L’église Notre-Dame, histoire et trésors

par Johanne Rochon dans Architecture, Culture, Patrimoine, Religion | 10 commentaires

Texte de la conférence donnée par Johanne Rochon, directrice générale de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à l’église Notre-Dame, à Granby, le 28 septembre 2014, dans le cadre des Journées de la culture.

Une histoire de construction

L'église Notre-Dame de Granby

L’église Notre-Dame de Granby (Photo Chantal Lefebvre, Société d’histoire de la Haute-Yamaska)

L’église Notre-Dame est l’un des édifices les plus imposants de Granby, de même que le plus ancien lieu de culte de confession catholique sur le territoire de la ville. Pour ces raisons, et pour bien d’autres, l’histoire de ses commencements mérite d’être brièvement racontée.

Comme l’affirme un dicton populaire, « Rome ne s’est pas bâtie en un jour ». On peut certainement en dire autant de l’église Notre-Dame, dont la construction s’étire de 1898 à 1906. Ce délai, exceptionnel, s’explique par manque d’argent, par la pauvreté des habitants de la paroisse. On imagine mal aujourd’hui ce qu’il a fallu de sacrifices et de privations de la part des paroissiens pour construire ce joyau de notre patrimoine.

La nécessité de construire une nouvelle église dans la seule paroisse catholique de Granby, résulte de l’augmentation de la population canadienne-française au cours des années 1890, qui passe d’un peu plus de 1 200 à près de 3 000 personnes. La chapelle de 1873 ne suffit plus à contenir tous ces fidèles.  En 1898, à la suite d’une tentative ratée en 1892, les administrateurs de la paroisse demandent donc à l’évêque la permission de construire une église et une sacristie. Mais la question soulève l’opposition de plusieurs paroissiens. Dans une « Requête contre la construction d’une nouvelle église », les opposants font remarquer que si la population catholique a beaucoup augmenté depuis les dernières années, « les nouveaux venus ne sont pour la plupart que des journaliers travaillant dans les manufactures, locataires d’immeubles appartenant à des Protestants », et qu’ils n’ont pas les moyens de financer une telle entreprise.

Le haut de la ville de Granby, vers 1900 (Fonds Ellis Savage, SHHY)

Le haut de la ville de Granby, vers 1900 (Fonds Ellis Savage, SHHY)

Pour alléger le fardeau des fidèles, on choisit alors de payer la construction de l’église grâce aux revenus ordinaires de la paroisse et aux cotisations volontaires. Fondée dans ce but par le curé de Notre-Dame, Marcel Gill, l’Oeuvre du sou de Saint-Antoine regroupe 200 bénévoles dont la mission est de recueillir un sou par semaine de chaque communiant de la paroisse.

La construction de l’église Notre-Dame est confiée à l’architecte Casimir Saint-Jean, de Montréal, reconnu dans le milieu ecclésiastique pour avoir conçu de nombreuses églises et édifices institutionnels. Comme on manque d’argent, on aménage d’abord le sous-sol où on chante la première grand’messe en janvier 1900. Cette solution, qu’on veut temporaire, perdure plusieurs années ; de fait, les travaux ne reprennent qu’au printemps 1904. En décembre de la même année, le clocher est terminé et l’aménagement de l’intérieur peut commencer.

(Fonds Ellis Savage, SHHY)

Photographie prise au cours des premières années de construction de l’église Notre-Dame, entre 1898 et 1900. (Fonds Ellis Savage, SHHY)

L’église Notre-Dame est finalement bénie le 24 mai 1906. Immense, elle peut contenir 2000 personnes. Son architecture s’inscrit dans l’esprit éclectique, en vogue à l’orée du XXe siècle, qui se caractérise ici par l’amalgame des styles néo-roman, néo-Renaissance et néo-baroque.

Détail intéressant, la pierre de taille employée pour la maçonnerie des murs extérieurs de l’église provient des carrières de Deschambault.

Ce qu’il faut surtout retenir de l’histoire des débuts de l’église Notre-Dame, c’est que sans l’abnégation des paroissiens, sa construction aurait été impossible. À ce titre, c’est à eux que nous devons d’être réunis aujourd’hui au sein de ce joyau du patrimoine granbyen.

Les trésors de l’église Notre-Dame

Au cours de travaux qui se déroulent de juin 1934 jusqu’à l’automne 1935, l’intérieur de l’église Notre-Dame est complètement transformé. Les rénovations, planifiées par l’architecte René Richer, ont pour objectif principal d’anoblir le décor du temple, de rehausser son éclat et sa splendeur.

C’est à l’occasion de ces grands travaux, dont les coûts dépassent ceux de la construction de l’église, que sont installés les trésors patrimoniaux dont Granby peut aujourd’hui se glorifier : vitraux, toiles murales et mobilier sculpté.

La confection de l’ensemble des peintures murales, des motifs aux pochoirs et des vitraux est confiée à Guido Nincheri, peintre décorateur et maître verrier d’origine italienne. Aujourd’hui encore, plus de 2 000 fresques et vitraux de ce dernier ornent une centaine d’églises au Québec, dans le reste du Canada et en Nouvelle-Angleterre. De son vivant, la notoriété et le talent de Nincheri sont tels que le pape Pie XI, en 1933, reconnaît en lui « le plus grand artiste religieux de l’Église »

Commençons par les fresques murales.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

La confection de l’ensemble des peintures murales, des motifs au pochoir et des vitraux de l’église Notre-Dame est confiée à Guido Nincheri. (Photo Chantal Lefebvre, 2009, SHHY)

Respectant les thématiques mises de l’avant par l’architecte, Nincheri produit sept grands tableaux peints sur toile et marouflé directement sur les murs de l’église ; ces tableaux portent sur le thème de la Vierge Marie.

Élément central de la décoration du chœur, l’imposante toile du sanctuaire illustre le Couronnement de la Vierge par Jésus. Quant à la voûte hémisphérique, elle est composée de neuf travées à l’intérieur desquelles sont représentés sept anges en adoration.

Eglise-N-D-Choeur-SHHY

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Comme chacun de vous est à même de le constater, les 31 vitraux de l’église constituent la pièce maîtresse des rénovations de 1934-1935. Dessinés et fabriqués par Nincheri dans son atelier montréalais, ils sont faits de verre européen antique de première qualité. Ces verrières sont élaborées dans une dominante de bleu, couleur traditionnellement attitrée à Marie, et ce, de manière à faire briller davantage la lumière diffusée à l’intérieur de l’enceinte et de créer un effet de contraste avec la teinte dorée des murs.

La nef de l’église contient 17 vitraux, incluant la grande rosace de forme semi-circulaire qui perce la façade principale de l’église au niveau du jubé. Cette rosace se veut une allusion à la musique chrétienne de sainte Cécile, patronne des musiciens. Quant à l’orgue, installé au jubé en 1917 par la maison Casavant & Frères, il est construit en deux parties, évitant ainsi d’obstruer la rosace. Cet instrument, qui fait partie des trésors de l’église, est aussi l’objet d’un grand nombre d’améliorations et d’ajouts, qui ont pour but d’optimiser ses performances.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Point culminant du décor intérieur de la nef, les transepts comportent chacun quatre vitraux. En plus des thèmes religieux, il est intéressant de noter qu’une touche locale a été donnée à la portion inférieure de certains d’entre eux. Au nombre des sujets honorés, dans le premier vitrail du transept gauche (à partir de l’entrée principale), on voit Marcel Gill, curé de la paroisse de 1897 à 1916 et constructeur de l’église, dont la dépouille mortelle repose dans l’église même, dans une crypte située sous le chœur. Sur le premier vitrail du transept droit, c’est Eugène Pelletier, curé de la paroisse au moment des travaux de restauration, en 1934, que l’artiste a immortalisé. Un médaillon dédicacé à la mémoire du docteur Ernest Huot est également visible au bas des vitraux du centre.

Les rénovations de 1934-1935 permettent aussi de renouveler le mobilier liturgique, une tâche confiée aux sculpteurs ornemanistes de l’Atelier Joseph Villeneuve, de Saint-Romuald. Ces œuvres sculptées se concentrent au niveau du chœur de l’église. De ce qu’il en reste, derrière moi, on remarque les magnifiques stalles en hémicycles surmontées d’un dais et, de chaque côté du chœur, de petits autels également couronnés d’un dais. Ces pièces, sculptées en noyer noir, sont dorées à l’or bruni.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Les stalles en hémicycles surmontées d’un dais (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Tout comme l’église qui les abrite, les trésors artistiques de Notre-Dame appartiennent à la communauté granbyenne et c’est donc à elle qu’il revient d’en assurer la pérennité.

 

Source :
  • Gendron, Mario, Johanne Rochon et Richard Racine, Histoire de Granby, Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2001, p. 148-150, 192-193.
  • Gendron, Mario, Johanne Rochon et Richard Racine, Granby, patrimoine et histoire, Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2009, p. 86-89.
  • Évaluation patrimoniale, Église Notre-Dame de Granby, Québec, Patri-arch, 2013, 170 p.
  • http://www.atelier-d-histoire-hochelaga-maisonneuve.org/hm/serie_C/10.html

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  1. Roger Marcotte

    Merci pour ces informations. C’était vraiment très intéressant. Serais-t-il possible d’avoir aussi des informations sur le cimetère qui bordait l’église avant son déménagement? Ce sujet me passionne également. Merci encore une fois.

  2. Denise Forand

    Ceci est réellement une histoire des citoyens Canadien Français et de leur grande Foi de l’évangile Chrétienne.
    La plupart de mes ancêtres parternel, les Forand/t, les Ménard, les Jasmin, les Croteau et j’en passe, sont de Granby et les alentours.

    « Histoire Grandiose et Trésors de Granby » va sûrement être ajouté à ma généalogie.
    Dommage de l’avoir manqué. Des conférences du genre Patrimoniale sont toujours apprécier. Surtout depuis l’engouement de la généalogie. Est-ce que les membres de la Société d’histoire de la Haute Yamaska ont été avisé par votre courriel.
    Et en même temps ce pourrait être une levée de fond pour la SHHY.

    Chaleureusement, Denise Forand

  3. Luc R. Bouchard D.C. FICC

    Ave Madame Johanne,

    – Merci pour les informations sur la construction, les rénovations de
    l’église Notre Dame.
    Incroyable ce monument historique, construit à raison de contributions
    de 0.01 cent par semaine, contributions de chaque communiants.
    Le docteur Ernest Huot médecin, a certainement contribué beaucoup.
    Au fait, avez-vous des écrits sur le Docteur, dont la résidence était
    située, coins Court/Principale.
    Un lecteur assidiu des textes en provenance de la SHHY
    P.S.:
    Enfant de Coeur de 1945 à 1950, j’ai régulièrement assisté à la messe
    de 10.00 AM et aux vêpres à 16.00 PM, les dimanches à partir des
    stalles en hémicycles

  4. Huguette Jodoin

    Merci pour ces informations, j’ai bien aimé. je ne connaissais pas cela, n’étant pas native de Granby. Il ne faut rien perdre……..de ces richesses…..l’histoire est très bien relatée…….Merci beaucoup.

  5. Johanne Rochon

    Bonjour M. Marcotte,
    Le premier cimetière catholique de Granby, consacré peu de temps après la construction de la chapelle, en 1840, était situé en arrière de celle-ci et, selon toute vraisemblance, derrière le presbytère actuel. Les sépultures, dont la première date de 1842, seront transférées au cimetière de la rue Cowie après sa bénédiction, en 1889, (bien que l’achat du terrain remonte à 1878).
    Cordialement

  6. Daniel Beauregard

    Très révélateur de notre patrimoine local. Nous devons rester conscient que nous avons une histoire et des richesses spécifiques à notre ville. Reste à le défendre et à inciter nos élus à en faire un projet de société.
    Convaincu

  7. Lucille Noiseux

    Je suis convaincue que l’église Notre-Dame est une richesse qu’il ne faut pas laisser modifier au gré des idées rentables. Je sais que l’entretien entraîne de grandes dépenses dans l’avenir, mais quiconque a voyagé le moindrement en Europe ou ailleurs, peut se rendre compte de l’importance de conserver notre patrimoine. Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est notre histoire, nos racines!

  8. Pierre Potvin

    C’est au sous-sol de cet église qu’avait lieu nos réunions de scout et de louveteaux ,j’ai de très beaux souvenirs de ce lieux grandiose
    Merci pour ces superbes articles de mon coin d’enfance

  9. Bonjour, je suis née à Granby, j’écris en ce moment un roman et l’action se situe à Granby et ses environs. J’ai connue la naissance du Zoo de Granby et mon grand-père demeurait sur la rue Dufferin à coté du maire de Granby Horace Boivin. Il travaillait à la miner rubber, son nom Auguste Chaussé.
    J’aurais aimé avoir des photos de l’intérieur de l’usine et aussi si possible une photo de mon grand-père…..

Bienvenue à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

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