La maison Lamoureux-Bullock de Roxton Pond

par Johanne Rochon dans Patrimoine | Un commentaire

Dans le cadre de sa série Beautés d’époque, consacrée aux maisons anciennes de la région et à ceux qui les conservent et les mettent en valeur, La Voix de l’Est du mercredi 30 juin nous présentait la maison Bullock, de Roxton Pond. En complément d’information sur cette magnifique résidence patrimoniale, il nous fait plaisir d’offrir à nos lecteurs et lectrices le texte qui lui est consacré dans l’Étude du patrimoine rural de la Haute-Yamaska, publiée par la SHHY en 2007.

William Stephen Bullock devant sa résidence de Roxton Pond. Coll. Brome County Historical Society.

© William Stephen Bullock devant sa résidence de Roxton Pond, vers 1910. Coll. Brome County Historical Society.

Selon toute apparence, la maison que l’on désigne souvent d’après le nom de son plus célèbre habitant, William Stephen Bullock, n’aurait pas été construite par ce dernier, mais bien par l’enseignant François Gaius Lamoureux peu après l’achat d’un terrain, en 1893. Âgé de quarante-deux ans au recensement de 1901, ce dernier, de religion baptiste, habite avec sa mère. En 1908, William Bullock, alors gérant de la Stanley Tools , achète la propriété pour 1 500 $. L’homme est une figure marquante de l’histoire de Roxton Pond.

William Stephen Bullock est né à Roxton Pond le 3 août 1865 de l’union de William H. Bullock et de Hannah Chartier. Après des études à l’Institut Feller de la Grande Ligne, à Saint-Blaise, et à l’école normale de l’université McGill, il s’inscrit au Theological College de Newton, au Massachusetts. Il est ordonné ministre baptiste en février 1892. Deux ans auparavant, il avait épousé Ellen Évangéline Therrien, de Montréal. Le couple aura quatre enfants. D’abord pasteur à Boston, Ottawa et Maskinongé, William Stephen Bullock revient prêcher dans son village natal en 1897, une fonction qui l’accapare jusqu’en 1907.

En 1904, William Stephen Bullock commence la construction d’une usine en bois de deux étages et enclenche la fabrication d’outils de menuiserie sur une grande échelle, puis, quelques années plus tard, en manque de capitaux pour étendre les opérations de son usine, il décide de former la compagnie Roxton Tool & Mill. Finalement, il vendra l’entreprise, en 1907, à la compagnie Stanley Rule & Level du Connecticut et en occupera la gérance.

En 1912, Bullock se fait élire député libéral de Shefford à l’Assemblée nationale. Il est réélu en 1916, 1919, 1923 et 1927, dont deux fois par acclamation. En raison de sa longue feuille de route politique, on le nomme membre du Conseil législatif en août 1931, poste qu’il conserve jusqu’à son décès, survenu en novembre 1936. Au cours de sa longue carrière, William Stephen Bullock a aussi été membre durant plus de vingt-cinq ans du Conseil protestant de l’éducation de la province de Québec. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a réussi à fonder l’école protestante consolidée du village, en 1926.

La foule, nombreuse, et la liste des personnalités qui assistent à l’enterrement de William Stephen Bullock sont à la mesure de l’homme et de sa carrière. Parmi les invités les plus connus, on trouve tous les députés actifs et retraités du comté de Shefford, tant au fédéral qu’au provincial ; plusieurs membres du Conseil législatif de la province de Québec, Camillien Houde, le futur maire de Montréal ; J. H. Leclerc, le maire de Granby, sans compter un grand nombre d’industriels et de commerçants de toute la région.

En 1950, la propriété de la famille Bullock est vendue à Freddy Cloutier pour 9 000 $. Ce dernier devient ainsi propriétaire de l’une des résidences dont la valeur architecturale autant que l’importance historique en font un des hauts lieux du patrimoine roxtonnais.

Johanne Rochon

Description architecturale

Située en retrait de la voie de circulation, au sommet d’une faible dénivellation, la maison Lamoureux-Bullock constitue l’un des exemples les plus pertinents pour illustrer l’éclectisme victorien, qui se caractérise par l’amalgame de diverses influences stylistiques dans une même construction. Certains éléments architecturaux, qui présentent des caractéristiques similaires à certaines constructions résidentielles bâties vers les même années dans la municipalité de Roxton Pond, laissent présager que cette résidence s’apparentait à l’origine au modèle Four Square, caractérisé par son volume cubique s’élevant sur deux étages, coiffé d’une toiture en pavillon tronqué. À l’image de la maison Chicoine, située au 943, rue Principale et construite vers les années 1885, une vaste galerie couverte, ceinturant la façade et le côté droit, et surmontée sur la devanture d’un balcon recouvert, devait originellement compléter l’ensemble.

© Aujourd'hui, la maison est la propriété d'Edmond Bastien et André Millette. Photo: Chantal Lefebvre, 2006.

Lors de l’acquisition de la propriété par William Stephen Bullock en 1908, ce dernier aurait fort probablement décidé de procéder à des travaux de restauration afin d’agrandir la demeure et de la mettre au goût du jour. Cette recherche de confort, associée à une certaine volonté de se distinguer des constructions avoisinantes, se traduit dans l’esprit de l’éclectisme victorien par l’emprunt et la superposition, sur une structure déjà existante, d’éléments appartenant à un ou plusieurs styles différents. Ces modifications se traduiront entre autres par une complexification des volumes, visible notamment dans l’ajout, sur le côté droit de la résidence, d’une aile s’élevant sur deux étages et demi, coiffée d’une toiture à deux versants en « tôle à baguettes ». L’attention portée au décor des planches cornières accentuant les angles de la résidence, l’insertion d’une large lucarne-pignon, disposée au centre de la façade, ainsi que l’ajout d’une série de colonnes reposant sur de larges piliers, sont tous des éléments qui dénotent l’influence du style néoclassique.

La fenêtre palladienne ornant le centre de la lucarne-pignon, composée d’une fenêtre centrale en hémicycle encadrée de deux fenêtres rectangulaires, a pour sa part été ajoutée par les propriétaires actuels, au cours des dernières années.

Chantal Lefebvre

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  1. luc bernier

    Bonjour Mme Rochon,

    Je suis surpris que personne n’ait commenté votre article, étant donné la notoriété de M. Bullock, dans la région, au Québec, et au Canada.

    Comme je m’intéresse à l’apport économique de la communauté baptiste à Roxton Pond et dans les Cantons de l’Est, je ne manquerai pas de pousser plus loin mes recherches.

    Vous avez participé au montage des photos dans l »article récent sur l’Histoire de Roxton Pond (M. Gendron, Mme Capocchi et vous-même), mais je n’avais pas réalisé que le sujet vous était déjà familier.

    Jacob Nicol, auquel je me suis intéressé, avait certainement un modèle en la personne de M. Bullock. Il était baptiste et est allé à l’école de Grande-Ligne de St-Blaise suite à M. Bullock. J’en ai parlé dans un de mes commentaires, à la suite de la biographie de M. A. Laurion, son ami et admirateur.

    Décidément, je continuerai à explorer les autres articles publiés par la SHHY, je vais de surprises en surprises. Plus agréables les unes que les autres. Il va sans dire…

    Toutes mes félicitations pour cet article.

    Luc Bernier

Bienvenue à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

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