Au temps du chemin de fer

À une époque où l’automobile ne régnait pas encore en maître, le chemin de fer était au cœur de la vie économique, sociale et culturelle de la région. Ainsi, depuis l’établissement du réseau ferroviaire, en 1859, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le train et le tramway seront les modes de transport les plus utilisés pour le déplacement des gens et des marchandises. Dans la Haute-Yamaska, quelques compagnies ferroviaires vont se disputer le privilège d’accomplir cette fonction essentielle: Stanstead, Shefford & Chambly Railroad(1859), South Eastern Railway(1879), Canadien Pacifique(1888), Montreal & Southern Counties Railway(1916). Cette exposition photographique virtuelle se veut un bref retour en images et en quelques mots Au temps du chemin de fer. MG


Au temps du chemin de fer

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Jérémia Duhamel, l’échevin du peuple (1936-1945)

Jérémia Duhamel, conseiller municipal de Granby

Jérémia Duhamel, 1905-1971 (Photo : La Voix de l'Est, SHHY)

Au cours des années tourmentées de la Crise et de la Deuxième Guerre mondiale, Jérémia Duhamel (1905-1971) s’est imposé comme le porte-parole des travailleurs et des gagne-petit au sein du conseil municipal de Granby. Sous les administrations successives de Joseph-Hermas Leclerc et de Horace Boivin, ce travailleur d’usine déterminé à améliorer le sort de ses commettants, presque tous ouvriers comme lui, a su imposer son programme politique par la simple force de ses idées et de ses principes, participant à sa manière au renouveau ouvriériste qui s’était emparé de la ville au milieu des années 1930. Si l’instruction lui faisait défaut — il avait commencé à travailler à l’usine à l’âge de 11 ans —, Jérémia Duhamel ne manquait certainement pas de courage et il n’a jamais hésité à livrer bataille à quiconque entravait le chemin qu’il s’était tracé, fut-il maire ou notable, suscitant le respect de ses adversaires et l’admiration de ses concitoyens.

Pressentant sans doute son inclination à aider les autres, le maire J.-H. Leclerc nomme Jérémia Duhamel président du Comité des indigents dès son élection comme conseiller municipal du quartier ouest, le plus ouvrier de la ville, en janvier 1936. Alors que la crise économique de 1929 entre dans son dernier droit, toujours accompagnée de son cortège de misère, les efforts que déploie le nouvel élu dans la défense des chômeurs et des plus démunis force l’attention de La Voix de l’Est qui, aussi tôt qu’en février, titre : « L’échevin Duhamel fait bonne figure ». L’homme n’a pas fini de faire la manchette.

Hôtel de Ville de Granby

L’Hôtel de Ville de Granby. (Fonds Clinton D. Porter, SHHY)

Au cours de la Crise, en l’absence de programmes d’assurance-emploi et d’assistance sociale, et avec la charité privée bien impuissante à combler tous les besoins, ce sont les secours directs qui assurent aux personnes sans travail l’habillement, l’alimentation, le combustible et un abri, ou leur équivalent. Les coûts du système se partagent entre les trois niveaux de gouvernement, son financement quotidien étant assuré par des emprunts municipaux. Alors que la loi ne le prévoit pas, Granby se considère en droit d’exiger des chômeurs qu’ils travaillent pour son compte en retour des secours directs. Ainsi, chaque chômeur bénéficiaire devra travailler au moins 16 heures par semaine pour la Ville. Cette politique de travail compensatoire sera poursuivie sans relâche jusqu’à la guerre 1939-1945.

Si Jérémia Duhamel ne conteste pas le bien-fondé du travail compensatoire, il n’hésite pas, en juillet 1936, à remettre en cause la rétribution versée aux bénéficiaires des secours directs, la jugeant largement insuffisante.  Ainsi, s’indigne-t-il que Granby verse 3,42 $ par semaine par personne en aide de dernier recours, alors qu’à Saint-Jean, une ville de dimension comparable, chaque prestataire reçoit 7,39 $.  Plaidant pour un rehaussement des  contributions municipales, il ose lancer la question : « Pourquoi crier que l’on court à la ruine? », faisant une allusion à peine voilée à la politique d’austérité instaurée par le maire Leclerc depuis 1933, qui ne devait jamais lui pardonner cet affront public.

(Granby, Que., march 1932, Underwriters Survey Bureau, Montréal)

Comme président du Comité des indigents, Jérémia Duhamel fait tout en son pouvoir pour trouver du travail aux chômeurs. Avec cet objectif en vue, il réussit l’exploit, en 1937, de faire approuver le prolongement de la rue Notre-Dame jusqu’à la rue Robinson, un projet recommandé sans résultat par l’ingénieur de la Ville depuis 12 ans. Au printemps de 1938, il propose toute une série de travaux de secours directs qui, pour la plupart, sont approuvés: pavage de rues, réfection de trottoirs, réparation et installation d’égouts, ouverture de la rue Nicol de Saint-Hubert à Saint-Charles, entre autres réalisations. Il s’intéresse aussi au mouvement de colonisation de l’Abitibi, convaincu que le métier de cultivateur est, somme toute, moins ingrat que l’état de chômeur permanent. Quelques familles de Granby suivront son conseil et partiront refaire leur vie sur les terres encore inexploitées du Nord québécois.

Lorsque la Crise laisse place à la Deuxième Guerre mondiale, quelque mois après que Horace Boivin ait remplacé J.-H. Leclerc à la mairie de Granby, Jérémia Duhamel montre qu’il n’a pas l’intention de changer d’orientation politique. Car malgré la reprise de l’emploi, la misère est partout, affirme-t-il lors d’une intervention remarquée au conseil municipal : elle « existe dans plusieurs foyers de nos employés municipaux et même dans plusieurs foyers d’ouvriers qui travaillent dans les manufactures. Ce n’est pas une constatation faite à la légère, vous le savez aussi bien que moi », conclut-t-il, accusateur, en s’adressant aux élus.

Intéressé par la question du logement, Jérémia Duhamel propose en 1939 qu’on interdise toute construction résidentielle de moins de 2 000 $ afin, dit-il, d’éviter la multiplication des taudis; en 1942, il se fait précurseur en militant pour la construction de maisons à un étage (bungalows), jusque-là interdites dans la ville. Selon l’opinion qu’il exprime à ce moment, « cela permettrait à des gens moins fortunés, qui ne peuvent avoir une maison à deux étages, de se loger convenablement ». Malgré une étude sur cette proposition, ce n’est qu’en 1951 que le sujet des bungalows revenait à l’ordre du jour au conseil municipal.

Jérémia Duhamel connaît aussi l’amertume de la défaite, certaines de ses initiatives n’arrivant pas à rallier l’ensemble du Conseil ou la population. En 1938, la bataille qu’il mène pour faire adopter la rémunération des conseillers municipaux et du maire, une proposition battue à 306 voix contre 101 lors d’un référendum tenu en août, constitue sans doute le plus cuisant de ses revers. L’affaire fut d’autant plus humiliante pour Jérémia Duhamel qu’il avait promis de démissionner advenant le rejet de son option, mais sans s’exécuter après-coup, une volte-face que n’avait pas manqué de lui reprocher l’ex-maire J.-H. Leclerc en 1942, lors d’un acrimonieux débat à propos des finances de la Ville.

Marché public de Granby

Le marché public de Granby, dans l’aréna de la rue Court, novembre 1950. (Collection Bertha Duhamel, SHHY)

Quant au projet avorté d’établir un marché public à Granby, dont Jérémia Duhamel s’était fait le chantre dès 1936, convaincu des bienfaits économiques qu’il pourrait apporter à la classe ouvrière comme aux cultivateurs, l’homme allait revenir à la charge en 1949, soit quatre ans après avoir quitté l’Hôtel de ville, et gagner son pari. Prudente, la municipalité décidait à cette occasion d’installer le marché public dans l’aréna de la rue Court, afin d’en vérifier à l’avance la popularité. Dès le début, en 1950, l’aventure commerciale s’avère un succès. En 1952, sans doute attirées par le slogan « Ouvriers, économisez de 10 à 30 % sur l’achat de vos victuailles », 5 000 à 6 000 familles  s’approvisionnent au marché public deux fois par semaine, les mardis et les samedis, auprès de 200 cultivateurs de la région.

Le marché public,

Le marché public, rue Racine, 1954-1974. (Photo: La Voix de l'Est, SHHY)

En 1953, l’expérience de l’aréna s’avérant concluante, la Ville accordait un permis à Jérémia Duhamel l’autorisant à construire, sur la rue Racine, un édifice en blocs de ciment de 200 X 50 pieds pour y installer le marché public. À partir de novembre 1954, une centaine de cultivateurs pourront y écouler leurs produits. L’aventure commerciale prenait fin en 1974, trois ans après la mort de l’initiateur du projet.

 

Le marché public, rue Racine

L'intérieur du marché public, rue Racine. Au centre gauche, Jérémia Duhamel. (Photo: La Voix de l'Est, SHHY)

La mémoire collective a surtout retenu de Jérémia Duhamel son rôle comme fondateur du marché public et comme homme d’affaires avisé.   Ce texte voulait ajouter une autre dimension au personnage, en montrant qu’il avait d’abord été et est toujours resté l’échevin du peuple.

Mario Gendron

 

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Quelques pages de notre histoire industrielle

Cette exposition photographique a comme objectif de souligner à grands traits les principaux éléments de l’histoire industrielle de la MRC de la Haute-Yamaska.  Pour ce faire, les photographies ont été regroupées en cinq thèmes: Granby et la grande industrie, Waterloo et la diversité industrielle, la fabrication d’outils à Roxton Pond, industrie et travailleurs et la Haute-Yamaska et l’industrie laitière. Pour chacun de ces thèmes, des textes d’accompagnement ajoutent à la connaissance d’un des secteurs les plus fondamentaux de notre histoire régionale.

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Gabrielle Roy et Granby

Gabrielle Roy est sans contredit une des auteures les plus célèbres et les plus talentueuses du Canada français. En 1945, l’année de la publication de Bonheur d’occasion, le roman qui allait asseoir sa renommée, l’écrivaine est toujours à l’emploi du Bulletin des agriculteurs où, depuis 1940, elle peaufine son talent en réalisant des reportages sur différentes régions du Québec. C’est aussi en 1945 que le Bulletin fait paraître un texte de Gabrielle Roy sur Granby, un des derniers de cette série. Forte de l’expérience acquise pendant cette grande tournée d’observation de cinq années à travers la province, l’écrivaine offre dans ce reportage un portrait saisissant de la vie économique et sociale granbyenne. La description qu’elle fait de l’animation qui s’empare de la rue Principale les soirs de paye est digne d’une anthologie, comme l’est aussi le portrait contrasté qu’elle brosse de Granby, ville à la fois dynamique et progressive, mais encore près de ses racines rurales. Gabrielle Roy montre ici les éclats de son talent, tout en rendant à la Princesse des Cantons-de-l’Est un honneur exceptionnel. Malgré quelques erreurs factuelles, voilà un texte qui mérite d’être lu avec une attention particulière.

« Les produits de Granby, dit-on, connaissent toutes les routes du monde… (ils connaissaient déjà avant la guerre le chemin du Groenland, de l’Afrique du Sud, de l’Égypte, et ont appris depuis celui de l’Australie, de la Russie, jusqu’à Vladivostok) mais peu de routes conduisent commodément à Granby.

Le train électrique Montreal Southern Counties Railway

Le tramway électrique de la Montreal and Southern Counties Railway fera le trajet Granby-Montréal jusqu'en 1951. (Fonds Valère Audy, SHHY)

Cette petite ville des Cantons de l’Est qui se trouve être la plus industrialisée de la province, une des plus vivantes à coup sûr, est assez mal desservie par ses moyens de transport. A quarante-cinq milles seulement de Montréal, elle s’y trouve reliée, pour service de voyageurs, par le tortillard des Southern Counties Railway, muni d’à peu près aucune commodité pour le trajet, bien qu’il le fasse en tanguant et roulant et à grands renforts de son sifflet aigu comme un gros train pressé.

Granby qui se glorifie encore d’être la ville la plus riche de la province —  et, chose curieuse, elle l’est — ne possède aucun service d’autobus urbain et, tout ce temps, elle s’éparpille pourtant en longueur et à tel point qu’une industrie nouvellement établie aux confins de la ville a dû, pour s’assurer des employés, organiser elle-même le transport en commun de ses ouvriers.

Mais une fois qu’on est à Granby, on ne peut faire autrement que de s’en réjouir. C’est la ville la plus amusante, la plus vitale que l’on puisse trouver. Drummondville avec ses importantes filatures, ses énormes carrés d’usine, laisse parfois douter qu’elle soit un centre ouvrier tant la classe aisée qui lui donne le ton apporte de soin à paraître réservée, élégante, et tant les petites fileuses elles-mêmes mettent de bonne volonté à suivre cet exemple. Granby, au contraire, semble adopter une allure volontairement relâchée et gamine. Cette petite ville d’environ 16 000 habitants éclate de malice, de farces et de bagout ouvriers. Rien de plus animé, de plus grouillant que sa rue Principale les soirs de paye, quand y déambulent les filles des fabriques, les garçons des manufactures aux souliers bien cirés, aux cheveux aplatis, mais la chemise sur le pantalon, gouailleurs, marchant en rangs pressés jusqu’aux cinémas où ils échangent des répliques d’un bout à l’autre de la salle et continuent si bellement leur tapage qu’il est bien impossible de se laisser absorber par les figures de l’écran.

Rue Principale-Granby

La rue Principale quelques années après le passage de Gabrielle Roy à Granby. Au centre de la photo, le théâtre Cartier. (Fonds Valère Audy, SHHY))

La rue Principale de Granby, c’est déjà, le samedi soir, une image assez ressemblante de quelque quartier houleux de Montréal; c’est véritablement une espèce de foire où les cafés aux noms exotiques, l’Hawaï, le Tropicana, baillent des airs discordants aux jeunes dandys qui passent par là, les reins cambrés, le bras arrondi au coude de leur compagne et pommadés à souhait. Cependant, Granby n’a pas entièrement perdu sa couleur de campagne. Le dimanche, la ville est aux buggies ramenant de la messe des familles juchées sur le siège, les femmes retenant leur chapeau que le galop frisquet de la jument menace de faire envoler et, dans l’après-midi, aux gamins qui la parcourent à cheval, et encore à la visite des cousins, de toute la parenté de la campagne venue par delà la petite Yamaska.

Dépliant promotionnel de la Ville de Granby, publié en 1945 ou 1946. (Fonds Henri Martin, SHHY)

Et puis, le lundi matin, très sagement, de bon coeur, souvent à pied, Granby reprend la route vers ses manufactures de caoutchouc, de vêtements, de brosses, de gomme à mâcher, situées aux quatre points cardinaux, au nombre d’une quarantaine et dont elle n’est point encore satisfaite puisqu’elle est en pourparlers pour en attirer au moins cinq ou six autres dans un avenir rapproché. En effet, la grande passion de Granby c’est d’avoir une nouvelle industrie à tout moment, comme d’autres villes se paient un trottoir neuf ou un aqueduc. Depuis quelque temps, les entreprises particulières s’implantent à Granby au rythme d’une ou deux par année, mais ce n’est pas encore assez pour l’ambitieuse petite ville. Elle en veut encore, elle en veut toujours plus. On la dirait engagée dans une course au championnat et occupée à battre son propre record.

La salle d'exposition industrielle de l'hôtel de ville de Granby. (Le Bulletin municipal Granby, ca 1950)

Certaines villes ont des musées de souvenirs, d’art; Granby possède, aménagée dans son joli hôtel de ville, une manière de musée qui célèbre la qualité et la quantité des articles qu’elle produit. On peut y voir, comme à l’étalage d’un beau bazar, des édredons de fine laine, des peignes, des articles de toilette en bakélite, des brosses, des bas de soie, cent échantillons de produits élastiques.

A quelques-uns de ces produits, la petite ville a donné son nom qui court maintenant le monde, associé au tissu élastique, à la gomme à mâcher. Pour plus d’effet, elle l’a modifié parfois en « Grand-B ». Sous cette marque de commerce engageante, elle fabrique d’ailleurs de la gomme à mâcher à l’usage du monde entier : La World Wide Gum. La réclame ajoute : « La gomme qui rend Granby fameuse. » Encore que ce soit plutôt dans les corsets que Granby ait fait son nom.

La Granby Elastic Webb, avant la guerre vendait déjà du tissu élastique dans soixante-huit pays du monde, y compris des endroits comme la Jamaïque, le Cuba, l’Amérique Centrale, l’Honduras, l’Égypte. La dernière exportation des temps de paix, destinée au Danemark, fut coulée en 1939.

Depuis le début de la guerre, cette compagnie livre tous les six mois d’importantes commandes de matériel de baudriers en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Angleterre. Elle dirigeait, il y a deux ans, vers Vladivostok, par voie de Philadelphie, du matériel pour courroies de parachutes destiné à la marine russe. Par la Granby Elastic Webb, le nom de cette petite ville canadienne a pénétré en Russie, un peu partout sur le continent, aux Indes Occidentales, et en des terres brumeuses comme Terre-Neuve, le Groenland. Et le mérite en revient à une entreprise qui, encore une fois, sous des apparences américaines, est entièrement canadienne-française. Granby, comme Warwick, en définitive, doit son élan initial dans les affaires à une famille canadienne-française, la famille Boivin. Monsieur Ernest Boivin fonda la fabrique de tissu élastique que son fils, Monsieur Horace Boivin dirige maintenant, suivant aussi dans le domaine public l’exemple de son père qui fut maire de Granby pendant dix-huit ans. En fait, Granby pendant près d’une quarantaine d’années a eu un Boivin comme maire.

Vue aérienne de la ville, en 1946. Au centre, face à la gare, la Granby Elastic Web. (Fonds Horace Boivin, SHHY, Photographic Surveys (Quebec) Limited)

Les petites gens de la ville continuent cette tradition, en marquent grand contentement et ne se gênent pas pour déclarer : « Granby, ce sont les Boivin qui l’on faite. » D’esprit pratique, de mémoire fidèle, la petite ville témoigne une véritable admiration à cette famille qui résume ses ambitions, son ingéniosité dans les affaires. Dans le succès du père et du fils, elle aime se regarder, comme dans sa propre réflexion.

Le parc Victoria, Granby

Le parc Victoria, rue Dufferin, en 1945. (Collection SHHY)

A sa fière joie de posséder de si belles industries, s’ajoute un esprit civique très développé. Granby marche, faute d’autobus, mais du moins la ville a de jolies rues, bien ombragées pour la promenade et de beaux parcs magnifiquement entretenus. Une propreté méticuleuse achève de lui donner un air agréable. Quoique bâtie dans la plaine, elle a des aperçus charmants sur les monts d’Abbotsford, sur le pays des vergers, cependant qu’aux bords de sa Yamaska, petite rivière lente, elle revête un aspect presque pastoral. Elle s’intitule elle même : cité progressive. C’est là le titre auquel elle tient le plus et, pour justifier sa réputation, d’autres manières que dans le commerce, se donne ni plus ni moins que trois journaux hebdomadaires. Mais c’est aussi une petite ville heureuse, et à plus d’un titre…

Nous avons un très curieux standard par quoi mesurer dans notre province la fortune des villes. C’est à la dette qu’elles portent qu’on les estime riche ou de précaire situation financière. Selon ce genre d’évaluation, Granby, la ville du tissu de corset et de la gomme à mâcher, se révèle la plus opulente de la province. Elle a le moins de dettes. En fait, une dette si petite, si minime, qu’elle semble l’image même de la richesse. Une dette même ridicule comparée aux obligations qui pèsent sur les grands centres où pourtant on se croit bien le droit de vivre. D’après les derniers relevés statistiques, Granby avec une population qui était alors de 14 000 âmes n’était endettée que de $5 995 500 soit une bagatelle de $42,59 sur les épaules de chaque citoyen. Joliette qui vient tout de suite après dans l’ordre de la richesse porte une dette de $121,80 par personne et Saint-Hyacinthe, en troisième lieu, $134,81. Les grandes villes sont loin en arrière de Granby. Il n’y a plus de comparaison possible. Heureusement, la petite ville peut bien marcher, et allègrement encore, puisque c’est sous le fardeau le plus mince, le plus léger qu’on puisse porter dans notre temps. »

Gabrielle Roy, « Le Carrousel industriel des Cantons de l’Est », Le Bulletin des agriculteurs, mars 1945, p. 10-11.

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Horace Boivin, l’Allemagne et le zoo

Si on connaît Horace Boivin comme maire et fondateur du Zoo de Granby, propriétaire de la Granby Elastic Web et commissaire industriel, on connaît moins son implication sur la scène internationale au cours de la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. C’est pourtant là que l’homme a accompli l’un de ses plus hauts faits d’armes en favorisant, à sa mesure, la réconciliation entre l’Allemagne vaincue et les Alliés.

En 1945, le régime nazi est renversé et l’Allemagne se retrouve écrasée, divisée, en ruines. Malgré tout, les nations alliées demeurent méfiantes à l’égard de ce turbulent et dangereux voisin, à l’origine du déclenchement de deux guerres mondiales en moins de trois décennies; quant aux populations européennes décimées par la guerre, leur rancune est à la hauteur des exactions qu’elles ont subies. Le procès de Nuremberg, qui se déroule de novembre 1945 à octobre 1946, en révélant au monde l’horreur des camps d’extermination, achève de renforcer l’antipathie envers le peuple allemand, jugé coupable par plusieurs d’avoir cautionné une idéologie aussi inhumaine.

De passage à Paris, Horace Boivin, maire de Granby et président de la Fédération canadienne des maires et des municipalités, est reçu conseiller honoraire de la Ville lumière par Pierre de Gaulle, qui, en retour, devient citoyen honoraire de la Ville de Granby. (Fonds Horace Boivin, SHHY)

Maire d’une ville canadienne d’environ 20 000 habitants au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, Horace Boivin est un bien petit joueur sur l’échiquier des enjeux internationaux. Mais le rôle qu’il est appelé à tenir comme délégué officiel du Canada aux conférences de l’Union internationale des villes et pouvoirs locaux, auxquelles il participe à six reprises entre 1946 et 1960, à Paris, Genève ou Vienne, lui offre une tribune extraordinaire pour propager un message de tolérance et de réconciliation envers l’Allemagne, un discours qui détonne dans le climat d’immédiat après-guerre. S’il est difficile d’évaluer l’influence qu’a pu avoir l’attitude d’ouverture d’Horace Boivin sur la politique européenne et internationale, elle aura des retombées inattendues pour Granby, et particulièrement pour son zoo.

Arrivée au port de Montréal de la girafe Quindi en provenance du Jardin zoologique royal d'Anvers, Belgique, à bord du Poseidon. Devant l'animal, le capitaine du navire, Karl Rode, L.R. Delaney et le maire Horace Boivin. (Fonds Zoo de Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska. Photo : Gilles Dion)

C’est au moment où le zoo de Granby se transforme en Jardin zoologique, en 1954, et qu’une course à l’acquisition d’animaux s’enclenche auprès des autres zoos du monde, que Granby récolte les fruits semés en Europe par Horace Boivin. En effet, c’est à cette époque que le capitaine Kempf, un Allemand propriétaire de la compagnie maritime Poseidon Line, offrait au Jardin zoologique de prendre à sa charge le transport des animaux d’Europe jusqu’à Montréal. Cette offre généreuse, affirmait le capitaine Kempf, avait été faite pour le seul motif de remercier Horace Boivin de l’attitude d’ouverture qu’il avait manifesté envers l’Allemagne vaincue, au moment où plusieurs lui tournaient encore le dos.  Le souvenir du capitaine Kempf est inscrit dans la toponymie locale, une rue du parc industriel de Granby portant son nom.

Le Capitaine Kempf coupe le ruban d'inauguration d'une rue granbyenne qui portera son nom. Frances Boivin, épouse du maire de Granby, Mme Kempf, P.A. Leduc, président du zoo, Capitaine Herman Kempf, Horace Boivin, maire de Granby et Marcel Boivin, député fédéral de Shefford. Publié dans La Voix de l'Est, le 21 avril 1961. (Fonds Zoo de Granby, SHHY)

Lorsqu’on s’interroge sur celui qui devrait détenir le titre de plus grand maire de l’histoire de Granby, trois noms ressortent nettement : S.H.C. Miner, Horace Boivin et Paul-O. Trépanier.  S’il est difficile de désigner l’un d’entre eux, tant l’époque et les conditions de leur règne diffèrent, on peut affirmer sans hésitation que c’est Horace Boivin qui a le plus fait rayonner Granby à l’étranger, donnant à la ville une stature sans commune mesure avec son importance démographique ou économique.

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La Stanley de Roxton Pond, un joyau de notre patrimoine régional

© La Stanley, vers 1910. Fonds Arthur Pépin, SHHY.

La municipalité de Roxton Pond est bien connue des collectionneurs de rabots en bois. Ces rabots, qui servaient à la réalisation de moulures, sont marqués des sceaux de S. Dalpé, G. W. Willard, A. Monty, P. Nicol et Stanley Tool. Collection SHHY.

Commencée modestement au cours des années 1860, c’est en 1904 que la fabrication d’outils de menuiserie s’enclenche sur une grande échelle à Roxton Pond, lorsque William Stephen Bullock achète par encan les vieux moulins du village, avec leurs pouvoirs d’eau, et commence la construction d’une usine en bois de deux étages. Les deux années suivantes sont consacrées à la construction d’un nouveau barrage et d’une fonderie, à l’achat de la machinerie nécessaire à la fabrication de varlopes en fer et à la formation du personnel. À la fin de 1906, les premiers outils en fer produits à Roxton Pond sont mis en marché. Mais Bullock, en manque de capitaux pour étendre les opérations de son usine, décide, en janvier 1907, de former la compagnie Roxton Tool & Mill, avec S. H. C. Miner de Granby comme premier président. Au printemps 1907, selon le Journal de Waterloo, « Cette industrie fournit de l’ouvrage à un grand nombre d’hommes […] la population du village a plus que doublé depuis un an, à ce point que depuis l’automne dernier on ne peut y trouver un seul logement libre. ».

© Travailleurs de la Stanley, vers 1910. Fonds Arthur Pépin, SHHY.

En juin 1907, on apprenait avec inquiétude en région que la compagnie Stanley Rule & Level de New Britain, au Connecticut, s’apprêtait à construire à Montréal une usine semblable à la Roxton Tool & Mill. On décidait alors d’inviter les responsables de l’entreprise américaine à visiter l’usine de Roxton Pond afin de les inciter à y établir leur filiale canadienne. Les arguments furent sans doute convaincants, puisque les Américains décidèrent immédiatement d’acheter la Roxton Tool & Mill. Ainsi, en septembre 1907, c’est sous la gouverne des nouveaux propriétaires que la construction d’une usine en pierre, de deux cents pieds de longueur par quarante de largeur, s’enclenche, tâche à laquelle une bonne partie des travailleurs de la Roxton Tool & Mill consacre tout l’automne.

Plan de l'usine Stanley, en 1930. Fonds municipalité de Roxton Pond, SHHY. M.A. Saunders, Fire Insurance Compagnies, Boston, 1930.

Lors de son ouverture, l’usine Stanley engagera environ cinquante personnes, mais elle en emploiera plus de deux cents cinquante dans ses meilleures années. Quant à Bullock, il continuera de diriger l’entreprise pour une longue période après son ouverture. Afin de soutenir son rythme de croissance accéléré, la compagnie effectuera des investissements considérables à son usine de Roxton en 1924 et en 1966.

L’entreprise américaine fermera son usine de Roxton Pond en 1984, mais fera encore parler d’elle au cours des années 1990 et 2000 à propos de la contamination de l’eau potable dont elle serait responsable.

Description architecturale

Chantal Lefebvre

Situé à l’intersection des rues Stanley et Saint-Jean, cet imposant édifice industriel de deux étages (trois étages à l’arrière), de forme rectangulaire, se distingue par son revêtement de pierre taillée, sa toiture à deux versants de faible inclinaison et ses nombreuses ouvertures disposées régulièrement sur l’ensemble de la structure afin de maximiser la luminosité à l’intérieur de l’édifice. Tous les aspects décoratifs sont délaissés au profit d’une architecture dépouillée, répondant davantage à des soucis de productivité et de rentabilité. La fonction industrielle prend le dessus sur la forme architecturale.

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Tancrède Boucher de Grosbois et l’instruction obligatoire

Le docteur Tancrède Boucher de Grosbois a représenté le comté de Shefford à Québec à deux reprises sous la bannière libérale, entre 1888-1892 et 1897-1903. À cette époque de remise en cause des relations entre l’Église et l’État, le travail accompli par le député de Grosbois illustre bien les espoirs de changements qu’entretient une partie de la bourgeoisie francophone du Québec.

Tancrède Boucher de Grosbois, député libéral de Shefford, 1888-1892, 1897-1903. Pierre-Georges Roy, La Législature de Québec, Bulletin des recherches historiques, Lévis, 1897, p. 99.

Né à Chambly en 1846, Tancrède Boucher de Grosbois est apparenté à la grande famille des Boucher, seigneurs de Boucherville. Il étudie d’abord au collège de Saint-Hyacinthe et ensuite à l’université McGill, où il est reçu médecin en 1868. Il exercera sa profession à Longueuil, Saint-Bruno, Chambly et Roxton Falls. Candidat libéral défait dans Chambly aux élections fédérales de 1872 et dans Shefford aux élections provinciales de 1881, il est finalement élu dans ce dernier comté en 1888.

L’action politique de Boucher de Grosbois, surtout celle qu’il exerce au cours de son deuxième mandat (1897-1903), souligne l’esprit de réforme qui prévaut au sein d’une certaine élite contre la prépondérance et l’immobilisme de l’Église en matière d’éducation. À l’avant-garde des événements, c’est de Grosbois qui posera le premier geste concret en vue de l’établissement, au Québec, de l’instruction obligatoire. Ainsi, le 5 mars 1901, il dépose à l’Assemblée législative un projet de loi « à l’effet d’assurer une meilleure assistance aux écoles publiques ». Selon les termes de ce projet de loi, les parents seraient obligés, sous peine d’amende, d’envoyer leurs enfants de 8 à 13 ans à l’école pour une durée d’au moins 16 semaines durant l’année scolaire, et ce, dans le respect des croyances religieuses des catholiques et des protestants. Mais le projet de loi sera rejeté par 55 voix contre 7, le principal argument des opposants étant qu’il attentait à la liberté des parents en matière d’éducation. Or, la véritable opposition au projet de loi du député de Shefford venait du clergé et de ses supporteurs qui y voyaient une tentative de laïcisation de l’école, une institution sous tutelle cléricale.

Au tournant du XXe siècle, selon l’Église, deux périls menacent la société canadienne-française : l’un est anglo-protestant et l’autre maçonnique. Or, le projet de loi proposé par le docteur Boucher de Grosbois était soutenu, entre autres partisans, par un groupe d`amis et collègues médecins de Montréal qui étaient soupçonnés d’avoir des accointances avec les franc-maçons de France, particulièrement avec un certain Louis Herbette, un sénateur radical, membre influent du conseil général de la Ligue française de l’enseignement qui avait fait la promotion de l’instruction publique obligatoire et de l’école laïque et républicaine. Mgr Bruchési, qui s’opposait officiellement à la scolarisation obligatoire des enfants « au nom de la puissance paternelle », craignait en réalité que le mouvement de laïcisation français ne prenne de l’ampleur et qu’il ne s’implante au Québec. Les appréhensions du prélat se confirmeront d’ailleurs en 1903, lorsque le docteur Émile Combes, ministre de l’Intérieur et des Cultes en France, fera interdire d’enseignement 54 congrégations masculines et, quelques mois plus tard, 80 congrégations féminines. Le Canada accueillera un grand nombre de ces laissés-pour-compte.

© En 1889, le Dr de Grosbois obtient du gouvernement provincial une subvention de 500$ pour la construction de l'école pour garçons de Waterloo, évaluée à 3 000$. Fonds R. Monnier, SHHY.

Le rejet du projet de loi de Boucher de Grosbois ne signifie pas pour autant la fin du débat sur l’instruction publique obligatoire, une certaine partie de la bourgeoisie francophone continuant à contester l’influence de l’Église en ce domaine. Mais l’évolution des mentalités ne sera pas assez rapide pour permettre au docteur Boucher de Grosbois d’assister à la réalisation de sa démarche éducative. Il décède à Montréal en 1926, alors que la loi sur l’instruction publique obligatoire au Québec ne sera adoptée qu’en 1943.

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Crise économique et délinquance à Waterloo

La crise économique qui sévit au cours des années 1874-1878 est l’une des plus sévères que la région ait connue. Au moment de son déclenchement, Waterloo porte fièrement le titre de capitale régionale, forte de ses 2 500 habitants, des nombreuses institutions qui relèvent de son rôle de chef-lieu du comté de Shefford et d’une structure industrielle diversifiée, avec la fonderie Allen & Taylor, la tannerie Shaw et la Waterloo Boots & Shoes comme principaux employeurs. Waterloo est alors l’agglomération la plus dynamique et grouillante des Cantons-de-l’Est après Sherbrooke. Il n’est donc pas étonnant que ce soit dans la capitale régionale que les problèmes sociaux qui accompagnent le marasme économique se manifestent avec le plus d’acuité.

© L'édifice Kelpin et l'hôtel Canada construits respectivement en 1876 et 1874. Carte postale publiée par C.H. Welch, Waterloo. Coll. SHHY

À Waterloo, la crise économique de 1874 affecte particulièrement le secteur de l’emploi. Témoin privilégié de cette période difficile, le Waterloo Advertiser indique qu’au printemps de 1876 on trouve « 17 scieurs de bois par corde » qui offrent leur service. L’automne et l’hiver de la même année, la population flottante, qui semble avoir fait de Waterloo son refuge, n’a jamais été aussi nombreuse. Le plus gros contingent des démunis demeure les employés du chemin de fer qui, dès l’arrivée du temps froid, débarquent à Waterloo en attente de la reprise des travaux. Incapables de se procurer un logement convenable, certains nécessiteux ont même fait du pont de la rue Lewis leur dernier refuge. La municipalité, à qui il incombe de soutenir les indigents, doit constamment réajuster à la hausse la contribution financière au Comité des pauvres. Certains marchands du village, comme W. Gilmour, Robinson & Co. et C. Déragon, collaborent avec les autorités en fournissant, contre remboursement, nourriture, vêtements et denrées diverses aux plus démunis.

© L'hôtel de ville de Waterloo construit, en 1871. Fonds R. Monnier, SHHY.

Errance et pauvreté constituent un terreau fertile pour la délinquance. Ainsi, principalement la nuit, le village devient le théâtre de bagarres et de méfaits d’hommes qui n’ont plus rien à perdre. C’est à l’aube qu’on constate les dégâts : trottoirs de bois détruits, clôtures arrachées, roues enlevées des voitures, chevaux détachés des écuries, entre autres délits.  Les femmes se font insulter et ne peuvent plus sortir le soir sans escorte; on vole et on agresse les vieillards; les bagarres sanglantes sont monnaie courante et, lorsqu’ils ne s’en prennent pas aux individus, les malfaiteurs s’attaquent à la propriété privée. Inquiets, les marchands exercent une surveillance nocturne de leur commerce et certains n’hésitent pas à décharger leur arme en direction des voleurs. C. S. Hall, du Foster House, prend même le soin d’avertir les contrevenants que l’un deux pourrait être sérieusement blessé.

© Le magasin Robinson, coin Foster et Allen. Coll. SHHY.

On poursuit les délinquants et on augmente les peines d’emprisonnement, mais rien n’y fait. Pendant l’été de 1875, le désordre atteint un paroxysme avec l’arrivée à Waterloo d’une douzaine d’indésirables qui sèment la terreur durant environ une semaine. La nuit, ces derniers dorment sous le hangar du magasin Robinson, Stevens & Willard.  Le jour, ils pratiquent la mendicité d’une manière fort particulière, se rendant en bande à la porte des demeures et faisant comprendre aux occupants qu’il est dans leur intérêt de contribuer à leur « œuvre charitable ». Le constable de Waterloo étant incapable de stopper ces exactions, on doit se résoudre à faire intervenir un groupe armé de citoyens pour chasser les intrus à l’extérieur des limites du village.

À peine la crise économique terminée et la paix sociale revenue, le village de Waterloo doit affronter un défi de plus grande envergure encore : maintenir son statut de capitale régionale contre les assauts de Granby, dont l’expansion industrielle devient de plus en plus menaçante. Cette fois, il faudra plus qu’un groupe armé de citoyens pour espérer gagner la bataille.

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