L’histoire de l’usine Stanley de Roxton Pond

L'édifice Stanley, en 1980 (Photo Luc Durocher, SHHY)

« Avec son imposante structure en pierre, l’usine Stanley domine le paysage de Roxton Pond depuis plus d’un siècle. » C’est ainsi que débute l’Histoire de l’usine Stanley Tool de Roxton Pond, un travail d’une trentaine de pages que l’historien Mario Gendron, aidé de Cecilia Capocchi à la recherche, vient de déposer et dont on vous offre ici l’exclusivité. La réalisation de cet historique, qui vise à faire connaître les facteurs et les incidences de l’installation de la Stanley Tool à Roxton Pond, avait été confiée à la SHHY par le Comité d’aide à la conservation de la Stanley, dans le cadre du Pacte rural de la MRC de La Haute-Yamaska (2011). Le choix des illustrations et le montage du texte ont été faits par Johanne Rochon.

Bonne lecture : Histoire de l’usine Stanley de Roxton Pond PDF

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Médecins et patrimoine à Roxton Pond

Le médecin, tout comme le notaire et le curé, fait partie de l’image classique que l’on se fait d’un village. Roxton Pond a le privilège de posséder deux résidences patrimoniales ayant appartenu à des médecins qui ont laissé leur marque dans l’histoire de la municipalité, Jean-Philippe Leduc (1875–1891) et Émile Labelle (1912–1935). C’est un peu leur histoire qu’on raconte à travers cette présentation patrimoniale.

La Maison du Dr Jean-Philippe Leduc

853, rue Principale

Maison du Dr-Leduc Roxton Pond

© La maison du Dr Jean-Philippe Leduc, premier médecin du village, construite vers 1880. (Photo Chantal Lefebvre, 2006, SHHY)

Le premier document d’une quelconque utilité concernant l’histoire de cette propriété date de 1871. Il concerne la vente par le maître peintre Joseph Pavois d’une propriété de trois arpents en superficie, avec maison et remise, au cordonnier Jean-Baptiste Cadieux, le tout pour 300 $. Le cordonnier Cadieux conserve la propriété jusqu’en 1875, alors que Jean-Philippe Leduc, médecin de Sainte-Pudentienne, l’acquiert pour 340 $. C’est ce dernier qui aurait construit la maison actuelle, probablement peu après son mariage, au tournant des années 1880. En 1891, Leduc est père de six enfants et il héberge aussi sa mère dans cette grande résidence qui compte dix pièces.

Le docteur Jean-Philippe Leduc a été l’un des signataires de la requête demandant la municipalisation du village de Sainte-Pudentienne  (Roxton Pond) en 1886, avant d’être élu comme deuxième maire de la municipalité, de 1886 à 1891. À ce titre, le médecin chirurgien fait adopter, en 1891, un important règlement concernant la salubrité publique, la protection contre les incendies, la circulation et la sécurité des citoyens. Or, au cours de la même année, le Dr Leduc quittait Roxton Pond, préférant exercer sa profession à Sainte-Marie-de-Monnoir. Mais le vide était immédiatement comblé par l’arrivée du docteur Séraphin Bergeron, qui se portait acquéreur de la résidence de son prédécesseur pour 2 250 $. Dans l’acte de vente, il était clairement stipulé que le Dr Leduc ne pouvait plus exercer sa profession à Roxton Pond sans encourir 500 $ d’amende. Entre 1893 et 1902, la grande maison de la rue Principale traverse une décennie de turbulence, changeant de mains plusieurs fois, passant même entre celles du shérif avant d’être vendue au docteur Aurélien Constantineau, qui réside à Roxton Pond depuis 1897. Lorsque ce dernier quitte le village pour s’établir définitivement à Montréal, c’est le « populaire marchand » Joseph Archambault, qui vient de louer « ses magasins, boucheries, résidences privées et dépendances, le tout en face de l’église catholique, à la société Donat Manseau de Wotton », nous dit le Journal de Waterloo du 7 mai 1908, qui s’installe dans la « jolie propriété qu’il a achetée dernièrement du docteur Constantineau ». Le nouvel acquéreur avait été élu conseiller du village en 1894, puis avait occupé le poste de maire de 1902 à 1908.

Après 1915, le grand nombre de transactions concernant cette propriété rend inutile d’en relater l’histoire. Ainsi, jusqu’en 1973, on a relevé plus de vingt changements de propriétaire.

Johanne Rochon

Description architecturale

La maison du docteur Leduc, qui s’inscrit dans l’éclectisme victorien de la fin du XIXe siècle, surprend et étonne par la complexité et l’amalgame de ses nombreux volumes inspirés de divers styles architecturaux. Cette recherche d’effets nouveaux se traduit notamment dans l’asymétrie de la structure, accentuée par la présence d’une tour d’angle inspirée du style néo-Queen Anne, la forme particulière des ouvertures situées à l’étage supérieur, dont la forme en pointe se veut une réminiscence des fenêtres ogivales caractérisant le style néogothique, ainsi que dans la forme de la toiture en tôle, qui illustre un certain rapprochement des toits mansardés identifiant le style Second Empire. La structure principale, qui se caractérise par son élévation sur deux étages et son recouvrement en clins de bois, est complétée par la présence d’une vaste galerie couverte, délimitée par une série de fins piliers ornés de boiseries décoratives et surmontée d’un balcon couvert, disposé en façade et fermé à hauteur d’appui.

Chantal Lefebvre, consultante en patrimoine

Maison du Dr Émile Labelle

929, rue Principale

Maison du Dr Émile Labelle Roxton Pond

© En 1932, la maison d'un étage et demi est agrandie pour permettre, entre autres, d’y aménager une pharmacie et un bureau.(Photo: Chantal Lefebvre, 2006, SHHY)

Construite vers 1873 par le menuisier James A. Honey, puis vendue 450 $ à « Demoiselle » Marguerite Dion, du village de Roxton Pond, cette maison est surtout connue comme celle de la famille Labelle, plus précisément celle du « médecin des pauvres », le docteur Émile Labelle.

Après avoir appartenu à la famille Dion-Dupaul pendant plus de trente ans, la résidence est vendue en 1906 pour 1 200 $ à Henri Langelier, cultivateur de la paroisse de Sainte-Pudentienne, qui la garde six ans avant de la revendre au Dr Labelle, en 1912, pour la somme de 1 800 $. La maison possède alors un étage et demi. En 1932, son agrandissement permettra, entre autres, d’y aménager une pharmacie et un bureau.

Entre le moment où il obtient son diplôme de médecine, en 1908, et son installation définitive à Roxton Pond, en 1912, le docteur Labelle pratique au village de Sainte-Cécile-de-Milton. En 1917, devenu conseiller municipal du village de Roxton Pond, il se fait remarquer en proposant que le Conseil proteste contre le projet du gouvernement du Canada d’imposer la conscription militaire sans avoir consulté les électeurs au préalable.

Famille du Dr Émile Labelle et Rose-Anna Bienvenu

© Le Dr Émile Labelle, son épouse Rose-Anna Bienvenue et leurs enfants, en 1915. (Coll. Lilianne Labelle, SHHY)

L’éloge funèbre que rend La Voix de l’Est au Dr Émile Labelle, en 1935, vaut d’être cité :

« Le Dr Labelle meurt à 56 ans. Avantageusement connu de toute la région, il pratiquait depuis nombre d’années la médecine générale dans les centres ruraux. L’homme que l’on s’était habitué d’appeler “Le médecin des Pauvres” vient de s’éteindre à l’hôpital Ste-Jeanne-d’Arc de Montréal après une longue maladie. […] En 1910, il épousa Mlle Rose-Anna Bienvenue, duquel mariage huit enfants lui survivent […] Le Dr Labelle est disparu au milieu des regrets et de la sympathie de toute la population qu’il avait conquise par sa simplicité, son affabilité et son esprit de sacrifice qu’il déploya jusqu’à ruiner sa santé.

Rares sont les citoyens de la région et même de Granby qui n’ont pas eu l’avantage de connaître ce “Bon Médecin” qui n’a jamais su refuser un appel soit de la part des riches comme des pauvres. Il a compromis sa santé en servant trop et en oubliant toujours que la machine humaine pouvait s’user. Il est mort victime du devoir professionnel ».

En 2006, la famille Labelle était toujours propriétaire des lieux.

Johanne Rochon

Description architecturale

Cette résidence, qui s’élevait initialement sur un étage et demi, lors de sa construction en 1873, connaîtra en 1932 des transformations majeures, principalement basées sur le modèle américain Four Square, caractérisé par son volume cubique s’élevant sur deux étages, sa toiture en pavillon et ses ouvertures allongées perçant symétriquement l’ensemble de la structure. L’habileté des menuisiers de l’époque, alliée à certaines difficultés reliées à l’approvisionnement de matériaux plus résistants, telles la pierre et la brique, explique en partie le grand intérêt porté au revêtement de clins et aux boiseries ornementales de tout genre, dont sont habillées plusieurs demeures de Roxton Pond, comme la maison Dion-DrLabelle.

Outre une vaste galerie couverte s’enroulant sur deux côtés de la résidence et supportée par des piliers reprenant les ordres architecturaux de l’Antiquité, un corps en saillie à trois pans, disposé sur la devanture et qui devait à l’origine servir de pharmacie et de bureau de consultation, complète l’ensemble architectural. Ce même corps en saillie se retrouve également sur la résidence du Dr Ducharme à Waterloo.

Chantal Lefebvre
© Société d’histoire de la Haute-Yamaska

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Nouvelles brèves

Résidence Ernest Boivin 1924
© 65, rue Dufferin. Ernest Boivin, maire, construit cette résidence en 1924. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ L’inventaire patrimonial de Granby va bon train : des deux cents propriétés retenues,  75 % ont déjà fait l’objet d’une recherche historique. Pour sa part, Chantal Lefebvre, notre consultante en patrimoine, poursuit la photographie des propriétés choisies, qu’il s’agisse d’édifices publics, de commerces, d’industries ou de maisons, propriétés qu’elle évalue et hiérarchise grâce à une grille d’analyse des plus strictes. Le travail devrait être terminé au printemps.

© 105, rue Elgin. La maison de Marcel Leclerc construite en 1957 à partir des plans de l'architecte Paul-O. Trépanier. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

♦ France Vanlaethem, professeure à l’UQAM, travaille actuellement à la publication d’un livre sur le patrimoine moderne du Québec. Dernièrement, elle a pris contact avec la SHHY afin d’obtenir de l’information et des photos sur certaines des œuvres bâties de l’architecte bien connu Paul-O. Trépanier afin de les inclure dans son ouvrage.

dôme géodésique du Zoo de Granby

Le dôme géodésique du Zoo de Granby réalisé en 1963 par Paul-O. Trépanier. (Fonds Paul-O. Trépanier, SHHY)

Elle désirait également savoir si quelques-unes des réalisations architecturales de M. Trépanier avaient été reconnues d’intérêt patrimonial par la Ville de Granby.

On se souviendra que, voilà quelques années, ce dernier avait remis à notre service d’archives tous ses plans d’architecte ainsi que plusieurs dessins et photos de ses réalisations. Il s’agit d’un fonds d’archives d’une grande importance pour l’histoire de notre région et du Québec.

église Notre-Dame de Granby

© L'église Notre-Dame de Granby. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ Il est plutôt rare de pouvoir consulter des documents qui remontent au début de la colonisation canadienne-française de notre territoire. C’est pourtant ce que nous offrent les archives de la paroisse Notre-Dame de Granby, acquises dernièrement.Totalisant environ un mètre linéaire de documents, on y trouve, entre autres, des procès-verbaux, des registres d’associations paroissiales, des agendas de curé, des plans (église, presbytère), des photos. Les plus anciens documents remontent à 1842, l’année où les catholiques se dotaient d’une mission sous le vocable de Très-Saint-et-Immaculée-Cœur-de-Marie de Granby, dont le territoire englobait les cantons de Granby (Granby, Saint-Alphonse), de Shefford (Waterloo, Warden, Saint-Joachim et Bromont) et une partie de Roxton (Roxton Pond). Ces archives constituent une source d’information unique sur les premières familles canadiennes-françaises établies en région.

© L'usine Stanley. (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

♦ Comme vous le savez sans doute, le propriétaire de l’édifice Stanley de Roxton Pond se propose de démolir l’usine de pierre construite en 1907 s’il n’arrive pas à lui trouver une vocation. Si la SHHY comprend les raisons qui ont conduit le propriétaire à prendre cette décision, elle déplore qu’on en soit venu à considérer cette possibilité. Car la Stanley est un joyau de notre patrimoine régional, au même titre que la résidence Foster/couvent Maplewood de Waterloo. Mais tout n’est pas perdu puisque Jacques Renaud, un citoyen de Roxton Pond, a pris l’initiative de mettre sur pied un comité pour assurer la pérennité de l’édifice patrimonial. Trouver une ou diverses utilités à l’ancienne usine, la faire connaître du grand public et dénicher les ressources financières pour en assurer la mise en valeur sont les principaux objectifs poursuivis par ce comité. Déjà, plusieurs personnes ont manifesté de l’intérêt pour ce sauvetage. À tous ceux qui voudraient faire parvenir un mot d’encouragement au Comité d’aide à la sauvegarde de la Stanley ou qui, encore, aimeraient s’y joindre, vous pouvez adresser votre courriel à l’adresse suivante : cacsroxton@hotmail.ca.

♦ Je suis présentement à la recherche d’une personne qui connaît la plate-forme de notre site Web, WordPress, afin d’y installer une base de données de photos dotée d’un module de recherche qui ressemblerait à ceux-ci :

http://www.etrc.ca/fr/service-darchives/sources-en-ligne/photos.html

http://mauricie.cieq.ca/icono_rechercher.php

Pour me contacter : johanne.rochon@shhy.info

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La petite maison du cordonnier de Milton

Historiquement, Sainte-Cécile-de-Milton est une municipalité qui semble hésiter entre deux mondes, celui des townships, qui domine l’arrière-pays, et celui des seigneuries, tout proche, d’où vient la grande majorité des citoyens. Or, d’un point de vue patrimonial, ce sont les influences canadiennes-françaises qui orientent la configuration du cadre bâti, et ce, malgré une colonisation britannique précoce dont il reste encore quelques traces.

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Municipalité sans vocation industrielle bien affirmée au XIXe siècle, Sainte-Cécile-de-Milton s’est construite autour des activités agricoles et des quelques commerces et institutions nécessaires à leur fonctionnement. Le métier de cordonnier est parmi les premiers à s’implanter au village, comme en fait foi un acte de donation, daté de 1858, de la maison patrimoniale sise au 228, rue Principale, fait par le cordonnier Hyacinthe Leclaire et son épouse, Céleste Biron, en faveur de leur fils Jean-Baptiste, lui aussi cordonnier au village de Milton. En plus de la maison et de l’étable, le couple cède tout l’inventaire qui s’y trouve, c’est-à-dire une vache, un jeune cochon, deux poêles, « dont un plat et un de cuisine », deux lits garnis, une armoire à linge, une pendule, douze chaises, de la vaisselle, des chaudrons, sans oublier, bien sûr, tous les outils de cordonnerie. Mais cette donation n’est pas totalement désintéressée, car comme c’était la coutume de le faire, elle oblige le donataire à veiller à l’entretien complet de ses parents, qui devront manger à sa table et loger avec lui jusqu’à leur décès; il est aussi tenu de subvenir aux besoins de son frère et de ses deux sœurs, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de seize ans.

Déménagé aux États-Unis, comme bien d’autres, pour chercher du travail, Jean-Baptiste Leclaire, devenu charpentier, vend la propriété en 1886 à Marie Leclaire, « fille majeure » résidant dans la paroisse de Sainte-Cécile. Cette dernière la revendra au cordonnier Pierre Bouffard, lui aussi de Milton, en 1889. Il semble bien que Bouffard soit le dernier à avoir exploité une cordonnerie dans l’endroit, une activité qui s’y est tout de même maintenue pendant environ un demi-siècle. Quoi qu’il en soit, sept propriétaires se succéderont entre 1901 et 1965 sans qu’aucun contrat de vente ne fasse mention du métier de cordonnier. À partir de 1965, et pour plusieurs années, la propriété appartiendra à la famille Lemoine.

Mario Gendron, avec la participation de Marie-Christine Bonneau.

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située au cœur du village, en bordure de la rue Principale, la maison Leclaire constitue l’un des seuls exemples d’architecture vernaculaire, fortement répandue sur l’ensemble du territoire de la MRC de la Haute-Yamaska, à avoir été préservés avec autant d’authenticité. Cette modeste résidence, qui se caractérise par son volume rectangulaire s’élevant sur un étage et demi, son parement en clins de bois, l’ordonnance symétrique de ses ouvertures et sa toiture à deux versants recouverte de « tôle à baguettes », est complétée sur sa devanture d’une galerie couverte supportée par de fins poteaux tournés, ornés dans leur partie supérieure de boiseries décoratives.

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Nouvelles brèves

© (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

La Ville de Granby vient de mandater la Société d’histoire de la Haute-Yamaska pour la réalisation d’une vaste étude de son patrimoine architectural qui servira, entre autres, à l’élaboration d’une politique de gestion patrimoniale. Pour chacune des propriétés retenues dans l’inventaire, des recherches historiques seront effectuées et une fiche descriptive détaillée portant sur ses caractéristiques architecturales et son niveau de conservation sera produite. Beaucoup de travail devant être accompli sur le terrain, comme la prise de photos, nous informons à l’avance les propriétaires de belles maisons anciennes de ne pas se formaliser de nous voir observer leur propriété. Le rapport de synthèse, qui sera déposé en 2012, fera état de la situation du patrimoine à Granby et proposera des recommandations pour en assurer la préservation.

 

© Mario Gendron (Photo La Voix de l'Est)

© Ferme Rolland Beaudry, Granby. ( Coll. Gérard Beaudry. Photo Office provincial de la publicité du Québec, 1956)

La SHHY a collaboré à la réalisation de la première émission de la série Nourrir son monde, produite par la télévision communautaire de Waterloo (TVCW). Cette émission d’ouverture porte sur l’histoire agricole de notre région. On y présente une entrevue avec l’historien Mario Gendron, qui a fait de nombreuses recherches sur le sujet dans le cadre de l’Histoire du Piémont-des-Appalaches, et des documents d’archives tirés des voûtes de la Société d’histoire. Parmi d’autres thèmes, l’émission traite de colonisation, de développement de l’industrie laitière et de modernisation de l’agriculture.

 

© Les Frères du Sacré-Coeur. (Fonds Frères du Sacré-Coeur, SHHY)

Grâce à une subvention de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, nous pourrons procéder au classement du fonds d’archives des Frères du Sacré-Cœur, reçu en 2010. Une fois terminé, l’inventaire sera disponible en ligne.

 

© Luc Racine, président de la Société d'histoire, 2005-2010.

Nous tenons à souligner le départ de Luc Racine du conseil d’administration de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, dont il a été administrateur et président pendant plusieurs années. Grâce à ses nombreuses initiatives et à son dynamisme, Luc a fait mieux connaître la SHHY et a grandement aidé à son développement comme organisme tourné vers la diffusion des connaissances.

© Parade de mode au golf Granby-Saint-Paul, en mars 1961. (Fonds Jean-Paul Matton, SHHY)

Gilles Martineau et Benoît Ferland ont répondu à notre appel pour la numérisation (bénévole) des négatifs du Fonds Jean-Paul Matton. Au rythme où se fait le travail, les 6 000 négatifs seront numérisés d’ici peu, ce qui facilitera leur utilisation et garantira leur préservation. Un gros merci, Gilles et Benoît.

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Asa Belknap Foster, Waterloo et le couvent Maplewood

En 1864, la grande résidence qu'Asa Belknap Foster fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

L’âge d’or de Waterloo, dont le patrimoine abondant et varié fait encore entendre les échos, s’enclenche avec l’arrivée du Stanstead, Shefford & Chambly Railroad, en 1861, et le boum industriel, commercial et résidentiel que cette révolution des transports entraîne. En conséquence de ce développement accéléré, la population du village passe de 400 à 2 500 personnes entre l’arrivée du chemin de fer et 1875.

Asa Belknap Foster

À la fin des années 1870, on y trouve plusieurs églises de confessionnalités différentes, une cour de justice, un marché public, une succursale de l’Eastern Townships Bank, les bureaux de la British American Land, une importante loge maçonnique, sans compter les commerces, les grands hôtels et, surtout, les industries, animatrices de cette croissance. Comme principal centre économique et administratif de toute la région, Waterloo mobilise une classe bourgeoise, principalement d’origine anglo-britannique, constituée d’industriels, de commerçants, d’avocats et de médecins qui n’hésitent pas à construire des résidences à la mesure de leur importance sociale. Parmi ces notables, le constructeur de chemin de fer Asa Belknap Foster est, sans contredit, celui qui a le plus contribué au développement de Waterloo. En 1864, la grande résidence qu’il fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise.

Le village de Waterloo en 1864. (Map of the Counties of Shefford, Iberville, Brome, Missisquoi and Rouville, Canada East, H.F. Walling, 1864)

Avant l’arrivée du chemin de fer, la population de Waterloo était concentrée dans le nord du village, à plus de un kilomètre des nouvelles installations ferroviaires. Pour relier ces deux pôles, séparés par un vaste espace inoccupé appartenant à Foster, ce dernier aménage d’abord ce qui deviendra la rue Foster et lotit les terrains qui lui appartiennent. Près des installations ferroviaires, il construit un hôtel, le Foster House, plusieurs résidences en brique à l’ouest du Foster Square et un gros moulin à scie entre la voie ferrée et le lac de Waterloo, moulin qu’il cède gratuitement à la famille Shaw, à la condition qu’elle construise une tannerie. Afin d’attirer la population dans le sud du village, il offre gratuitement des terrains aux communautés religieuses qui désirent s’établir. Catholiques, méthodistes, anglicans et universalistes profiteront de son offre.

La résidence d’Asa Belknap Foster devient couvent en 1882. Photographie prise en 1928. (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Au milieu des années 1860, au moment où sa popularité atteint des sommets, Asa Belknap Foster emménage dans la plus grande et luxueuse résidence jamais construite à Waterloo. À son décès, survenu en 1877, la propriété revient à la veuve de Foster, qui la vend, en 1882, aux Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Ces dernières y ouvrent le couvent Maplewood, sous la direction de sœur Marie-de-l’Immaculée-Conception. La même congrégation prendra aussi la gouverne de l’école paroissiale du Sacré-Cœur. En 1982, après un siècle de travail assidu, les Sœurs quittent Waterloo et vendent leur couvent, laissant la résidence à l’insouciance de plusieurs propriétaires successifs.

Mario Gendron

Le réfectoire du couvent (1928). (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située sur une colline surplombant l’ensemble du village de Waterloo, dont le Square Foster et les nouvelles installations ferroviaires, avec vue imprenable sur la rivière Yamaska et le lac Waterloo, l’imposante résidence d’Asa Belknap Foster prend forme de 1864 à 1865 sous la direction du maître-constructeur et menuisier P. Lambkins, selon les plans réalisés par l’architecte montréalais Hopkins. Cette demeure, qui deviendra rapidement le point de référence incontesté pour les constructions résidentielles aussi bien que commerciales à venir sur l’ensemble du territoire waterlois, s’inspire des résidences cossues de style néo-italien, principalement destinées à une clientèle fortunée.

(Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Cette appartenance stylistique se manifeste notamment dans le volume en brique de forme rectangulaire s’élevant sur deux étages et demi, la toiture en pavillon tronqué recouverte de « tôle à baguettes », la répartition symétrique des ouvertures disposées seules ou en paires, ainsi que par la présence de deux baies en saillie à trois pans, placées l’une au-dessus de l’autre sur le côté gauche de la résidence. Une tourelle disposée en saillie au centre de la façade, coiffée d’une toiture en pavillon couronnée d’une terrasse faîtière et d’une crête métallique, ainsi qu’une vaste galerie couverte, supportée par une série de fins piliers ornés de boiseries et d’une balustrade ouvragée courant sur les deux étages de l’ensemble du bâtiment, complètent la composition architecturale.

Article de La Voix de L’Est


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La maison Lamoureux-Bullock de Roxton Pond

Dans le cadre de sa série Beautés d’époque, consacrée aux maisons anciennes de la région et à ceux qui les conservent et les mettent en valeur, La Voix de l’Est du mercredi 30 juin nous présentait la maison Bullock, de Roxton Pond. En complément d’information sur cette magnifique résidence patrimoniale, il nous fait plaisir d’offrir à nos lecteurs et lectrices le texte qui lui est consacré dans l’Étude du patrimoine rural de la Haute-Yamaska, publiée par la SHHY en 2007.

William Stephen Bullock devant sa résidence de Roxton Pond. Coll. Brome County Historical Society.

© William Stephen Bullock devant sa résidence de Roxton Pond, vers 1910. Coll. Brome County Historical Society.

Selon toute apparence, la maison que l’on désigne souvent d’après le nom de son plus célèbre habitant, William Stephen Bullock, n’aurait pas été construite par ce dernier, mais bien par l’enseignant François Gaius Lamoureux peu après l’achat d’un terrain, en 1893. Âgé de quarante-deux ans au recensement de 1901, ce dernier, de religion baptiste, habite avec sa mère. En 1908, William Bullock, alors gérant de la Stanley Tools , achète la propriété pour 1 500 $. L’homme est une figure marquante de l’histoire de Roxton Pond.

William Stephen Bullock est né à Roxton Pond le 3 août 1865 de l’union de William H. Bullock et de Hannah Chartier. Après des études à l’Institut Feller de la Grande Ligne, à Saint-Blaise, et à l’école normale de l’université McGill, il s’inscrit au Theological College de Newton, au Massachusetts. Il est ordonné ministre baptiste en février 1892. Deux ans auparavant, il avait épousé Ellen Évangéline Therrien, de Montréal. Le couple aura quatre enfants. D’abord pasteur à Boston, Ottawa et Maskinongé, William Stephen Bullock revient prêcher dans son village natal en 1897, une fonction qui l’accapare jusqu’en 1907.

En 1904, William Stephen Bullock commence la construction d’une usine en bois de deux étages et enclenche la fabrication d’outils de menuiserie sur une grande échelle, puis, quelques années plus tard, en manque de capitaux pour étendre les opérations de son usine, il décide de former la compagnie Roxton Tool & Mill. Finalement, il vendra l’entreprise, en 1907, à la compagnie Stanley Rule & Level du Connecticut et en occupera la gérance.

En 1912, Bullock se fait élire député libéral de Shefford à l’Assemblée nationale. Il est réélu en 1916, 1919, 1923 et 1927, dont deux fois par acclamation. En raison de sa longue feuille de route politique, on le nomme membre du Conseil législatif en août 1931, poste qu’il conserve jusqu’à son décès, survenu en novembre 1936. Au cours de sa longue carrière, William Stephen Bullock a aussi été membre durant plus de vingt-cinq ans du Conseil protestant de l’éducation de la province de Québec. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a réussi à fonder l’école protestante consolidée du village, en 1926.

La foule, nombreuse, et la liste des personnalités qui assistent à l’enterrement de William Stephen Bullock sont à la mesure de l’homme et de sa carrière. Parmi les invités les plus connus, on trouve tous les députés actifs et retraités du comté de Shefford, tant au fédéral qu’au provincial ; plusieurs membres du Conseil législatif de la province de Québec, Camillien Houde, le futur maire de Montréal ; J. H. Leclerc, le maire de Granby, sans compter un grand nombre d’industriels et de commerçants de toute la région.

En 1950, la propriété de la famille Bullock est vendue à Freddy Cloutier pour 9 000 $. Ce dernier devient ainsi propriétaire de l’une des résidences dont la valeur architecturale autant que l’importance historique en font un des hauts lieux du patrimoine roxtonnais.

Johanne Rochon

Description architecturale

Située en retrait de la voie de circulation, au sommet d’une faible dénivellation, la maison Lamoureux-Bullock constitue l’un des exemples les plus pertinents pour illustrer l’éclectisme victorien, qui se caractérise par l’amalgame de diverses influences stylistiques dans une même construction. Certains éléments architecturaux, qui présentent des caractéristiques similaires à certaines constructions résidentielles bâties vers les même années dans la municipalité de Roxton Pond, laissent présager que cette résidence s’apparentait à l’origine au modèle Four Square, caractérisé par son volume cubique s’élevant sur deux étages, coiffé d’une toiture en pavillon tronqué. À l’image de la maison Chicoine, située au 943, rue Principale et construite vers les années 1885, une vaste galerie couverte, ceinturant la façade et le côté droit, et surmontée sur la devanture d’un balcon recouvert, devait originellement compléter l’ensemble.

© Aujourd'hui, la maison est la propriété d'Edmond Bastien et André Millette. Photo: Chantal Lefebvre, 2006.

Lors de l’acquisition de la propriété par William Stephen Bullock en 1908, ce dernier aurait fort probablement décidé de procéder à des travaux de restauration afin d’agrandir la demeure et de la mettre au goût du jour. Cette recherche de confort, associée à une certaine volonté de se distinguer des constructions avoisinantes, se traduit dans l’esprit de l’éclectisme victorien par l’emprunt et la superposition, sur une structure déjà existante, d’éléments appartenant à un ou plusieurs styles différents. Ces modifications se traduiront entre autres par une complexification des volumes, visible notamment dans l’ajout, sur le côté droit de la résidence, d’une aile s’élevant sur deux étages et demi, coiffée d’une toiture à deux versants en « tôle à baguettes ». L’attention portée au décor des planches cornières accentuant les angles de la résidence, l’insertion d’une large lucarne-pignon, disposée au centre de la façade, ainsi que l’ajout d’une série de colonnes reposant sur de larges piliers, sont tous des éléments qui dénotent l’influence du style néoclassique.

La fenêtre palladienne ornant le centre de la lucarne-pignon, composée d’une fenêtre centrale en hémicycle encadrée de deux fenêtres rectangulaires, a pour sa part été ajoutée par les propriétaires actuels, au cours des dernières années.

Chantal Lefebvre

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