La petite maison du cordonnier de Milton

par Mario Gendron dans Patrimoine, Vie rurale | Un commentaire

Historiquement, Sainte-Cécile-de-Milton est une municipalité qui semble hésiter entre deux mondes, celui des townships, qui domine l’arrière-pays, et celui des seigneuries, tout proche, d’où vient la grande majorité des citoyens. Or, d’un point de vue patrimonial, ce sont les influences canadiennes-françaises qui orientent la configuration du cadre bâti, et ce, malgré une colonisation britannique précoce dont il reste encore quelques traces.

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Maison Leclaire, 228, rue Principale, Sainte-Cécile-de-Milton. (Photo: Chantal Lefebvre, SHHY)

Municipalité sans vocation industrielle bien affirmée au XIXe siècle, Sainte-Cécile-de-Milton s’est construite autour des activités agricoles et des quelques commerces et institutions nécessaires à leur fonctionnement. Le métier de cordonnier est parmi les premiers à s’implanter au village, comme en fait foi un acte de donation, daté de 1858, de la maison patrimoniale sise au 228, rue Principale, fait par le cordonnier Hyacinthe Leclaire et son épouse, Céleste Biron, en faveur de leur fils Jean-Baptiste, lui aussi cordonnier au village de Milton. En plus de la maison et de l’étable, le couple cède tout l’inventaire qui s’y trouve, c’est-à-dire une vache, un jeune cochon, deux poêles, « dont un plat et un de cuisine », deux lits garnis, une armoire à linge, une pendule, douze chaises, de la vaisselle, des chaudrons, sans oublier, bien sûr, tous les outils de cordonnerie. Mais cette donation n’est pas totalement désintéressée, car comme c’était la coutume de le faire, elle oblige le donataire à veiller à l’entretien complet de ses parents, qui devront manger à sa table et loger avec lui jusqu’à leur décès; il est aussi tenu de subvenir aux besoins de son frère et de ses deux sœurs, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de seize ans.

Déménagé aux États-Unis, comme bien d’autres, pour chercher du travail, Jean-Baptiste Leclaire, devenu charpentier, vend la propriété en 1886 à Marie Leclaire, « fille majeure » résidant dans la paroisse de Sainte-Cécile. Cette dernière la revendra au cordonnier Pierre Bouffard, lui aussi de Milton, en 1889. Il semble bien que Bouffard soit le dernier à avoir exploité une cordonnerie dans l’endroit, une activité qui s’y est tout de même maintenue pendant environ un demi-siècle. Quoi qu’il en soit, sept propriétaires se succéderont entre 1901 et 1965 sans qu’aucun contrat de vente ne fasse mention du métier de cordonnier. À partir de 1965, et pour plusieurs années, la propriété appartiendra à la famille Lemoine.

Mario Gendron, avec la participation de Marie-Christine Bonneau.

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Située au cœur du village, en bordure de la rue Principale, la maison Leclaire constitue l’un des seuls exemples d’architecture vernaculaire, fortement répandue sur l’ensemble du territoire de la MRC de la Haute-Yamaska, à avoir été préservés avec autant d’authenticité. Cette modeste résidence, qui se caractérise par son volume rectangulaire s’élevant sur un étage et demi, son parement en clins de bois, l’ordonnance symétrique de ses ouvertures et sa toiture à deux versants recouverte de « tôle à baguettes », est complétée sur sa devanture d’une galerie couverte supportée par de fins poteaux tournés, ornés dans leur partie supérieure de boiseries décoratives.

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  1. Luc Bernier

    Félicitations pour l’histoire de ce cordonnier et de sa maison à Sainte-Cécile-de-Milton.

    En furetant sur le métier de cordonnier au XIXe siècle, j’ai découvert que comme bien d’autres, il était réservé aux hommes.

    Une pionnière l’a exercé et a connu de grands succès. C’est l’héroïne d’un roman: Victoire DU SAULT.
    Juste pour piquer votre curiosité et situer votre article dans un contexte plus large:

    « SAVIEZ-VOUS..
    .
    1. Qu’au XIX ème siècle, la femme québécoise perdait son indépendance juridique en se mariant?
    2.-Que le métier de cordonnier était strictement réservé aux hommes et que Victoire Du Sault a été la première femme du Québec à exercer ce métier avec succès?

    3. Que ses modèles de chaussures ont gagné des prix d’excellence aux expositions de Lyon et de New York et ont été exportés jusqu’au Caire?

    4- Que la créativité de cette femme est à l’origine de la gloire et de la richesse de ses fils aînés, Oscar et Marius Dufresne, les cobâtisseurs de la Cité de Maisonneuve et du célèbre château Dufresne à Montréal?

    5. Que le roman de Pauline Gill, La Cordonnière, met en vedette cette femme exceptionnelle qui a su concrétiser ses rêves de créatrice, de mère et d’amante en dépit des coutumes et des tabous de l’époque? »

    http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurg/gill_p/cord_pg.html

    Clin d’oeil au roman historique.

    Luc Bernier

Bienvenue à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

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