débutent en 1885, l’année suivant la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste locale. Cette année-là, on souligne modestement l’événement par une messe à l’église Notre-Dame et un feu d’artifice en soirée.  Par la suite, les sociétés de Granby et Waterloo prennent, à tour de rôle, la responsabilité d’organiser les festivités. D’année en année, rien ne manque pour faire vibrer la fibre nationaliste et divertir la population du comté de Shefford.

© La Société Saint-Jean-Baptiste de Granby, en 1909. Coll. SHHY. Photo : Samuel Benoit

Les festivités du 24 juin 1889 ont particulièrement attiré l’attention des médias locaux et régionaux. Le Journal de Waterloo, par exemple, a évalué la foule, regroupée à Granby, à quelque 4000 personnes, venues d’aussi loin que Farnham et Saint-Jean sur Richelieu. Outre les dignitaires habituels, qui prenaient place à bord de voitures, et les membres des organismes paroissiaux, marchant à la suite des musiciens de l’harmonie, les spectateurs pouvaient reconnaître des gens de métiers montés sur les charrettes thématiques dédiées à leur profession : les selliers, les ferblantiers, les cordonniers et les forgerons, entre autres.

Parti de la rue Saint-Charles, le défilé s’est rendu au bocage Wood (parc Victoria), en remontant la rue Principale, où politiciens et membres du clergé ont rivalisé de ferveur nationaliste dans leur discours. La partie protocolaire terminée, la foule rassemblée sur les lieux a eu droit à des compétitions sportives et s’est vu offrir des repas à vingt-cinq sous le couvert. En soirée, les citoyens ont assisté à des performances musicales et furent conviés à l’hippodrome, situé sur le site actuel d’Agropur, pour la présentation du feu d’artifice.

Le char allégorique des Chevaliers de Carillon commémorant  l’arrivée de Jacques Cartier tel que présenté lors du défilé de 1934.  Fonds Pauline Lasnier, SHHY.

© Le char allégorique des Chevaliers de Carillon commémorant l’arrivée de Jacques Cartier tel que présenté lors du défilé de 1934. Fonds Pauline Lasnier, SHHY.

Toutefois, ce sont les fêtes des 24 et 25 juin 1934 qui marquèrent une étape importante dans la vie de la Société Saint-Jean-Baptiste de Granby, deux jours au cours desquels la population a été invitée à  célébrer les cinquante ans de l’association, fondée le 18 mai 1884.

Le coup d’envoi fut donné par le président, Albéa Messier, en présence de la foule et des dignitaires, qui a dévoilé le monument commémoratif du parc Miner. Sur le socle est gravée la phrase suivante « À la gloire de Dieu et de ceux qui ont soutenu durant un demi-siècle, dans notre région, notre foi, notre langue et nos droits…». Cette phrase veut rappeler aux générations futures les luttes qu’ont dû mener leurs prédécesseurs afin de protéger les droits des Canadiens français.

Après un bref séjour au parc Daniel Johnson, l’œuvre de Georges E. Tremblay, surmontée d’un castor et d’une feuille d’érable, est de retour au cœur de cette partie de Granby qu’on avait surnommée le village français.

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« Granby: haut lieu du néon et des enseignes sixties »

Cantine Chez Ben, Benoît Legault, L'Express, Toronto, 2010

Je vous invite à lire cet article, fort intéressant, du journaliste Benoît Legault de L’Express de Toronto. En visite à Granby, c’est avec plaisir que je l’ai accompagné dans la découverte de ce patrimoine bien particulier de Granby.

« À 88 km à l’est de Montréal, une ville recèle un des patrimoines les plus vivants de l’affichage au néon typique des années 50, 60 et 70. Granby, 61 000 habitants, présente de manière spontanée et non organisée de nombreux commerces d’hébergement et de restauration qui semblent ne pas avoir changé depuis au moins une quarantaine d’années! »

http://www.lexpress.to/archives/5037/

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Enfants d’hier

Une exposition dans la vitrine de nos locaux et sur notre site

Photos d’ enfants de Granby, Waterloo, Roxton Pond et West Shefford. Les enfants à l’école, en vacances, chez le photographe… entre 1900 et 1960.

© À la mode du début XXe. Fonds Ellis Savage, SHHY

Société

© Une séance chez le photographe. Fonds Pauline Lasnier, SHHY

Un dimanche, à la ferme

© Un dimanche à la ferme. Fonds Germain Fortin, SHHY

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