Au temps du chemin de fer

À une époque où l’automobile ne régnait pas encore en maître, le chemin de fer était au cœur de la vie économique, sociale et culturelle de la région. Ainsi, depuis l’établissement du réseau ferroviaire, en 1859, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le train et le tramway seront les modes de transport les plus utilisés pour le déplacement des gens et des marchandises. Dans la Haute-Yamaska, quelques compagnies ferroviaires vont se disputer le privilège d’accomplir cette fonction essentielle: Stanstead, Shefford & Chambly Railroad(1859), South Eastern Railway(1879), Canadien Pacifique(1888), Montreal & Southern Counties Railway(1916). Cette exposition photographique virtuelle se veut un bref retour en images et en quelques mots Au temps du chemin de fer. MG


Au temps du chemin de fer

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Warden, un patrimoine à découvrir

Warden est un petit village de facture anglo-saxonne où toute une époque est encore inscrite dans le patrimoine. Structuré depuis le milieu du XIXe siècle autour du pouvoir d’eau et de quelques services de première ligne, l’agglomération a gardé certains des traits immobiliers typiques de cette époque révolue. La présence des églises méthodiste (1861) et anglicane (1892) et quelques belles maisons donnent à l’endroit un cachet qui en fait un arrêt incontournable sur la route du patrimoine régional.

Église Warden United

United Church de Warden

L'église méthodiste (United). (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

L’église méthodiste de Warden a été construite en 1861-1862 sur un terrain vendu 100 $ par Mark Whitcomb aux représentants de la communauté. L’édifice, qui n’est pas sans rappeler les meeting house de la Nouvelle-Angleterre, est entièrement en brique, assis sur une fondation surélevée en pierres des champs.

En 1930, soit cinq années après l’adhésion des méthodistes à l’Église Unie du Canada, les dirigeants locaux décidaient de procéder à d’importantes rénovations à l’intérieur de l’église, entre autres en remplaçant les quatre poêles par un système de chauffage central et les lampes à l’huile par l’éclairage électrique.

En 1968, plus de cent ans après son inauguration, la communauté prenait la décision de fermer la petite église de Warden. Six ans plus tard, le temple était transformé en résidence. Or, contre toute attente, il retrouvait sa vocation religieuse en 1981 en devenant la propriété d’une communauté évangéliste francophone.

Édifice Draper-Richardson 

Magasin général Richardson

Magasin général et bureau de poste. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

Tout permet de croire que cet édifice patrimonial en pierre et en brique est l’un des plus anciens de Warden et de toute la Haute-Yamaska. Les sources nous permettent d’en retracer l’existence jusqu’en mai 1856, quand le « brick and stone store », qui appartient alors à Lyman Draper, est clairement mentionné dans un contrat notarié. Il est donc fort probable que la construction de l’édifice date de la première moitié des années 1850.

En 1861, les listes du recensement canadien nous apprennent que le magasin général a changé de main et appartient désormais à un certain E. W. Moffat. Sept ans plus tard, un autre acte notarié nous informe que le commerce opère sous la raison sociale de Richardson & Tittemore. Lewis E. Richardson, dont il est fait mention ici, restera associé au commerce jusqu’à sa mort, en 1906. Comme son père, qui avait été le deuxième maître de poste de Warden, entre 1854 et 1862, Lewis E. Richardson occupera cette fonction durant trente-deux années, de 1874 à 1906.

Église anglicane St.John the Divine

L’église anglicane de Warden Québec.

L’église anglicane. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

Construite en 1891-1892 sur un terrain ayant appartenu à Jean-Baptiste Morin, d’après les plans du révérend R. F. Taylor, l’église anglicane St. John the Divine fut inaugurée le 19 mai 1892. L’intérieur de l’église, dont le plancher est fait de bois franc, peut accueillir alors quelque deux cents fidèles. Le mobilier sacré, l’autel et la chaire, entre autres, sont l’œuvre d’un artisan local, James McLaughlin. En 1927, un généreux donateur paiera les coûts d’installation du système électrique.

Au fil des ans, la population anglicane de Warden décline et l’église St. John the Divine accueille de moins en moins de fidèles, jusqu’à devoir fermer ses portes le 22 octobre 1992. L’archevêque anglican de Montréal vendra la propriété l’année suivante.

Maison Marston

La maison construite par George Marston, en 1878. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

L’histoire de la maison Marston débute en quelque sorte en 1872, lorsque le charpentier J. W. Wallace vend à George Marston, lui aussi charpentier, un lot d’un quart d’acre avec une boutique de forge et autres bâtiments. Selon le témoignage de Mary Irene McLaughlin-Sicard, c’est ce même George Marston, son grand-père maternel, qui aurait construit la maison actuelle, en 1878. Deux décennies plus tard, avec l’achat des lots de village 623 et 624, Marston ajoute à son patrimoine un moulin à scie, incluant tous les outils et toute la machinerie, et un barrage, avec droit d’inonder les lots qu’il vient d’acquérir.

George Marston décède en 1924. En 1930, Mary Louisa Bowker, son épouse, cède la maison à sa fille, Carrie E. Marston. Cette dernière, épouse de James McLaughlin, décède en 1939, et c’est John T. Flanagan qui achète la propriété des héritiers, en 1945. Il la revendra à Vernal Lewis dès 1947.

En 1971, on assiste en quelque sorte à un retour aux sources lorsque Mary Irene McLaughlin-Sicard, la fille de James McLaughlin et de Carrie Marston, rachète la propriété qui avait été construite par son grand-père près d’un siècle plus tôt. Paul Sicard, le fils de Mary Irene McLaughlin-Sicard, en hérite en 1995, assurant ainsi la tradition.

Maison McLaughlin

La maison de William McLaughlin, Warden

La maison de William McLaughlin, propriétaire de la fabrique de voitures Wm McLaughlin and Son. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY, 2007)

En 1864, le forgeron William McLaughlin acquiert un lot d’une demi-acre de Hiram S. Foster et de Mark Whitcomb pour la somme de 63 $, « with the buildings thereon erected by the said purchaser and at his own expenses. ». Cette dernière phrase laisse supposer qu’au moment de la signature du contrat, McLaughlin avait déjà construit sa résidence sur le lot. Il est même probable qu’il s’agisse de la maison de brique d’un étage et demi dont fait mention le recensement de 1861. Cette résidence ne présente toutefois aucun lien avec la maison actuelle, certaines caractéristiques architecturales laissant présager que la construction remonterait aux années 1875.

Quoi qu’il en soit, en 1891, William McLaughlin, âgé de soixante-deux ans, demeure bien dans une maison en brique de deux étages construite au sud du chemin qui mène à Sherbrooke et en face de l’emplacement où est établie son entreprise de fabrication de voitures la Wm McLaughlin and Son. Dix ans plus tard, on le retrouve au même endroit, mais James McLaughlin et Carrie Marston, son fils et l’épouse de ce dernier, vivent avec lui. Détail intéressant, c’est James McLaughlin qui aurait construit le Warden Water Works, le réservoir d’eau municipal, sur sa propriété. Finalement, c’est à sa fille Melissa et au mari de cette dernière, Albert Whitcomb, que William McLaughlin vendra sa maison de Warden, en 1907. La même transaction inclut aussi une terre de cent-quarante acres située à l’extérieur du village. Après l’avoir occupée pendant vingt-cinq ans, Melissa McLaughlin-Whitcomb vendra la propriété à Arthur Sheppard, un employé du chemin de fer.

Richard Racine, avec la collaboration de Mario Gendron.
Source: Étude du patrimoine rural de la MRC de la Haute-Yamaska, Mario Gendron, Chantal Lefebvre, Johanne Rochon, Richard Racine, Marie-Christine Bonneau, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, Granby, 2007, 346 p.

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Asa Belknap Foster, Waterloo et le couvent Maplewood

En 1864, la grande résidence qu'Asa Belknap Foster fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

L’âge d’or de Waterloo, dont le patrimoine abondant et varié fait encore entendre les échos, s’enclenche avec l’arrivée du Stanstead, Shefford & Chambly Railroad, en 1861, et le boum industriel, commercial et résidentiel que cette révolution des transports entraîne. En conséquence de ce développement accéléré, la population du village passe de 400 à 2 500 personnes entre l’arrivée du chemin de fer et 1875.

Asa Belknap Foster

À la fin des années 1870, on y trouve plusieurs églises de confessionnalités différentes, une cour de justice, un marché public, une succursale de l’Eastern Townships Bank, les bureaux de la British American Land, une importante loge maçonnique, sans compter les commerces, les grands hôtels et, surtout, les industries, animatrices de cette croissance. Comme principal centre économique et administratif de toute la région, Waterloo mobilise une classe bourgeoise, principalement d’origine anglo-britannique, constituée d’industriels, de commerçants, d’avocats et de médecins qui n’hésitent pas à construire des résidences à la mesure de leur importance sociale. Parmi ces notables, le constructeur de chemin de fer Asa Belknap Foster est, sans contredit, celui qui a le plus contribué au développement de Waterloo. En 1864, la grande résidence qu’il fait construire sur les hauteurs du village exprime bien l’importance du personnage dans la vie waterloise.

Le village de Waterloo en 1864. (Map of the Counties of Shefford, Iberville, Brome, Missisquoi and Rouville, Canada East, H.F. Walling, 1864)

Avant l’arrivée du chemin de fer, la population de Waterloo était concentrée dans le nord du village, à plus de un kilomètre des nouvelles installations ferroviaires. Pour relier ces deux pôles, séparés par un vaste espace inoccupé appartenant à Foster, ce dernier aménage d’abord ce qui deviendra la rue Foster et lotit les terrains qui lui appartiennent. Près des installations ferroviaires, il construit un hôtel, le Foster House, plusieurs résidences en brique à l’ouest du Foster Square et un gros moulin à scie entre la voie ferrée et le lac de Waterloo, moulin qu’il cède gratuitement à la famille Shaw, à la condition qu’elle construise une tannerie. Afin d’attirer la population dans le sud du village, il offre gratuitement des terrains aux communautés religieuses qui désirent s’établir. Catholiques, méthodistes, anglicans et universalistes profiteront de son offre.

La résidence d’Asa Belknap Foster devient couvent en 1882. Photographie prise en 1928. (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Au milieu des années 1860, au moment où sa popularité atteint des sommets, Asa Belknap Foster emménage dans la plus grande et luxueuse résidence jamais construite à Waterloo. À son décès, survenu en 1877, la propriété revient à la veuve de Foster, qui la vend, en 1882, aux Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Ces dernières y ouvrent le couvent Maplewood, sous la direction de sœur Marie-de-l’Immaculée-Conception. La même congrégation prendra aussi la gouverne de l’école paroissiale du Sacré-Cœur. En 1982, après un siècle de travail assidu, les Sœurs quittent Waterloo et vendent leur couvent, laissant la résidence à l’insouciance de plusieurs propriétaires successifs.

Mario Gendron

Le réfectoire du couvent (1928). (Fonds Ronald Parisien, SHHY)

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située sur une colline surplombant l’ensemble du village de Waterloo, dont le Square Foster et les nouvelles installations ferroviaires, avec vue imprenable sur la rivière Yamaska et le lac Waterloo, l’imposante résidence d’Asa Belknap Foster prend forme de 1864 à 1865 sous la direction du maître-constructeur et menuisier P. Lambkins, selon les plans réalisés par l’architecte montréalais Hopkins. Cette demeure, qui deviendra rapidement le point de référence incontesté pour les constructions résidentielles aussi bien que commerciales à venir sur l’ensemble du territoire waterlois, s’inspire des résidences cossues de style néo-italien, principalement destinées à une clientèle fortunée.

(Collection Société d'histoire de la Haute-Yamaska)

Cette appartenance stylistique se manifeste notamment dans le volume en brique de forme rectangulaire s’élevant sur deux étages et demi, la toiture en pavillon tronqué recouverte de « tôle à baguettes », la répartition symétrique des ouvertures disposées seules ou en paires, ainsi que par la présence de deux baies en saillie à trois pans, placées l’une au-dessus de l’autre sur le côté gauche de la résidence. Une tourelle disposée en saillie au centre de la façade, coiffée d’une toiture en pavillon couronnée d’une terrasse faîtière et d’une crête métallique, ainsi qu’une vaste galerie couverte, supportée par une série de fins piliers ornés de boiseries et d’une balustrade ouvragée courant sur les deux étages de l’ensemble du bâtiment, complètent la composition architecturale.

Article de La Voix de L’Est


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Mourir en 1870

On ne mourait pas en 1870 comme on meurt aujourd’hui. Car si de nos jours ce sont le cancer, les maladies du cœur ou le diabète qui sont les principales causes de mortalité, voilà 140 ans, ce sont plutôt la scarlatine, la consomption (tuberculose pulmonaire) ou la rougeole qui emportent les gens, et ce, bien plus tôt dans la vie. Ainsi, en 1870, environ 200 enfants sur 1 000 qui naissent dans la Haute-Yamaska décèdent avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Les cimetières régionaux témoignent éloquemment de cette hécatombe des tout-petits qui se prolonge jusque dans les années 1920. À titre de comparaison, le taux de mortalité infantile était de 4,2  pour 1 000 au Québec en 2008, soit respectivement 50 et 40 fois moindre qu’en région en 1870 et en 1920.

© Soins apportés à un membre de la famille Savage, vers 1900. (Fonds Ellis Savage, SHHY)

En 1870, la mortalité s’alimente, entre autres causes, des conditions d’hygiène déficientes qui favorisent la prolifération des maladies infectieuses. Promiscuité avec les animaux, lait non pasteurisé, absence d’égouts et d’installations sanitaires adéquates constituent autant de vecteurs  pour les microbes et les bactéries. Les médecins, privés de vaccins et d’une pharmacopée efficace, sont dans la plupart des cas impuissants à soulager et à guérir les malades. Quant aux bureaux d’hygiène des différentes municipalités, ils limitent leur action à placarder les maisons où habitent des personnes atteintes de maladies contagieuses, sans égard aux stigmates sociaux qu’implique une telle pratique.

Selon les données du recensement de 1871, le territoire de la Haute-Yamaska rassemble un peu plus de 12 000 personnes, dont les trois quarts environ habitent la campagne et vivent de l’agriculture. Les principales agglomérations sont Waterloo et Granby, avec respectivement 1 240 et 876 habitants; les hameaux de Roxton Pond, de Warden et de Sainte-Cécile rassemblent aussi quelques centaines de résidants.

Publicité de F. Gatien, médecin, pharmacien et chimiste, parue dans le "Messager canadien", le 14 janvier 1876.

Le tableau du dénombrement des morts, inclus dans le recensement de 1871, montre que sur 194 décès enregistrés l’année précédente dans la Haute-Yamaska, deux seulement sont dus à une maladie du cœur et au cancer, alors que plus d’une centaine ont été causés par la scarlatine, les maladies pulmonaires diverses, la typhoïde ou la rougeole. Autre constat : la mort s’acharne sur les plus jeunes, avec 115 décès qui surviennent chez les moins de cinq ans. Même quand on exclut du calcul les 66 enfants d’un an et moins, l’âge moyen de la mort s’établit à environ vingt-cinq ans dans la Haute-Yamaska en 1870. Le petit nombre (28) des décès qui survient après cinquante ans reflète cette réalité.

Au cours de l’hiver 1870, particulièrement lors des mois de janvier et de février, la scarlatine fait des ravages en région, emportant 47 malades, dont deux seulement sont âgés de plus de dix ans. La maladie concentre ses effets au village de Granby et dans les environs immédiats, où on enregistre neuf décès sur dix. Certaines familles sont particulièrement affectées par la bactérie mortelle. Ainsi, dans le village de Granby, la famille Amyrault perd deux enfants, Joséphine et Wilfrid, âgés respectivement de sept et quatre ans, les Boissonneau voient mourir leurs deux fils de deux ans et demi et neuf mois et les Vaudry pleurent trois des leurs, Mélina (cinq ans), Henri (deux ans) et Jean-Baptiste (onze mois).  Dans le canton de Shefford, la scarlatine s’acharne sur les familles Blanchard et Savage, la première perdant deux garçons de six et quatre ans, la seconde un garçon de sept ans et deux filles de cinq et trois ans.

Les maladies pulmonaires constituent la seconde cause de décès en 1870, avec 32 morts. On meurt de consomption, de fièvre, d’inflammation, de congestion pulmonaire, mais aussi de bronchite et de pleurésie. Contrairement à la scarlatine et à la rougeole, ces pathologies emportent surtout les adultes.  Typhoïde, fièvres diverses, dysenterie et quelques accidents complètent le triste bilan mortuaire de l’année 1870.

Dans la préface de son roman Trente arpents, paru en 1938, Ringuet (Philippe Panneton) se moquait gentiment de ceux qui avaient la nostalgie du « bon vieux temps », en indiquant que si ces derniers avaient l’opportunité de retourner dans le passé, mais en acceptant d’en vivre les contraintes et les risques, ils n’auraient plus qu’un souhait : retourner dans le confort et la sécurité du XXe siècle. Le nombre, les causes et l’âge des décès dans la Haute-Yamaska en 1870 plaident en faveur de l’opinion du romancier.

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Crise économique et délinquance à Waterloo

La crise économique qui sévit au cours des années 1874-1878 est l’une des plus sévères que la région ait connue. Au moment de son déclenchement, Waterloo porte fièrement le titre de capitale régionale, forte de ses 2 500 habitants, des nombreuses institutions qui relèvent de son rôle de chef-lieu du comté de Shefford et d’une structure industrielle diversifiée, avec la fonderie Allen & Taylor, la tannerie Shaw et la Waterloo Boots & Shoes comme principaux employeurs. Waterloo est alors l’agglomération la plus dynamique et grouillante des Cantons-de-l’Est après Sherbrooke. Il n’est donc pas étonnant que ce soit dans la capitale régionale que les problèmes sociaux qui accompagnent le marasme économique se manifestent avec le plus d’acuité.

© L'édifice Kelpin et l'hôtel Canada construits respectivement en 1876 et 1874. Carte postale publiée par C.H. Welch, Waterloo. Coll. SHHY

À Waterloo, la crise économique de 1874 affecte particulièrement le secteur de l’emploi. Témoin privilégié de cette période difficile, le Waterloo Advertiser indique qu’au printemps de 1876 on trouve « 17 scieurs de bois par corde » qui offrent leur service. L’automne et l’hiver de la même année, la population flottante, qui semble avoir fait de Waterloo son refuge, n’a jamais été aussi nombreuse. Le plus gros contingent des démunis demeure les employés du chemin de fer qui, dès l’arrivée du temps froid, débarquent à Waterloo en attente de la reprise des travaux. Incapables de se procurer un logement convenable, certains nécessiteux ont même fait du pont de la rue Lewis leur dernier refuge. La municipalité, à qui il incombe de soutenir les indigents, doit constamment réajuster à la hausse la contribution financière au Comité des pauvres. Certains marchands du village, comme W. Gilmour, Robinson & Co. et C. Déragon, collaborent avec les autorités en fournissant, contre remboursement, nourriture, vêtements et denrées diverses aux plus démunis.

© L'hôtel de ville de Waterloo construit, en 1871. Fonds R. Monnier, SHHY.

Errance et pauvreté constituent un terreau fertile pour la délinquance. Ainsi, principalement la nuit, le village devient le théâtre de bagarres et de méfaits d’hommes qui n’ont plus rien à perdre. C’est à l’aube qu’on constate les dégâts : trottoirs de bois détruits, clôtures arrachées, roues enlevées des voitures, chevaux détachés des écuries, entre autres délits.  Les femmes se font insulter et ne peuvent plus sortir le soir sans escorte; on vole et on agresse les vieillards; les bagarres sanglantes sont monnaie courante et, lorsqu’ils ne s’en prennent pas aux individus, les malfaiteurs s’attaquent à la propriété privée. Inquiets, les marchands exercent une surveillance nocturne de leur commerce et certains n’hésitent pas à décharger leur arme en direction des voleurs. C. S. Hall, du Foster House, prend même le soin d’avertir les contrevenants que l’un deux pourrait être sérieusement blessé.

© Le magasin Robinson, coin Foster et Allen. Coll. SHHY.

On poursuit les délinquants et on augmente les peines d’emprisonnement, mais rien n’y fait. Pendant l’été de 1875, le désordre atteint un paroxysme avec l’arrivée à Waterloo d’une douzaine d’indésirables qui sèment la terreur durant environ une semaine. La nuit, ces derniers dorment sous le hangar du magasin Robinson, Stevens & Willard.  Le jour, ils pratiquent la mendicité d’une manière fort particulière, se rendant en bande à la porte des demeures et faisant comprendre aux occupants qu’il est dans leur intérêt de contribuer à leur « œuvre charitable ». Le constable de Waterloo étant incapable de stopper ces exactions, on doit se résoudre à faire intervenir un groupe armé de citoyens pour chasser les intrus à l’extérieur des limites du village.

À peine la crise économique terminée et la paix sociale revenue, le village de Waterloo doit affronter un défi de plus grande envergure encore : maintenir son statut de capitale régionale contre les assauts de Granby, dont l’expansion industrielle devient de plus en plus menaçante. Cette fois, il faudra plus qu’un groupe armé de citoyens pour espérer gagner la bataille.

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